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Doctor L a peut être changé radicalement de sources sonores, entre la profusion parfois étouffante de samples de son premier album « Exploring The Inside World » et le groupe virtuel qui a servi de plateforme d’enregistrement à son second opus, « Temple On Every Street », mais sa musique n’a pas perdu en tempérament. Tout juste a-t-il développé un son blues plus marqué, un son plus live, en tout cas. Question de culture. Sa carrière l’a mené du sommet des charts, en participant à quelques gros projets de rap français, crédible – Assassin – ou pas – Stomy Bugsy -, à la production d’un mythe vivant, Tony Allen, l’un des instigateurs de l’afrobeat avec Fela. L’album qu’ils avaient réalisé ensemble l’année dernière, « Black Voices », reste un chef d’œuvre de collaboration fructueuse. Alors qu’ils apportent les dernières retouches à leur nouveau projet, « Psycho on da Bus », Liam nous a reçu dans son appartement, dans un immeuble de caractère de Belleville, pour un tête à tête en présence de toute sa famille, sur le ton de la conversation.
Tu as fait le grand écart dans ta carrière à plusieurs reprises. Où pourrais-tu donc te situer ?
Je ne sais pas trop. Le topo musique électronique, c’est un peu du pipeau pour moi. L’instrumental, c’est de la musique qui n’est pas engagée, c’est tout. Et les trucs pointus vendent que dalle. Je trouve que la musique a de moins en moins d’âme. J’ai presque l’impression que tu ne peux avoir une âme, au sens musical, que si tu es hors courant maintenant. Et puis en fait j’ai l’impression d’avoir toujours fait la même chose. Déjà avec Assassin j’essayai d’éviter le rap de base. On s’inspirait plus de trucs en marge, qui n’ont pas trop existé dans la tête des gens.
Tu reviens quand même à des structures de chansons avec ce nouvel album.
C’est un hasard
Ton premier album solo était constitué d’un collage de samples ahurissant, et cette fois tu t’es samplé en jouant des instruments. C’est un retour, ce changement de sources ?
J’ai gardé le principe du collage, puisque je n’utilise que ce qui m’intéresse. C’était un peu un truc pédagogique, j’ai repris la batterie. Je suis un autodidacte, mais dans la position du peintre abstrait qui sait dessiner, et qui fait des peintures abstraites par choix. Ca ne fait pas forcément des bons disques mais ça fait une différence.
Est ce que c’est le fait d’avoir produit Tony Allen travaillé avec des musiciens, qui t’a mis en condition ?
J’avais pas vu ça comme ça, peut être que ça a pu jouer. Pendant longtemps, on a considéré l’énergie d’un musicien comme has been, les gens s’en sortaient mieux avec des samples, mais je crois que ça se renverse. L’important c’est de ne pas faire de la musique de musiciens à l’arrivée.
Parlons de ta collaboration avec Clip Payne, membre du Funkadelic de George Clinton. Il chante un peu à contre emploi, par rapport à sa participation à l’album d’Alex Gopher.
On se connaît depuis longtemps avec Clip, et, en fait, je crois que c’est un philosophe, un type qui aime écrire. Sa femme est dans le folk engagé. Là sa voix, son esprit n’est pas du tout uplifting, je te l’accorde, mais c’est lui quand même. Ce n’est en aucun cas une collaboration forcée.
Il y a un côté blues sur l’album. Tu en écoutes beaucoup ?
Certains trucs. J’écoutes beaucoup de vieux disques en général. La plupart des trucs qu’on dit nouveaux dans les musiques actuelles, il en existe des bribes dans les vieux disques.
Tu sors un DVD en plus de l’album. Parles nous en.
Avec le graphiste on a voulu faire ça. On a pu débloquer un peu d’argent, s’amuser avec la 3 D. On a essayé quatre monteurs, c’était nase à chaque fois, alors j’ai fini par faire le montage moi même. Je me suis investi, ça me rappelle un peu les premières heures du rap, quand tu sais pas trop ce qui va advenir. Mais bon on voulait des images à la hauteur du disque. J’ai aussi un site en construction. On prend notre temps, malgré tout on tâtonne.
As tu d’autres projets dans cette voie ?
Je voudrais faire un picture album, pas vraiment un film, pas vraiment un clip. Un tout entre images et musique. Maintenant il existe des bancs de montage pour gamins sur ordinateur. Et la DV est quand même assez simple d’utilisation. L’image devient vraiment accessible. En même temps, il y a tout un langage visuel à inventer, ne pas trop en montrer pour ne pas gâcher le plaisir de l’écoute, ne pas vampiriser la musique. On a un projet sur lequel on réfléchit en ce moment, avec Nico de FFF. Ca s’appellera Cactus Hunters.
Dernier truc. Le premier titre de l’album s’appelle « Tu Mets Le Signe du Singe ». C’est quoi ‘Le Signe du Singe’, un tee shirt ?
Ca n’a aucune signification. C’est un dessin sur la pochette, et c’était sur l’en-tête du fax que j’ai envoyé à la maison de disques pour le tracklisting. C’est un accident, mais si c’est un accident qui peut donner une signification, ça me plaît encore plus.
Gregory Papin
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