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Voilà les faits. David Mancuso louait un Loft à Manhattan. Le week end, il invitait les freaks de tous bords, recalés et habitués des clubs de la grosse pomme, à la maison. Il prenait les platines et jouait de la musique festive, un peu de tout. Ca devait le faire puisqu’on en parle encore aujourd’hui. Ses compilations « The Loft 1 & 2 » s’inscrivent malgré elles dans ce revival disco qui fait des ravages à petite et grande échelle, parce que Mancuso jouait de la party music conviviale. Point barre. Le bonhomme est peut être moins bon vivant qu’autrefois, s’interrompant trois fois pour se reprendre lors de l’entretien, mais il est foncièrement attachant, témoin d’une époque où tout restait à faire, qui ne se mordait pas encore la queue. Oubliez quelques instants les lois de l’espace temps. Un pas en arrière ? Un pas de côté.
Tu es plus chansons que bonus beats, non ?
Bien sur. On peut se sentir redevable de chansons qui sont encore si bonnes aujourd’hui. Bon, j’ai bien acheté deux maxis récemment, mais je préfère les chansons sans aucun doute aux tracks actuels.
Parles nous de tes soirées. Quelles était la faune que tu y attirais ?
Les gens avaient un truc en commun : l’amour de la musique. La dance music était à peu près la même dans tous les clubs à ce moment là, mais au Loft les gens avaient le lifestyle en adéquation avec ce qu’ils entendaient. Il faut souligner qu’il y avait toutes les origines sociales, ethniques, mélangées. Ailleurs et avant on gardait les gens divisés. Plein de choses s’y sont passées. Et puis il y avait beaucoup de bonnes soirées à New York, mais la différence principale c’est que là j’y habitais.
Dirais-tu que les musiciens avaient l’esprit plus libre pour composer dans les années 70 ?
Oui, pour deux raisons. La première, c’est l’absence des ordinateurs dans les studios. Les ingénieurs savaient où placer un micro, parler acoustique, et les musiciens jouer de leur instrument. Avec deux micros et un sens de la géométrie tu fais ce que tu veux dans une pièce. Je ne renie pas la technologie, mais il faut comprendre que l’époque était très différente. Par exemple, autour de mon ancien loft, les bureaux sont encore ouverts la nuit. Tu ne pourrais plus rien organiser. Aujourd’hui à cause des ordinateurs, la NASA c’est tout ce qui se passe… (sic) Et puis après les années 60 qui ont vu une grande libéralisation des esprits, dans la société, les années 70 ont un peu retranscrit ça en musique.
Moins d’argent circulait peut être ?
Moins d’argent ? Non, des gens ont fait beaucoup d’argent avec la disco, moins avec le funk, mais avec la disco énormément. Je n’ai jamais fait partie du music business, mais on servait de boites de promo pour les majors du disque, qui se rinçaient bien sur notre dos sans nous rémunérer. En 1974 on a fondé le premier pool de djs, par pour le profit, mais pour des raisons purement artistiques. L’idée était bonne, et elle a été reprise, cette fois, à des fins lucratives. Les djs manquaient d’organisation, nous étions dans un vrai terrain vierge au milieu des années 70. A partir des années 80, les pools de djs appartenaient à l’industrie et marchaient sur les mêmes bases.
Tu prépares un bouquin. Des comptes à régler ?
Pas vraiment. Tellement de gens ne sont pas reconnus, ça me rend triste. Je veux juste rétablir quelques vérités historiques. Je vois qu’il y a de l’intérêt.
Quelles autres occupations as-tu eu dans ta vie ?
Plein de trucs ! Du management dans des bureaux, antiquaire. J’ai commencé plongeur dans un restaurant.
Comment décrirais tu ton rôle : animateur de soirées ?
J’ai une conception bien à moi du deejaying. Par exemple, quand je mixe si des gens crient dans un coin de la salle, c’est une autre source de son avec laquelle je peux jouer. La musique se partage. Quand tu mets un casque, tu enlèves cette source de son. La musique parle même si ce n’est pas en langage verbal.
As tu déjà essayé de jouer d’un instrument ?
Le piano, mais pas pour très longtemps. Dans la chaine de production, je me situe dans le playback. Pour moi, tu as l’artiste, l’enregistrement et la phase du playback. Elles se complètent, et si tu te plantes, tu mets tout le travail en amont par terre : la qualité de la chanson, la qualité de l’enregistrement. Dans ma conception, tu n’apportes pas d’interférence, tu mets en valeur. C’est pour ça que je change jamais le pitch, ce n’est pas respecter l’artiste qui joue son morceau à tel tempo, parce qu’il le sent comme ça. Ou que je ne suis pas trop fan de remixes. D’un autre côté, les caissons renforçant la basse sont apparus au loft.
Gregory Papin
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