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 Jérome Sydenham
 
"Le garage n’a pas encore atteint sa maturité artistique."
   

Né d’un père anglais et d’une mère jamaïcaine, élevé au Nigeria, Jérôme Sydenham est un New Yorkais d’adoption qui n’a pas eu trop de mal à se faire une place dans la jungle urbaine. Dj depuis le milieu des années 80, directeur artistique d’Atlantic records et auteur par là même de quelques gros coups (En Vogue ou plus crédible Das Efx), il s’est surtout établi comme un patron de label attentif aux forces vives (accoustiques) de la scène deep house new yorkaise, avec Ibadan records. Le label où est sorti "Language", l'album de Joe Claussell et qui distribue les disques afro de Comet aux USA. Invité avec Kerri Chandler par dj Deep au Queen, nous en avons profiter pour taper la conversation dans un carré VIP désespérément vide. Distrayant.
 
Comment as tu été amené à faire l’apprentissage du mix ?
J’ai toujours été dj depuis dix ou onze ans, dans les fetes à l’école, chez des copains. A l’époque au Nigeria, on appelait ça le pause mixing. Tu avais un lecteur cassette d’un coté, une platine de l’autre, et tu enchaînais, en marquant le temps. Un truc très populaire de là bas. J’ai eu mon premier job sérieux dans une boite de New York en 87, mais ça m’a un peu ennuyé au début des années 90, la musique baissait, les choses avaient changé radicalement, et j’étais plus sur les aspects business de la profession. Et c’est Kerri qui m’a tiré vers les platines et la production.

Vous vous connaissez bien ?
On est amis depuis longtemps. Et mis à part que je travaille avec lui, je peux t’assurer que c’est l’une des personnes les plus gentilles que je connaisse.

Le garage est un truc très new yorkais à la base. Avec « Saturday », vous le faites voyager un petit peu.
Quand je mixe, je joue des choses qui viennent de partout, je m’encombre pas avec la mauvaise musique new yorkaise. Je ne rentre pas trop dans les petites histoires. Un music lover aime une large variété de musique.

Cherches tu une empreinte dans tes mixes ?
J’essaye en tout cas. C’est difficile parce que, pour ce qui est de la deep house, tout le monde tombe d’accord sur les mêmes morceaux à acheter, ou presque. En tant que producteur, tu peux jouer tes propres productions un peu en avance. Mais après c’est plus les classiques que tu joues qui feront la différence. Les classiques de Joe Claussell ne sont pas les miens.

Parles nous de cet album. Ton premier album.
Oui. On a voulu faire un disque simple d’accès. Le samedi est le jour où tu peux te détendre, il représente un peu un état d’esprit qu’on a cherché à répercuter dans le disque.

Mais ne me dites pas que vous ne sortez que le samedi.
Non, c’est vrai qu’on sort dans la semaine.

A priori tu es un peu le businessman de la bande. Que faudrait-il pour que la deep house explose ?
Plus d’identité, c’est ce qui manque à cette musique. Quelque chose de concret que le public peut avoir en face de lui. On en est tous conscients et chacun essaye d’élargir vers de vrais groupes. Mais personne ne veut aller trop vite : la liberté que l’on a aujourd’hui n’a pas de prix. Je le dis en connaissance de cause. Pour moi, le garage n’a pas encore atteint sa maturité artistique. Cette année plein d’artistes vont sortir leurs albums. Tu as entendu celui de Blaze ? Incroyable ! Cette année sera un millésime, c’est parti pour.

C’est ce que je disais. Tu es bon pour le business !
Crois moi, j’ai travaillé dans une major et c’est la même mentalité partout même si la musique change. Une vibe de directeur artistique est une vibe de directeur artistique. Ils savent ce qui sort donc s’ils veulent ils peuvent m’appeler, mais je ne ferai pas le pied de grue. Je n’ai pas de temps à perdre. Je ne veux pas compromettre ce qui fait l’essentiel de ma vie parce que je suis trop pressé. Un être humain fout tout en l’air de toute façon, mais autant ne pas le provoquer pour que ça arrive le plus tard possible !

Tu retournes au Nigeria ?
Bien sur. De temps en temps.

Tu es allé au Shrine depuis que ça a réouvert ?
Oui. Ca n’a plus rien à voir : Femi a fait le ménage et c’est devenu le rendez vous huppé de Lagos. C’est mission impossible de faire comme son père.

Gregory Papin


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