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Les chansons bien dosées en paillettes de son premier album « Back » l’ont établi avec persistance au cours de ses derniers mois : Markus Nikolai s’est déjà fait un nom. Traitant de sujets revigorants avec une distance mesurée, du star system (l’intro « 24 Hours ») au sexe system (« Vintage Fantasies For Lovers ») en passant par le fitness (« Workout »), il mâche la pâte de la pop culture avec une certaine frénésie. A la tête du label Perlon, Markus était déjà un spécialiste de la tek nautique, mais c’est lorsqu’il ajoute une corde sensible à son arc, au travers de ses lyrics filtrés, qu’on finit par le remarquer. En résumé, c’est un artiste à la trajectoire révélée par l’artificiel. Et qui nous raconte ses états d’âme, en compagnie de sa chanteuse Claire Dietrich ,dans un café du boulevard Bonne Nouvelle. Peu de temps avant leur prestation live lors de la soirée Katapult (Rex / Paris / 25.01), où il n’y eut guère que la version de « Passion », sans la basse de « Blillie Jean » mais avec un break à la mitrailleuse qui changeait des versions gravées ! Peu importe, Markus avait fait le déplacement de Francfort et on peut enfin mettre un visage sur l’une des sensations de l’année dernière.
Les notes de pochette disent que l’album a été enregistré entre 1982 et aujourd’hui : c’est original.
C’est la vérité ! J’ai commencé mon studio dès 1981 en fait, et le morceau « Pause » date de cette période. Il avait été enregistré sur une simple cassette. Ca s’entend d’ailleurs. « Back » regroupe des chansons que je ne pouvais pas sortir ailleurs. Des chansons de 87, 93, 95, 97. Je n’ai jamais jeté aucune des machines que j’utilise, donc le son garde un côté homogène.
Qu’as tu fait d’autre que cet album dans ta carrière ?
J’ai fait plein de maxis, pour Perlon notamment. Et j’ai été impliqué dans un groupe appelé Bigod 20, un projet electro body music avec lequel on a fait trois albums entre 88 et 94. On a été signé sur Sire aux Etats Unis, et on a même été sur les bandes originales de « Sliver » avec Sharon Stone et « Cape Fear » avec Robert de Niro. Ensuite, avec les co gestionnaires actuels de Perlon, on faisait un groupe appelé Pile, un projet qui rassemble installations visuelles, philosophie et musique. On faisait des happenings, et on a sorti un album sur Epic en 97.
Je parie que tu écoutes la musique à bas volume dans ton studio.
C’est vrai. Qu’est ce qui te fait dire ça ?
En l’écoutant à bas volume, la manière dont les beats claquent quand même.
J’ai d’excellentes enceintes, très petites et très précises, qui retranscrivent le son sans faire bouger les murs. Pas besoin d’écouter trop fort. Mais lorsqu’il s’agit d’un club track, je le réécoute fort pour vérification du mix. Le mix est une étape essentielle.
Ca n’a rien à voir, mais êtes vous amants tous les deux ?
(Claire) Euh non. On est fraîchement amoureux mais pas l’un de l’autre !
« Bushes » est une chanson sur le sexe, non ?
(Claire) Non, les paroles parlent d’amour.
Markus, tu es aussi chanteur. Quel est d’après toi, le plus attractif : un chanteur ou un producteur ?
Définitivement un chanteur !
Est ce que vous vous sentez à l’aise dans les supermarchés ?
C’est une question bizarre. Je crois que non. Enfin, en fait, si, mais alors dans les très grands supermarchés, les hypermarchés (en français dans le texte, ndr). J’aime me promener à travers les rayons à la recherche de nourriture. Ils ont toujours des trucs que tu ne trouves pas ailleurs, des choses très étranges. Et puis j’adore Fauchon à la Madeleine, mais est ce que c’est un supermarché ?
Ca dépend de tes moyens. Tu aimes manger ?
J’adore ça.
Qu’est ce que tu fais en dehors de la musique ?
Comme travail ? Je suis opticien. J’ai un magasin à Francfort, et j’en ouvre un deuxième.
Les ventes de l’album sont bonnes à ce point ?
Non ! Mais ça marche bien. C’est plutôt l’optique qui finance la musique que le contraire. Il fallait que j’ouvre mon propre magasin, parce qu’avec la musique je ne pouvais pas faire ce que je voulais de mon emploi du temps. Tu vois, tout de suite, je devrais conseiller des acheteurs de lunettes. Et je remercie mes employés de tenir la boutique !
C’est un point de vente supplémentaire pour tes albums.
Non, je donnes des CDs à mes clients curieux, je ne leur vends pas.
Vous chantez en anglais parce que l’allemand chanté c’est trop risible ?
L’allemand est plus compliqué à chanter. La voix sonne mieux, est plus harmonieuse. L’allemand est trop guttural. On aime l’espagnol aussi, pas seulement l’anglais. J’arrive à penser en anglais, et quand je veux écrire un truc difficile, mais ça n’arrive presque jamais, je traduis avec un dictionnaire.
On va finir par connaître tous tes secrets. Quel est ton plan de carrière ?
J’aimerais parvenir à vivre de ma musique bien sur, faire ce que je veux, manger dans les restaurants que conseille le guide Michelin. Mais d’un autre côté, si j’ai plus qu’un mark en poche à la fin du mois, ça ne me pose pas trop de problème. Je ne fais pas d’économies.
OK, mais quel but t’es tu fixé pour y arriver, dans l’année par exemple ?
Je n’ai pas d’autre album en projet tout de suite. Certainement quelques maxis, c’est tout. Je ne devrais pas en parler mais j’ai été approché par Norman Cook pour faire une deuxième licence de « Bushes » sur son label house. Ca pourrait déjà me faire mieux connaître !
Parlons rapidement business. Tu manages le label Perlon, mais c’est la licence de « Bushes » sur Classic, peu de temps avant la sortie de l’album, qui vous a révélé. Qu’en penses tu ?
Cette licence nous a fait connaître d’un autre public. Je connais bien Luke (Solomon, ndr) de Classic. Les deux licences, puisque récemment « Passion » est re-sorti sur Music For Freaks, nous ont permis d’élargir notre audience, et je suis content de leurs remixes. Je ne peux pas me plaindre de la situation.
Autre question attendue. Tu as monté un live avec Thomas Brinkmann, Florida, et on se demande comment vous vous entendez avec les gens de Playhouse, Needs, Kompakt, bref, les musiciens actifs outre Rhin.
Je suis assez proche de Thomas et je les connais tous bien, Isolee, Losoul. On est pote avec Heiko (Laux, ndr) de Playhouse, on dine souvent ensemble, on se retrouve dans les soirées, ce genre de choses. On discute aussi business ensemble justement : si un label a un problème de distribution, on se demande des conseils.
Vous allez vous produire sur scène ce soir. Quel est le genre de soirées que vous appréciez ?
On adore faire la fête, et on préfère les petites salles, et la musique n’est pas si importante. Si le son est trop cheesy, ou au contraire puissant mais ennuyeux, ça peut devenir gênant, mais on se retrouve rarement dans ce genre de soirées ratées !
Gregory Papin
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