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Chronique de "Modaji"

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"West London c’est une multitude de choses. On veut que la musique bouge, ça paraît bizarre d’être aussi localisé. Jazz fusion c’est encore trop réducteur, parce qu’on a écouté ce qui s’est passé ensuite."
   

Qui a croisé Modaji sur les diverses compilations et maxis où il fit acte de présence sait à quel point on a affaire à un spécialiste de la soul numérique. Avec lui, les mélodies sont aguerries et transpercent le cœur, et on croule littéralement sous la charge émotionnelle. C’est encore plus vrai pour les chansons de son premier album éponyme, à venir très prochainement sur Laws of Motion. Alors de deux choses l’une : vous me direz qu’une musique qui parvient à transformer n’importe qui en midinette n’a pas beaucoup de chances de vous intéresser mais vous aurez tout faux. Dominic Jacobson de son vrai nom est un home studio-iste patenté et une personne attachante, le genre à vous inviter à table pour manger en famille. Et si sa musique est aussi douce c’est qu’elle reflète en grande partie sa vie d’informaticien, anonyme, mais passionné de musique, passionné de soul musique. Sous couvert de r n b (la musique de Minnie Ripperton pas celle de R Kelly, désolé), ses chansons présentent, en arrière plan, les velléités organiques et dénivelés harmoniques qui font qu’on aime tant le son inqualifiable de l’ouest de Londres. Mais assez déblatéré, direction la salle du fond de l’Apparemment café pour une discussion chaleureuse à laquelle vous êtes également convié.
 
La direction de l’album, plus axée sur les chansons, en a surpris plus d’un. Pourquoi cette volonté d’être plus accessible ?
Il s’agit d’une progression tout ce qui a de plus naturel. Je ne voulais pas être coincé sur des instrus pour toujours, j’avais besoin de me hisser à un autre niveau. Ca vaut aussi pour tendre vers un marché plus important. Je veux vendre des disques ! Mais je ne me suis pas fait souffrance, j’adore les chansons. J’ai eu quelques remixes vocaux à faire, et ce fut un déclencheur. Les chanteuses et chanteurs sont tous des gens à qui j’étais connecté. J’avais presque tous les disques de Marcus Begg. Je crois que ma musique, et celle de mes amis, est parfois trop intellectualisée. Et on s’aliène une partie des gens, ce qui est dommage. Et puis écrire une bonne chanson, c’est la chose la plus difficile qui m’ait été donné de faire musicalement. Je n’ai aucunement simplifié ma musique, je l’ai juste rendue plus accrocheuse.

Qu’est ce que la soul music pour toi ?
Une définition ? La soul te touche dans le cœur. Ca te transmet des émotions, uplifting ou pas d’ailleurs. Par opposition, t’as tellement de musiques qui sont dures mais évidentes. La soul music véhiclue des choses, si tu veux, elle exprime des sentiments, une sorte d’évasion.

Je trouve que toi et tes copains de quartier vous faites de la musique avec un état d’esprit anachronique, par rapport au gros business s’entend.
Le problème du music business est que chacun est trop conscient de son audience. Et paradoxalement, c’est comme ça qu’ils perdent le contact avec les gens. Nous on fait notre musique avec notre cœur, ça peut paraître con, mais ça change tellement de choses au final.

Toi tu penses aux deux !
Sans négliger l’autre.

Et puis tu as fait deux titres garage, pour le coup tout ce qui a de plus classique !
Mes influences en house sont François Kervorkian, Larry Heard, pas les beats de fous, plutôt, le côté basique de la house.Ca peut être très basique, et très sophistiqué.

Tu es paraît il friand de télé travail ?
Mon home studio, où je prépare tout avant les sessions dans de plus gros studios, est installé chez moi. C’est très relaxant : les enfants sont couchés, ma femme étudie, et je peux travailler tranquillement.

T’es jamais stressé ?
Par rapport à la musique ? Si, lorsque je me suis mal préparé à la pré production et qu’on perd notre temps dans le gros studio, qui me coûte cher en plus. Mais ça n’arrive presque jamais.

Quelles sont au juste tes influences ?
Earth Wind & Fire des débuts, l’afrobeat, une culture significative, la musique maghrébine, ça s’entend un peu, le jazz polonais aussi qu’a fait redécouvrir Jazzanova. Ce côté improbable du jazz joué en Pologne, magnifique.

Et le r n b ?
On me dit ça, ton album est r n b. Pas au sens actuel alors. Je ne trouve pas le r n b dernièrement très inspirateur. Bon, t’as une diversité avec Timbaland, Aaliyah, mais je préfère les prods de Jay Dee. Tu vois j’aimerais bien faire un truc avec D’Angelo aussi, ou Erykah Badu, Jill Scott. Et puis le côté homophobe de cette scène me dégoute, cet aspect là de la culture hip hop. Selon moi, on doit vivre en symbiose, pas à s’affronter.

Des affiches annoncent un concert d’Elvis ressuscité sur un écran géant. Si tu avais la possibilité de ressusciter une voix que t’adores, vers qui jetterais-tu ton dévolu ?
C’est incroyable ce truc.

Miracle de la technologie.
Ouais, ouais. J’aimerai bien travailler avec des voix, c’est vrai. Minnie Ripperton, Sade, Jill Scott je te l’ai dit, et puis Dwele, qui chante avec Recloose.

Si tu pouvais le faire, que changerais tu dans notre société ?
Y a du boulot. Je crois que je choisirai de changer les médias populaires, trop enclins selon moi à rendre les gens paranoïaques, en se concentrant sur la violence, le crime, dans les films, ou à la télévision. Ils ont généralement tendance à changer la liberté de penser des gens, ça me gêne.

Tu abordes ce genre de thèmes dans tes chansons. Mais est ce possible dans le cadre insouciant de la dance music ?
Les exemples sont nombreux dans la soul. Et même dans la disco : prends les producteurs Gamble & Huff, ils faisaient des chansons conscientes avec du groove.

Quel regard portes tu sur la manière dont les médias présentent le West London sound ?
J’habite exactement le Nord West de Londres, donc je ne sais pas si j’en fais exactement partie. Si ? Tu sais, c’est une multitude de choses. On veut que la musique bouge, ça paraît bizarre d’être aussi localisé. Jazz fusion c’est encore trop réducteur, parce qu’on a écouté ce qui s’est passé ensuite. Je crois qu’on se rebelle par rapport à ce qui est installé et statique. Tu sais, c’est la toujours la même chose : si tu donnes aux gens ce qu’ils veulent, tu n’as plus besoin de marketing, ça se passera tout seul. Les gens vont recommencer à apprécier la bonne musique !

Tu as prévu de les y inciter une autre fois cette année ? Quels sont tes projets ?
Je travaille déjà sur un autre album pour Bittasweet. Ensuite j’enchaînerai avec le deuxième sur Laws of Motion. Je crois que je vais me mettre à faire de la house sur des maxis, et les chansons sur les albums. Je veux faire un maximum de chansons dans le but de monter sur scène, ça m démange. Mais pour ça j’ai besoin d’étendre mon répertoire : ce sera mon projet principal cette année.

Gregory Papin


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