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Depuis quelques années, Cristian Vogel, routard de la tek installé à Brighton, s’éloigne du parcours de dj techno habituel. Tout avait pourtant bien commencé, Cristian enregistrant des modèles de musique technologique puissante. Puis, petit à petit, les choses ont bougé. Et on en arrive à des disques réellement sulfureux, comme son dernier album, « Rescate 137 », paru chez Mute, chef d’œuvre de modulation sonore perpétuelle à la sensibilité exacerbée. Tout sauf du statique. Qui a déjà vu en live son projet d’ electro vocale déjantée Super_Collider, avec son acolyte Jamie Lidell, sait bien de quoi il retourne. A 27 ans, Cristian poursuit une quête musicale intransigeante et déraisonnable. Interview brute de décoffrage, réalisée en fin de journée, juste avant son passage au Batofar mi octobre. On pouvait s’y attendre : la plupart des réponses tombent à côté des questions.
L’artwork de ton dernier album semble raconter l’histoire du disque. Tu as écrit la musique en rapport avec les photos ? L’artwork a-t-il précédé la musique ?
Ce n’est pas aussi simple que ça. La musique existe sans l’artwork, même si on a essayé de créer une symbiose entre les deux. C’est une sorte de chasse au trésor… Je n’en dirai pas plus. En tout cas, l’artwork est arrivé après la musique.
Bon. Parlons musique. Tu aimes les sons qui dégoulinent, non ?
Euh, oui ? Disons que j’essaye de créer de la musique qui s’écrit en partie elle même. Un peu parce que je suis paresseux, et aussi parce que je m’intéresse à cette démarche.
Que veux-tu dire par là ? C’est un peu comme l’écriture automatique des surréalistes ?
Je ne veux pas m’ennuyer dans le studio, surtout. Faire de la musique avec des boucles qui changent à peine, ça ne me dit plus rien. Je trouve qu’une musique en ligne droite perd toute son énergie, son énergie psychologique je veux dire. J’utilise un logiciel qui génère des variations dans les sonorités, masque certaines fréquences, différentes à chaque fois. C’est une vieille tradition, ça ressemble au travail de gens comme Brian Eno.
Et toi qu’as-tu à faire au juste ?
J’écris la trame originale, et puis je place les paramètres de ces variations dans l’ordinateur. Si tu veux, la musique garde la même couleur, mais cette couleur change de température (tiens ça rappelle les animations de wsound, ndr). C’est un système plus souple de production. Je n’ai aucune envie de retourner aux séquences rigides maintenant. Mon équipement est assez spécial.
Je reviens à cette pochette. Où se trouve cet endroit ?
C’est à côté de deux lacs sulfuriques, dans une plaine au nord du Chili. Il n’y a plus de routes pour arriver là bas. C’est un endroit prisé des Indiens, pour qui il est le reste d’une légende. Ils l’appellent les yeux du Volcan. Et l’espace qui s’ouvre devant toi là haut est phénoménal. En même temps, c’est un paysage désolé, où l’homme n’a plus rien à faire, et c’est comme la nature te le faisait sentir. Tu sais ça te fait te sentir con.
Tu voyages avec ton sampler ?
Non ! J’ai quand même autre chose à foutre là bas ! Et puis ce sont les djs transe qui jouent dans ce genre d’endroit, ils ne respectent rien. De temps en temps je prends mon minidisc, dans les villes, pour enregistrer.
Où en êtes vous avec Jamie Lidell ? Vos deux albums sortent en même temps ?
Les deux étaient prêts depuis quelques mois, et je ne sais pas s’il y a eu concertation ou quoi, mais c’est comme ça que ça s’est passé. On a fait trois nouvelles chansons, qu’on expérimente en live.
Vous l’avez bien rodé ce live ?
Pas tant que ça. Les promoteurs ne payent pas beaucoup, alors qu’on se trimballe avec des machines, notre enthousiasme. Le dee jaying ça paye mieux. Si je ne devais compter que sur les ventes d’album, j’irai pas loin. Heureusement qu’on me propose de mixer. Même si parfois je m’en tape ! J’ai bien compris que je ne serai pas millionnaire. Musicien est un sale job.
As tu au moins essayé de t’enrichir avec la musique ?
Mais bien sur j’ai essayé. Pour moi « Head On » (l’album du duo Super_Collider, ndr) est un pur disque pop ! Il plaît à ma mère.
Que fais tu de ton temps libre ?
Je n’ai presque pas de temps libre. Je fais de la recherche musicale en permanence.
Gregory Papin
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