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Chronique de "Kerri’s Jazz Cafe"

La playlist de Kerri Chandler
 
http://www.ibadanrecords.com
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Sorry, your browser doesn't support Java.  Kerri Chandler
 
"Mon grand père, musicien de jazz professionnel, a ramené une fois Ella Fitzgerald dans mon studio. C’était une dame très âgée, en fauteuil roulant, et, devine quoi, elle adorait la deep house !"
   

Les anecdotes de Kerri Chandler, comme celle-ci citée en exergue, ne ressemblent à aucune autre. Et pour cause. Kerri est lui aussi, à sa façon, une légende. Producteur de deep house / garage depuis le début des années 90, largement acclamé par ses pairs, il a bâti sa carrière sur le qualitatif, que ce soit par l’écriture de thèmes encore imprimés dans bien des tympans, ou de skills de production sans mauvaise surprise, à l’américaine pourrait-on ajouter. De passage au Queen à l’invitation de son plus grand fanatique français, DJ Deep, nous avons réussi, après un petit périple dans la capitale, à le catcher en cabine, aux premières loges pour apprécier son soundcheck. Kerri a pris l’avion de NYC pour promouvoir son nouvel album, coproduit avec Jérome Sydenham d’Ibadan records, « Saturday ». Un album orienté latin house, qui fait suite à une multitude de maxis garage, un LP, l’excellent « Kaoz On King St » sorti sur son label fétiche, King Street, et des remixes pour le gratin de la house vocale. Son nom est indissociable de cette scène club new yorkaise qui continue parfois envers et contre tout à perpétrer la mixité des publics et des influences. Mais Kerri n’est pas pour autant un artiste très suivi. Même s’il bénéficie d’une aura basée sur ses seuls disques et pas une accumulation de plans marketing, mister ‘Kaoz’ Chandler n’est pas du genre à se mélanger les pinceaux. Jugez en par vous même.
 
Tu es venu avec un clavier. Tu transformes ton dj set en mini live ?
Quitte à te produire quelquepart, autant essayer de donner le meilleur de toi même, un truc spécifique qui fera qu’on se souviendra peut être de toi. Là j’ai pris un clavier et un petit sampler, pour jouer au dessus de boucles ou de disques. Je remixe en live. Pas jusqu’au point que ça devienne inaudible, d’où le temps qu’on passe à faire des réglages. Si on avait le budget, on ferait ériger une scène pour accueillir tout un concert.

Tu fais du garage expérimental.
En quelque sorte !

Tu es un producteur musicien. Plus producteur que musicien ou l’inverse ?
Le musicien maîtrise plus selon moi son expression. L’humeur du musicien se ressent plus sur un morceau de musique que l’humeur du producteur. Si je joue comme ça (il en profite pour jouer quelquechose, ndr), tu sais que je suis triste, ou comme ça, heureux. La musique, si elle est bien faite, te renvoie exactement à une certaine humeur. Dans la deep house, l’humeur (the mood, ndr) est un élément très important. C’est peut être pour àa qu’on invite beaucoup de musiciens.

Qu’a apporté ce travail de coproduction avec Jérôme Sydenham, par rapport à tes projets solo ?
Jérôme a beaucoup d’idées concernant les instruments à utiliser justement, des instruments auxquels je n’avais pas pensé. Il a eu un parcours différent, qui rejaillit sur le disque, son côté très accoustique. Mon rôle sur « Saturday » était très technique.

Il est déjà question d’un second album, a-t-on entendu.
Lequel ? Il y en a plusieurs en route. L’album de Ten City ? Les remixes ? L’album avec Dennis Ferrer ?

Ca fait beaucoup de projets.
On y passe beaucoup de temps.

Et à part ça ?
Je suis en train de me faire fabriquer un rack d’effets spécial. J’adore quand les gens se demandent d’où provient tel son, alors qu’il vient d’une machine sur mesure, ça m’apporte beaucoup de bonheur. Encore faut-il savoir ce que tu veux.

Que penses tu de l’essor de la deep house au delà de Manhattan ?
La musique devient vraiment excellente. Tu ne peux plus montrer du doigt certaines villes. Même les mecs d’ici, comme Next Evidence, sont incroyables. Ils savent utiliser leurs machines à bon escient, enregistrer correctement les voix et les instruments, et ils ont la vibe. Aucun problème. Ils m’impressionnent beaucoup.

Comment expliques-tu que la deep house ne recueille pas plus de suffrages. Par rapport au succès disproportionné d’autres musiques noires, comme le r n b ou le hip hop. Surtout chez vous, à New York.
Ca tient à la façon dont les gens entendent les choses. Enfin, j’y ai réfléchi, et il y a plusieurs points. D’abord, les gens n’y sont presque jamais exposés, et s’ils n’en entendent pas parler dans la presse ou à la radio, c’est difficile qu’ils aiment. Les médias présentent toujours ce courant, quand ils en parlent, comme d’une musique gay, mais va répéter ça à Todd Terry, il te dira ce qu’il en pense. Et puis, le garage est une musique qui véhicule des émotions, une célébration. Les paroles de ces chansons ne prônent pas la haine, ne parlent pas de gangs ou de revolvers. C’est toujours : je t’aime, je pense à toi, j’aime la musique. Parfois ça parle de moments durs, mais alors avec une note d’espérance. C’est une question de mentalité à l’arrivée. Il se trouve qu’il est beaucoup plus simple de promouvoir la méchanceté, le côté bad boy, qu’un état d’esprit positif. Tu dois aimer plein de styles de musique : soul, latin, gospel, funk, pour apprécier cette musique. Les gens pas assez ouverts n’arrivent pas à s’adapter.

Tu ne penses pas qu’elle devrait se débarrasser de son côté select ?
J’ai horreur de le dire mais ça c’est un problème qui dépasse largement cette musique. C’est plus un problème d’ego des physionomistes. Moi même je me suis fait jeter un bon nombre de fois. Ca m’est même arrivé d’etre bloqué à l’entrée alors que je venais mixer ! Je sais à quel point ça peut décourager les gens, surtout s’ils viennent pour la première fois.

Qu’as tu retenu d’autre de cette observation attentive des mœurs de la nuit ?
J’ai remarqué que la population nocturne change à peu près tous les deux ans, se renouvelle. Les gens connaissent des périodes où ils passent leur vie dehors, puis ils se marient, élèvent leurs enfants, et une génération plus jeune débarque. Et ainsi de suite. Beaucoup de mes pairs aiment se cacher derrière leurs platines, mais j’aime beaucoup me balader au milieu des gens, communiquer. C’est vraiment mon truc.

Tu avais realisé un morceau plus jazz sur le EP “Kerri’s Jazz Café”. Une expérience que tu comptes réitérer ?
Je suis contrebassiste à la base. C’est là qu’est mon cœur, dans le jazz. Je vais voir, pour le moment rien n’est en chantier, mais on verra. Ce qui est incroyable avec cette chanson, c’est le son de piano qui provient en fait d’un synthétiseur.

En general ce sont des imitations appauvries.
Oui ? Là, j’ai comparé avec mon piano à queue : c’est exactement la même sonorité.

Tu devrais vendre le piano.
Non, je suis très lié à ce piano.

Question de rhétorique : penses-tu que la jazzy house soit du jazz ?
Honnêtement je pense qu’il s’agit simplement de house, avec une teinte jazz. Tu peux mettre des sons de cartoons en boucle et ça devient de la house, c’est ce que j’adore avec cette musique. Alors je n’adhère pas trop à cette polémique. Une de mes chansons préférées a été réalisée par le groupe Azymuth : c’est du 4 / 4, mais c’est jazz. C’est jazz à cause de la progression. Mon grand père, qui était musicien de jazz professionnel, a ramené une fois Ella Fitzgerald dans mon studio. C’était une dame très âgée, en fauteuil roulant, et, devine quoi, elle adorait la deep house ! Je joue des fois avec le groupe de Count Basie, et lorsqu’ils écoutent mes titres, ils ne sont pas choqués. Le jazz n’est pas forcément en 3 / 4 : c’est une idée erronée.

Tu ne pourrais pas d’éloigner du 4 / 4 ?
J’adore la puissance du beat. C’est tellement instinctif, naturel comme rythme, que ça peut transcender tout le reste. Mon truc c’est définitivement la house !

Gregory Papin


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