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Il se sentait tellement bien, alors après Sonar, il est devenu résident barcelonais. Après les nuages de Glasgow, c’est une nouvelle vie aux approximations si excitantes, qui l’attend. Lars Sandberg, un grand gaillard tatoué avec un air d’intello trash, parle de son déménagement avant même qu’on le lui demande. Se livrant sans trop de mal, Lars est une figure de proue de la techno de rave, soulevant des foules lors de lives pour le moins physiques. Tenant d’une lignée européenne de techno hautement inflammable, son dernier album le place cependant à un carrefour artistique : il fait le grand écart entre techno morose et prévisible d’un côté, et mariages de sons plus novateurs de l’autre. Après deux albums sous le nom de Funk D’Void (« Technoir » et « Imitate »), sa musique a la sève ruisselante mais l’écorce est un peu défraîchie. On sent chez lui des influences extérieures bourdonnantes (« Obrigado », le westernien « Desperado »), et en même temps il aligne consécutivement des tracks pur et duristes sans grand intérêt, comme ceux écrits sous le pseudo de François Dubois, catapultes pour dancefloor. Le bourdonnement se fait de plus en plus fort, puisqu’aux côtés de Nigel Hayes il s’essaye au nu jazz dans le projet Chaser, dont le premier album, « Game On », toujours sur Soma, a révélé une toute autre facette de son talent. Rencontre dans un café très calme aux alentours de la rue Saint Antoine.
Alors ce déménagement…
Cet album a vraiment été influencé par ce changement. C’est ma vie qu’il fallait changer. Glasgow m’avait asséché. J’étais tombé amoureux de Barcelone en 96, lors de ma venue à Sonar, et c’est déjà bien d’avoir pu m’y installer. Tu ne croises plus les mêmes personnes dans les bars, les gens ne parlent pas la même langue mais le plus facile pour s’acclimater c’est le beau temps une grande partie de l’année.
Glasgow t’avait asséché ?
Sur le plan créatif, définitivement. J’étais déprimé à la suite de ma séparation avec ma petite amie, et puis même ma vie sociale n’avait plus d’intérêt. A Glasgow, je ne pouvais pas mettre le pied dans un endroit sans croiser des gens. Ca devenait trop stressant. Je ne fais pas de musique quand je suis déprimé. En même temps, j’ai un peu coupé le cordon ombilical avec Soma, je n’utilisais plus leurs photocopieuses ! A mon arrivée j’ai pris six mois pour me mettre dans le bain, avant de recommencer à travailler. Je vivais dans une chambre d’hôte, alors c’était compliqué. Pendant cette période, je n’avais plus qu’une caisse de disques pour gagner ma vie. Et puis à chaque fois que je me suis investi dans quelquechose jusqu’à présent, ça n’a pas duré. Je jouais au basket, j’ai arrêté, pareil pour le tir.
Du tir ?
Ouais, j’aimais ça beaucoup.
Après Chaser, on a l’impression que Funk D Void tend à changer de direction. Mais la majorité de l’album est quand même assez typique de la techno.
Nos. « Dos » est bien un disque d’adieu, comme pour dire qu’à partir de là ce ne sera plus pareil. Mais pas tant sur le plan des influences que celui de la technologie. Je suis comme ma grand mère qui apprenait à utiliser un magnétoscope, je dois apprendre à utiliser le matériel disponible aujourd’hui. Je sépare bien Chaser et Funk D’Void. Il y aura un autre album de Funk D’Void cette année et ce sera techno. Je voudrais faire un truc comme le Photek / Robert Owens, ca m’a beaucoup impressionné, mais avec une chanteuse. Ca n’a rien d’amusant de rester underground toute ta vie !
Comment fonctionne ce binôme, Chaser ?
Nigel (Hayes, le second, ndr) amène le côté organique, les musiciens jazz, les voix, et moi le côté électronique, les machines, cet aspect là de la production. Je reste dans une vibe techno. Mais pour progresser il faut parfois faire des sacrifices. C’est pour ça que je suis très attaché à Funk D’Void, où je n’ai personne à qui répondre. En même temps c’est toujours délicat de passer de l’un à l’autre, c’est sur que chaque expérience déteint sur ton comportement. C’est très vrai pour la musique.
Que penses tu de l’album solo de Nigel Hayes (franchement nul, sorti sur Sunshine Enterprises au début de l’année) ?
J’aurai du mal à m’exprimer dessus parce que Nigel voulait que je vienne travailler en studio, lui filer un coup de main. Je ne sais pas s’il a pu faire tout ce qu’il désirait, au niveau technique. On se respecte beaucoup. Je l’ai rencontré dans un club en Ecosse, il est venu me demander de mettre des disques, et je l’ai laissé faire. On se teste beaucoup là haut. Il n’avait pas de disques, mais il s’en est bien sorti. On est devenu potes comme ça.
Quelle est selon toi la différence primordiale entre techno américaine et techno européenne ?
Ah la tech de Detroit a ses spécificités, c’est certain. Le type de nappes utilisées, les pads de synthétiseurs. J’adore la techno de Detroit, mais pour moi il n’y a pas de différence fondamentale entre les producteurs américains et européens. Tout ça c’est des catégories ! On s’en fout. Kevin Saunderson m’a demandé un remix, il se foutait d’où j’allais envoyer ma musique.
On va pas finir sur une note discordante. Annonces nous tes projets pour l’année qui vient.
Le nouveau Funk D’Void à l’automne, dont on a parlé. Mon projet François Dubois, mon interprétation de l’art de vivre à la française, je ne sais pas trop encore ce que ce sera, mais il y aura des nouveautés. Et puis deux ou trois remixes.
Gregory Papin
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