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Arnaud Taillefer, Fred Berthet et Lionel Corsini sont les Troublemakers. Un trio marseillais dont le premier et épatant album va sortir le mois prochain, et pas que pour les spécialistes. Disque des plus artys, « Doubts & Convictions » est nourri au jazz et au funk, et restitue les ambiances des films d’action d’antan avec un goût prononcé pour l’échantillonnage infernal, et une production vraiment bien foutue. Une musique qui fait finalement plus penser à DJ Shadow et DJ Krush en moins hip hop, sans le côté redneck du premier ou le côté yakusa du second. Même s’ils refusaient net de parler d’aïoli, la rencontre avec Arnaud et Lionel des Troublemakers dans une mezzanine du XVIII ème arrondissement s’est tout de même bien passé.
Marseille / Chicago, ça a l’air loin comme ça. Comment vous ont-ils signé ?
On a d’abord fait un envoi important de nos maquettes, l’album presque terminé en fait. Ca c’était en septembre 99. Et ils ont été les plus rapides à signer. Sur cinquante labels, c’était les plus enthousiastes, les meilleures conditions financières. Beaucoup d’envois sont restés sans réponses. Ce qu’on comprend, vu que les labels doivent recevoir plein de démos et n’ont pas toujours le temps de les écouter. Mais de part notre position géographique, on ne connaît pas trop les labels parisiens donc on n’a pas pu faire jouer le relationnel.
Quel est votre contrat avec Guidance ?
Un album, dont on est producteurs, et une option sur les deux suivants.
Marseille, la scène, c’est quoi ?
A Marseille, le vrai problème est dans la diffusion. On connaît quelques personnes qui font de la musique en home studio, mais ne font rien écouter. Des trucs pas mal. C’est une question de confiance. On espère qu’on va pouvoir drainer des gens, que notre signature va les encourager à envoyer leurs productions. On a quand même le sentiment que notre signature en a émoustillé quelques uns. C’est un peu ce qui s’est passé avec IAM. Et puis t’as des gens comme David Caretta, son label Porn Flake qui est tech electro, de bons djs. Notre quatrième homme dans le live, DJ Rebel. Les artistes doivent se transformer en organisateurs parce que les gérants des principales infrastructures ne prennent pas de risques.
Vous êtes des maniaques du sampler. Collectionneurs ?
Là encore, les magasins manquent. Faut vraiment être à l’affût. Il n’y a pas de mine à trésors sauf pour les BOs de films, mais à des prix exorbitants. On est pas encore allé dans les warehouses à Chicago, mais on compte bien lors de notre prochain voyage. Sur l’album, il y a aussi des passages joués.
Est ce que vous vous sentez perfectionnistes ?
Ouais. On est très attentifs, lorsqu’on écoute un disque, à la composition, mais aussi aux arrangements, à la production, au timbre des instruments. On a tendance à surcharger les morceaux, pour avoir un début et une fin. Et puis on adore les belles mélodies.
Avez vous des modèles de producteurs ?
DJ Shadow, pour ce qu’il fait avec les samples. Des gens dans le hip hop, comme A Tribe Called Quest, pour les lyrics et la musique. Par contre on aime pas du tout le rap français, les boucles de violons sans cesse, le flow pas inventif. Ils font les albums très vite, trois semaines dans le studio et c’est tout !
Que pensez vous de l’initiative « Electro Cypher » d’Akhénaton ?
On a pas tout écouté, mais on a pas trouvé ça terrible. Et puis il y a un malaise par rapport à la position d’Akhénaton sur les musiques électroniques, comme s’il voulait récupérer l’electro. C’est comme s’il ne connaissait pas bien l’histoire de l’electro.
Votre disque n’est pas vraiment calculé pour la danse.
C’est un album de chill out, un disque de maison.
Un disque d’apéro…
Euh non, plutôt un disque de piano bar s’il te plaît !
Vous passez du temps à scénariser votre musique ?
On essaye de donner sa couleur à chaque morceau, de raconter une petite histoire.
Est ce que vous trouvez que trop de gens se réclament de cette écriture cinématograohique ?
On est d’accord pour dire que beaucoup de trucs cinématiques sont des déchets.
Parlez nous de votre live. Y a-t-il un script particulier ?
On finit de le mettre en place, c’est pour ça que Fred est retenu dans le Sud. On joue tous les trois avec DJ Rebel, et deux écrans géants. On a calé des samples de film sur la musique, et aussi choisi la lumière qui convenait à chaque fois. C’était un gros travail, et ça fait un concept assez lourd.
Tout est déclenché en temps réel ?
On ne peut pas faire beaucoup plus live qu’on fait, et bien sur certaines séquences sont déjà programmées. Les synthés, les rhodes sont jouées en direct. C’est sur que les lives electro sont en général très statiques.
Vous faites de la musique électronique ?
Oui, parce qu’elle passe par les machines. Il y a les nappes, tout ça.
Mais le son, c’est jazz et funk.
Appelle ça funk électronique alors !
Quelle différence notable trouvez vous entre les disque de 1973 que vous aimez, et ceux de l’an 2000 ?
La chaleur. L’engagement. La poésie. Il semblerait aussi que les artistes avaient plus de contrôle. On dit pas ça pour nous parce qu’on a fourni un produit clef en main.
En fait, en France, est ce que vous trouvez qu’on est vraiment réceptifs au funk ?
Il y a eu une grosse période où les gens ont boudé le funk. Dans les années 80, ce qu’on appelait la funky. Faut pas oublier que funky ça veut dire con en anglais. Mais c’est une question de culture, parce que, avant ça, t’avais pas beaucoup de disques de funk qui arrivaient à Marseille, c’était par trois exemplaires ! En France, t’as un esprit rock, et les yé yés ont bousillé toute la culture musicale. Heureusement, t’as aussi des musiciens pointus qui se sont affranchis de ça.
Gregory Papin
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