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Avec Uschi Classen, Bougie Soliterre - ça se prononce comme ça s’écrit - est une arrangeuse deep house hors pair. Pour faire court, on ne discutera pas la féminité de ses chansons, surtout qu’il s’agit de l’une des étoiles montantes du garage, toutes catégories confondues. Cette amie de Kerri Chandler, qui arbore un profil bas, une passion sincère, appelle aussi les maxis de ses labels Flipside et Global Dance des douze pouces : c’est que, bien qu’installée à Londres, Bettina est québécoise. Des douze pouces, elle en a déjà une belle série : « Miles Away » sur People, « Bougez », « Charisma », « Something », « Superficial », avec leurs inaltérables déclinaisons dub / vocal. Son premier album « Besides You » devrait la conforter sur la scène house, et qui sait séduire un plus large public. Rencontre animée, en français et en tête à tête, dans l’appartement de notre ami commun, le toujours sémillant Mr Groove. Elle se met directement à nous raconter son premier concert, à 12 ans… Donna Summer live ! « Je me suis intéressée à la musique en plein disco peak. »
Pourquoi t’es tu installée à Londres ?
Parce que c’est là que ça se passe pour la musique, je crois. Plus encore qu’à New York. Je suis passée à Amsterdam mais la scène y était très petite, comme celle de Montréal.
Je crois que tu étais impliquée avec les gens de People au début.
Oui, je suis partie de People, il y a deux ans, et j’ai démarré mon label, Flipside. On allait pas dans la même direction musicale, moi je reste deep house, garage, alors pour ne pas se gêner ça m’a paru la meilleure solution. Je voulais un label dont je serai complètement fière, un caractère spécifique. Et pour ça tu ne peux pas faire de compromis.
Tu incorpores quand même des breaks à ta house.
J’aime beaucoup la house, j’aime beaucoup le jazz aussi. J’en utilise. J’espère n’offusquer personne !
Qu’entends tu par là ?
J’aime la jazzy house. Pas les solos pendant cinq minutes, la structure qui te frappe tout de suite. Alors le jazz n’est qu’une influence, ma musique n’en est pas. Je fais des chansons. Je n’aime pas la musique où tu ne peux retenir un thème précis. C’est la seule façon selon moi de maintenir l’énergie. Ca fait dix ans que je bosse dans les clubs, pas seulement comme dj. J’aime pas entendre le public siffler.
Tes disques sont calibrés pour les djs, à l’ancienne.
Je mets toujours l’acapella, les bonus beats. T’as toujours des gens talentueux, expérimentés, qui savent les utiliser.
Quels sont les producteurs que tu apprécies ?
Les Masters At Work, ils ont vraiment un truc spécial, Kerri Chandler. Et puis Qunicy Jones. J’essaye de viser mes morceaux dans le même esprit.
Tu as fait des titres avec Romanthony, comme les Daft Punk, non ?
Oui, au début. Un sur World records, et un autre sur Defender, quand j’étais à New York.
Tu invites plein de musiciens sur tes morceaux.
Oui, je fais que les percussions sur la drum machine ! Je travaille un peu comme Phil Asher, qui dirige ses musiciens. Beaucoup sont habitués, et ne sont pas chers à engager à Londres. En moyenne, je prend deux musiciens et un vocaliste par morceau.
Tu as quand même une conception classique de la house, assez américaine, non ?
C’est évident. Pour moi, j’appelle house un seul genre de house. La house de Frankie Knuckles, Finger Inc, les trucs de Trax records à Chicago. Les trucs qui pompent avec des loops dedans, c’est pas ma tasse de thé, et je ne trouve pas que ce soit de la house. Et ma musique, je dirai plutôt que c’est de la soulful, uptempo, dance music. Il y a beaucoup de confusion autour de ce terme de house. Quand je mixe, je choisis les disques comme si c’était moi qui dansait sur le dancefloor.
Quelle a été la soirée la plus marquante de ta carrière ?
(petit moment de réflexion) Il y en a eu tellement. Je ne pourrais pas te dire.
Alors, une nouvelle variante : quelle a été la pire soirée de ta carrière ?
Une fois on m’avait engagée en Espagne, dans une espèce de niaiserie type ‘women dj’, avec deux filles qui jouaient presque trance. Le promoteur ne voulait plus me payer parce que sa boite manquait de monde, et j’ai du rentrer seule à l’aéroport en attendant mon vol. J’ai eu toutes les galères ce soir là !
Gregory Papin
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