|
|
|
Viennois au peignoir blanc, difficile de faire plus authentique dans le genre, Richard Dorfmeister tient les observateurs en haleine depuis quelques mois. Avec son comparse Peter Kruder, ils comptent parmi les stars planétaires du remixage (le dernier qu’ils aient accepté était Madonna). Après quelques maxis soignés, leur album, sans cesse repoussé, finit par faire retomber toute la hype qu’il y avait autour. Il est maintenant probable qu’il ne verra jamais le jour, au grand dam des amateurs de musique tout confort. Serein, tranquille, Richard se consacre à ses side projects, et notamment Tosca avec Rupert Huber, dont vient de paraître l’inéluctable volet de réinterprétations intitulé « Suzuki In Dub ». Une alternance plutôt enivrante. En plus de cela, il s’occupe de la gestion de son label qu’il est le seul à assurer au jour le jour, avec des sorties relativement moyennes ces temps ci mais du potentiel. Pas de laisser aller donc, mais beaucoup de laisser couler. Entretien téléphonique à l’ancienne avec ce grand sarcastique qui ne manque pas d’attitude, ni d’un talent encore vivace.
Les Autrichiens parlent toujours dub. Y a-t-il une scène de sound systems à Vienne ?
Je pense que les sounds sont plus nombreux en Angleterre, et hormis les soirées Dub Club, et le vrai sound itinérant de Sugar B, c’est un peu le désert. Pareil en ragga. En Allemagne aussi il y a beaucoup de sounds dub. Par rapport à la France, il y a beaucoup moins de Noirs dans la société, mais la black music est une influence grandissante. Notre culture musicale n’est pas limitée à la black music et encore moins au dub. Dans ma tête la musique sert aussi à mélanger les gens quelque soit leurs origines.
Expliques nous en quoi Tosca est dub.
Il ne s’agit pas vraiment de dub. Ce sont des versions infusées au dub. Ce sont les techniques plus que le son.
Tu as proposé les remixes à tes potes.
Le remix est toujours intéressant, révélateur. Je me suis fait des amis en demandant un remix. Ca permet de travailler ensemble, de partager plus que les bandes séparées. La plupart des acteurs de « Suzuki in Dub » sont des nouveaux noms, c’est un facteur non négligeable de leur détermination. Les superproducteurs ont tendance à se limiter.
Comment as tu fait ton choix ?
Ca se décide plus sur le plan personnel que le plan musical.
Es tu définitivement paresseux ?
En un sens, sauf que j’ai l’impression de ne jamais m’arrêter de bosser. Le plus dur c’est de supporter la pression.
Pour un producteur lounge, ça peut être un choix tactique ?
On retient notre truc parce qu’on ne veut pas se faire bouffer par le système. Je suis dans le circuit indépendant jusqu’au coup : même si ça fait beaucoup de boulot, faut que je contrôle tout. Personne n’est mon patron. Tu peux avoir du succès et être complètement dépendant. J’en apprends à ce sujet tous les jours.
Tosca est une récréation alors ?
C’est sur que ce n’est pas aussi attendu que Kruder & Dorfmeister. C’est plus agréable parce qu’il n’y a personne à convaincre. Je me fais entièrement confiance. Ca a l’air de marcher !
Ces deux projets sont ils complètement séparés dans ton cerveau ?
Il y a bien une couleur spécifique à chaque projet. Si un morceau ne rentre pas dans le tracklisting, on le dégage. C’est notre guide pour l’enregistrement.
As-tu du mal à bosser tout seul en studio ? Tu ne sors des disques qu’en duo !
J’aime bien avoir un point de vue à échanger en studio mais je suis tout à fait capable de finir un track tout seul.
Pourquoi n’invites-tu pas de chanteurs ?
On en utilise même si ce n’est pas au premier plan. J’aime les chanteurs des rues.
L’album de Kruder & Dorfmeister est sensé être terminé à la date où l’on parle, non ?
On va le faire mariner jusqu’à ce que ce soit vraiment parfait, à 100 %. On a pas attendu aussi longtemps pour faire un disque en demi teinte.
C’est donc que cet album existe ?
Disons qu’on est pas allé aussi loin que les rumeurs le disent. Tu sais il faut qu’on s’y implique plus que dans un maxi.
Suzuki n’est pas seulement une marque de motos. Que signifie ce mot pour toi ?
C’est une chose qui vient à toi à certaines périodes de ton existence. Après le rush à la sortie des « K & D Sessions », j’ai senti que j’avais besoin de faire quelque chose qui me maintienne les pieds sur terre. Sans être ennuyeux. Le downbeat (sic) peut être tellement ennuyeux.
Autre question : les remixes ne financeront plus jamais ton loyer ?
J’ai arrêté. J’ai le sentiment que c’est fait. Parfois on a mis tellement de temps et d’effort alors que ça n’en valait pas toujours la peine. Je me concentre sur mon prochain projet. Si tu changes d’activité, ça garde ta motivation intacte.
Tu as participé à « Electronic Resistance », alliance électronique contre le gouvernement néo nazi autrichien. Comment le ressens tu ?
C’est pire aujourd’hui qu’au début. Tu lis les quotidiens et l’atmosphère est de plus en plus nauséabonde. Ce ne sont pas des faits, c’est plus insidieux, dans la manière dont les gens parlent, leurs points de vue. La seule réaction possible est d’avoir les yeux grands ouverts, de faire attention au moindre faux pas. Vous avez connu le problème d’une extrême droite forte en France. Nos deux pays sont assez similaires. Heureusement pas seulement sur ce plan.
Tu aimes la France ?
J’adore ! Vienne est très proche de Paris, plus petite, plus relaxante. Comme le trafic. Ici les gens sont plus cools avec les piétons. Un chauffard avait failli me renverser.
Gregory Papin
|