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Dj historique de la Bay Area de San Fransisco, producteur de multiples maxis liquides et personnels (plus d’une quarantaine pour Large, Guidance, Naked Music, Silver Network sous le nom de Nightsource, et quelques autres), patron enfin d’une petite entreprise discographique appelée Soul Food, Rasoul est un acteur méconnu de la house américaine. Un dj qui n’a pas coupé ses dreadlocks en route, et dont le discours d’interviewé non professionnel constitue une promotion efficace. Alors que va sortir un récapitulatif mixé de ses prinicpales productions sorties sur son propre label, à la mi mars, et un terrible twelve inch dont il a le secret (« Get What This Groove ») ce mois ci, Rasoul apporte un éclairage rafraîchissant sur la house pacifique qui fait tant fanstasmer, mais aussi Chicago (pourquoi pas ?), Miami, Atlanta et plein d’autres choses encore. Tour des States avec Rasoul.
San Fransisco a pas mal volé la vedette à Chicago ces derniers temps. Existe-t-il une émulation entre les deux villes ?
J’ai pas mal enregistré des disques pour des labels chicagoans donc je suis bien placé pour te le dire. C’est la ville qui a le plus influencé notre son, si on peut dire qu’il y a un son propre à chaque ville, certainement beaucoup plus que New York. J’adore la deep house mais je ne joue pas beaucoup de voix. Notre deep house est plus atmosphérique, et je crois qu’on se laisse aller à plus de choses. On préfère le côté cru de Chicago au côté un peu endormi, ou trop heureux, de New York.
Comment expliques-tu, depuis San Fransisco, la quasi disparition des ghetto trax chicagoans ?
Oui ca a pas mal disparu. Je crois que les producteurs de ghetto trax faisaient leurs morceaux à la va vite, pour un certain marché. Ils ont amassé un petit pactole qui leur a permis d’acheter plus de matériel et de décrocher de la hard house, où tu n’as besoin que d’une 909 et d’un clavier pour composer. C’est assez restreint.
Tu es l’un des cas rares de dj qui connaissent les machines puisque tu travailles souvent seul.
J’ai une bonne connaissance des machines donc je peux faire un morceau seul ou avec quelqu’un. Je joue des claviers, je programme les rythmiques, je sais aussi mixer les tracks. Les djs qui engagent des ingénieurs, louent des studios, ont déjà des moyens pour le faire. Mais ce ne sont pas des raisons économiques qui m’ont amené à m’y prendre comme ça, les morceaux sont vraiment une progression après le dee jaying.
Quels sont les producteurs dont tu joues tous les disques ?
Ah laisse moi réfléchir… Pépé Bradock. Il n’en fait pas beaucoup mais c’est toujours génial. Les Masters At Work, aussi. Et puis Boo Williams, Glenn Underground.
Tu presses des acetates ?
Pas du tout. J’attends de recevoir des test pressings ou que le morceau sorte en magasin. Ca ne me gêne pas d’acheter des disques ! J’aime bien jouer des vieux trucs en même temps, alors j’ai de quoi faire.
Parles nous de ta compilation en préparation.
J’ai attendu le bon moment pour la faire, et je pense que ce sera assez spécial. Je vais intercaler dans le mix quelques inédits, des disques aujourd’hui indisponibles : ce sera une définition de mon style. Pas un seul style de house donc, des choses deep, d’autres plus pumping. Je n’aime pas les sets linéaires.
Que penses – tu des producteurs anglais qui tentent par tous les moyens (two step, broken beat) de s’échapper du 4 / 4 ?
Ca dépend vraiment du titre, mais mon avis ce serait plutôt que, ne sachant pas faire du bon 4 / 4, les Anglais essayent de faire mieux que les Américains, alors ils inventent autre chose. C’est une sorte d’excuse pour ne pas avoir à se mesurer à nous ! Et ça, c’est l’histoire de la musique britannique avec le rock, le blues.
Reste que le marché anglais est l’un des seuls qui reconnaisse vraiment la house et ses acteurs. Que faudrait-il pour que la house explose aux USA ?
Mis à part les immenses raves qui fleurissent à travers le pays, la house est quasi inexistante pour le grand public aux Etats Unis. Je n’aime pas ces grands évènements marketés sur le thème des esprits et de la paix, c’est du bla bla pour faire du fric, ca me saoule. Mais à vrai dire je crois que je préfère cette situation. Le dj n’a pas les attributs d’une star, c’est une chose dont a conscience au moins. En plus, où que tu ailles, tu trouves des amateurs de house, de techno, de jungle, même si c’est un regroupement minuscule de gens. On n’est pas à l’abri d’un effet de mode, comme il y a eu pour la disco. Mais je le répète si ça ne tenait qu’à moi, ce serait aussi bien que ça reste comme ça. J’aime bien la réaction des gens quand je leur dit que je fais de la house. En général, ils ne comprennent pas. La police elle même est très ignorante.
Mais il doit quand même y avoir des gens qui galèrent autour de toi, non ?
Oui et non. Je crois que si tu n’as pas un train de vie de rock star, tu peux t’en sortir sans trop de difficultés. Aux Etats Unis c’est le lot de tous les artistes d’être sous payés, et on se considère comme des artistes.
Quel regard portes tu sur l’industrie musicale américaine, genre par genre ?
Le hip hop est très fort, à la fois très undeground et très commercial. C’est comme s’il y avait deux marchés définis : celui des quartiers noirs, et celui de MTV. Le rock est en plein déclin. Ils ont eu l’indie rock, mais maintenant ça ne veut plus rien dire : tous les groupes indie sont signés sur des majors.
Je reviens à ma première question. Imaginons que la house explose aux Etats Unis. Quel serait selon toi le scénario de cette explosion ?
Oui. Il faut des chansons house formatées pour la radio (ça me rappelle quelquechose, ndr…). Et puis mettre un visage sur la musique pour faire des clips, ça, les maisons de disques en ont vraiment besoin ! Enfin, tu dois mieux savoir ça que moi ! Ce que je sais, c’est que ça ruinerait la vibe. A coup sur. Faut se souvenir qu’en 89, Ten City et Inner City ont connu un franc succès. C’est donc que ça reste envisageable. Et, dès le départ, les expériences de Larry Heard et Marshall Jefferson, bloqués contractuellement par de grosses maisons de disques qui leur demandaient de faire de la merde nous ont appris à nous méfier.
De l’autre côté de la baie de San Fransisco, à Oakland, il y a une scène rap indépendante très développée. Es tu connecté avec eux ?
Je connais des rappers de la région. On partage le même public qui va aux concerts hip hop et aux soirées house. Ce sont des gens qui sortent et qui ne restent pas bloqués sur un style de musique. De toute façon, aux USA, c’est dur de reste bloqué sur la house.
La Winter Music Conference de Miami se rapproche. Tu y seras ?
Oui, je pense. Miami est le bon endroit pour faire la fête, pas tant qua ça pour le business.
Tu aimes jouer en after ?
Afters, befores : si tu as les bonnes personnes, c’est toujours bon à prendre.
Tu sais, il y a une question qu’on pose à tous les djs qui passent par ces pages. C’est de raconter sa soirée favorite ?
Il y a un endroit que je trouve vraiment spécial, c’est Johannesburg en Afrique du Sud. Les organisateurs sont des mecs terre à terre, très cools, il n’y a pas de conneries derrière comme c’est souvent le cas (sic). Et ce qui est formidable, c’est que dans ce pays où les communautés vivent en totale séparation, malgré la fin de l’apartheid, dans les soirées house, le public est vraiment mélangé. Ca me fait chaud au cœur à chaque fois. Et ils adorent la deep house !
Et la pire ?
Il y a eu beaucoup de pires, mais une fois, je n’en croyais pas mes yeux. Dans une petite ville allemande, un dj qui fêtait son anniversaire et m’a fait venir pour ses dix potes ! Ca, à la limite, c’est pas très grave. Mais ce dj avait mixé avant moi, ils étaient huit sur la piste, et quand je suis arrivé, ils se sont cassés. Avant même que je puisse poser un track.
Comment as tu découvert la house ?
A Atlanta. J’étais étudiant, en 88. Atlanta est en quelquesorte la Mecque pour les étudiants afro américains. Alors t’avais des gars de Chicago qui descendaient des mix tapes, et ainsi de suite. A l’époque, c’était un truc très frais, très positif. Pas de drogues, pas de bagarres : c’était très tranquille.
Moi qui pensait que tu l’avais découvert dans un désert avec Dubtribe Sound System !
Non, ne compte pas sur moi pour aller dans le désert pour danser. J’ai été à des raves en arrivant à SF, et je respecte ce que fait Dubtribe mais ce n’est certainement pas comme ça que j’ai découvert la house.
Un autre truc m’a frappé quand j’ai visité le coin, c’est le nombre de filles dans vos soirées. Comment les faites vous venir ?
Rien de particulier, je pense qu’elles apprécient la musique, c’est tout. C’est dur comme question, ça.
Le son de SF : mythe ou réalité alors ?
Je ne sais pas si on peut définir comme ça le son de San Fransisco, ce serait nier la diversité qui existe pourtant. Chacun a plutôt son identité. Joshua a un son à lui par exemple, c’est indéniable. Après, je ne sais pas trop. Je crois qu’on sait juste comment faire la fête là bas, tout simplement.
Gregory Papin
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