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A la base nourriture pour djs avec la série des Jazz Brakes, le concept DJ Food s'est transformé au fil du temps. Leurs objectifs se trouvent à nouveau redéfinis sur "Kaleidoscope", disque où l'influence du deejaying se fait de plus en plus discrète au profit du travail du son. Après que Coldcut eut quitté le bateau, Patrick Carpenter alias PC a développé le projet, passé de matière première brute à des instrumentaux de plus en plus aboutis. Raison de plus pour faire le point avec ces deux énergumènes, dont les interviews ont longtemps été rares. Avec une technicité semblable ˆ leur agilité derrière les platines, ils répondent chacun leur tour dans un anglais compréhensible. Pour information, Kevin est également le graphiste attitré de l'écurie Ninja, et vous pourrez apprécier ses plus récents travaux sur le site internet djfood.com, mis en ligne au début du mois de mars.
L'un de vos plus flamboyants faits d'armes fut le cultissime mix "Blech" que vous avez réalisé pour WARP. La rumeur dit qu'un troisième volet, après la cassette et le CD, est prévu. Qu'en est-il ?
SK - Nous n'avons pas eu le temps de nous y atteler l'année dernière, mais c'est vrai qu'on adorerait le faire. La mixtape était un set "spaced out", pas ambient mais dans lequel on laissait les morceaux se dérouler, rien de complexe comme le CD. Pour nous c'est naturel de mixer les morceaux de WARP, on faisait ça depuis toujours avec Coldcut sur leur show radio Solid Steel, et avec beaucoup d'autres styles que l'electronica. Le dernier projet serait un vinyl de "battle". Ca consisterai à sélectionner, toujours dans le catalogue de WARP, des beats, des sons à scratcher et des spoken words pour que les djs puissent s'éclater. Un peu comme un retour aux sources pour nous. Il faut qu'on les relance !
Personne ne comprend rien à l'histoire de DJ Food. Vous vous expliquez à ce sujet dans le livret du disque, mais racontez plus précisément de quelle manière le projet a évolué.
PC - Au départ, le concept était simple : donner aux djs de la matière pour construire et pimenter leurs sets. On amenait notre pierre à l'édifice du hip hop, ça revenait aux djs de terminer les morceaux. On ne connaissait rien au studio. Ensuite, on a fait des instrumentaux plus aboutis toujours dans la même veine, à partir de la même collection de disques. C'était l'époque de "Recipe For Disaster". On s'en est détaché. Et aujourd'hui nous sommes là.
On sent cependant beaucoup moins à présent l'influence du deejaying. Un effet de vieillissement ?
SK - (rigole) C'est un peu ça. On étend notre répertoire. On met énormément de temps à produire un morceau, alors je peux te dire qu'on progresse à chaque fois. On apprend toujours une astuce de programmation, peut être parce qu'on les cherche tout le temps.
PC - Le changement le plus manifeste est que notre musique ne tourne plus autour des platines. Elle doit plus à l'ordinateur : pour redécouper les rythmiques dans le séquenceur ou traiter le son avec des effets.
SK - Kid Koala a tout fait grâce à ses Technics. S'il veut changer un son, il doit utiliser sa main ou le fader. Ce qu'il arrive à faire est formidable, mais c'est franchement très contraignant.
PC - On sépare complètement le deejaying de notre travail de musicien. Nos sets ne ressemblent en rien à nos albums.
Vous serez en tournée en France le mois prochain aux cotés de Kid Koala, peut être pouvez-vous nous donner un avant goût de cet évènement qui promet d'être spectaculaire ?
SK - Nous avons trois moyens de nous produire sur scène. D'abord ensemble à quatre platines, où le gros du travail est de balancer des disques d'effets, des a capella, des bruitages, et de caler des breakbeats pour construire un morceau à partir de petits bouts sur quatre disques. C'est un peu l'ancienne formule. Ensuite Patrick tout seul, qui fonctionne beaucoup à l'instinct et laisse les disques tourner sur les MK 2. Enfin, votre serviteur en solo (Kevin, ndr), pour un set que je prépare déjà, sur trois platines. Ce sera très rapide, trés structuré, sur une heure et demie. On mélange des trucs dancefloor et des trucs à écouter.
Je trouve que "Kaleidoscope" ressemble un peu à une bande originale de film de blaxploitation, mais en plus psychédélique (voire même complètement en descente sur certains morceaux, ndr). Vous partagez ce sentiment ?
PC - Je ne sais pas trop.
SK - Quelqu'un m'a dit hier que l'album lui faisait penser à de la musique indienne.
PC - Peut être sur un morceau comme "Break".
Je pensais plutôt à "Nocturne" ...
SK - Les gens voient des trucs différents. Personnellement, en écoutant le dernier morceau, "Reprise" qui est très long, je m'imaginai sur la plage, avec le sable, les vagues, les palmiers.
C'est la fin du film ?
SK - Ouais, le soleil qui se couche juste avant le générique. Ca se tient.
Qui fait quoi au sein de DJ Food ?
PC - On peut travailler ensemble ou séparément, ou avec d'autres personnes, on signe DJ Food. Certains tracks sont co-écrits, d'autres par l'un de nous deux seulement, mais on ne dit pas lesquels et c'est assez difficile de trouver, ce dont on se félicite. Bundy K Brown, ex Tortoise, a prêté main forte à Kevin sur "Full Bleed". Et Ken Nordine, un autre personnage délirant de Chicago, dit un texte sur "The Ageing Young Rebel".
SK - Patrick a aussi fait un morceau avec Jason Swincoe de Cinematic Orchestra.
PC - Il se pourrait que ça sorte, parce qu'on a commencé environ six morceaux, mais pas avant l'année prochaine.
Fut un temps, DJ Food enchaînait les remixes, et pas les moins institutionnels, Elvis Costello ou David Byrne en sont de bons exemples. Vous avez laissé tomber cette activité ?
SK - Pas vraiment, mais on manque de temps.
PC - Et de propositions !
SK - Le problème du remix, c'est la deadline. On ne supporte pas ce mot, on a beaucoup de mal avec ça.
Vous n'avez donc aucun projet à annoncer ?
SK - Si, on participe comme tous les artistes de Ninja à la prochaine compilation Ninjacuts, prévue en automne à l'occasion de nos dix ans d'existence (eux aussi s'y mettent, ndr). Il y aura un CD rempli d'inédits. Nous allons remixer "The Ageing Young Rebel" tiré de l'album, et l'autre CD sera une sorte de all star mix, où chacun s'occupera d'une petite section du set. Il y aura certainement un EP avec d'autres morceaux de Food, mais pas dans l'immédiat.
Votre démarche artistique peut se rapprocher de celle de Cinematic Orchestra, ou plus près de nous Joakim Lone Octet, qui en retravaillant des parties jouées par des musiciens parvient à faire sortir des sons impossibles ou des mouvements irréels de leurs instruments. Vous partagez son goût pour le surréalisme musical ?
SK - Oui, c'est à peu près ça. Ce que j'aime, c'est essayer d'imiter disons un jeu de batterie réaliste sur deux mesures, et puis d'un seul coup faire quelque chose d'impossible avec la rythmique (et il reste beaucoup à faire, ndr). C'est frais, c'est nouveau, et ça montre qu'on est présent.
Gregory Papin
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