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Dès ses premiers singles sur Inertia, petit label londonien un peu hors de tout, Hefner a titillé les oreilles curieuses avec son sens des mélodies aussi attachantes que limpides et ses enchevêtrements rythmiques élégants, sans couture apparente. Et puis, ça compte pour certains, Hefner et sa soul blanche décomplexée, joliment chanté par Josée Hurlock, est entré dans le top 40 anglais. Une belle réussite pour un album équilibré, « Residue », dont l’univers intimiste et l’imagerie enfantine, disons dispersée, contraste sérieusement avec la complexité de sa programmation. Moins populaire mais plus classieux que Air, presque aussi qualifié et optimiste qu’IG Culture, et enfin beaucoup moins frappé que Kirk de Georgio, Lee Norris n’est surtout qu’un débutant, exceptionnellement modeste et assez peu auto complaisant, mais qui réserve à notre avis encore de belles cartouches pour la suite. Nous l’avons rencontré mi octobre en fin de journée promo à Paris. Et selon ses propres termes, il s’agissait de la meilleure interview. On allait pas manquer de vous le répéter.
Peux tu décrire ta musique à quelqu’un qui ne la connaît pas ?
Je ne sais pas trop. De la musique à écouter. Ca a l’air évident. Un genre de soundtrack peut être à une façon de vivre. Je ne veux pas parler de musique de film, même si j’ai pu aussi être inspiré par le cinéma, plus les situations cinématographiques que tu retrouves dans la vie, qui amplifient l’existence. C’est un peu ce que je ressens.
Ta musique n’est pourtant pas très grandiloquente.
Oui, et c’est l’idée principale. Pas faire de la musique énorme, mais qui véhicule et impose une humeur à l’auditeur, qui s’insinue. Quand la musique est trop tragique, trop extrême, elle est plus large que la vie, si tu vois ce que je veux dire.
Considérant que c’est la signature rythmique qui imprime l’appartenance à un style de musique, où te situerais-tu ?
C’est justement un truc qui m’ennuie. C’est impossible de faire un truc avec un beat house ou drum & bass parce que c’est arrêté, tu ne peux plus y changer grand chose. Et du coup on s’étonne que ce soit toujours la même chose. J’essaie d’utiliser un nouveau format sur chacun de mes morceaux.
Et puis l’accent est porté malgré tout plus sur la musicalité des morceaux que leurs rythmiques.
Non, pour moi, c’est 50 / 50. Mais je n’oublie pas la musique, l’intérêt des arrangements, des progressions d’accords, bien que je ne sois pas un musicien de formation comme on dit.
Je trouvais qu’il y a quand même un côté slow jungle dans tes rythmiques.
J’aime beaucoup certaines productions drum & bass, surtout ceux qui ne mettent pas un snare à tous les temps, ça joue avec ce que les gens attendent, j’adore ça. J’ai essayé en fait de programmer de la drum & bass, mais j’ai du tout ralentir pour incorporer tout ce que je voulais sur le plan musical.
Un grand producteur parisien nous révélait récemment qu’inviter une chanteuse était le fantasme numéro un des producteurs de home studio. C’est ton cas ?
Un fantasme ? Au début, c’était plutôt un cauchemar. Avant de travailler avec Josée, j’étais la seule personne responsable, tout était sous contrôle, chaque petit détail, et je suis très pointilleux. Et puis d’un coup tu te rends compte que la chanteuse n’est pas sous contrôle MIDI. Après cette phase, tout s’est bien déroulé. Elle a écrit les paroles, et l’enregistrement était cool. Même si c’est toujours étrange pour moi d’écouter ses chansons, j’ai tendance à ne plus écouter qu’elle, tu vois ? Je n’arrive plus à me concentrer sur autre chose, parce que c’est la seule part de l’album non maîtrisée.
Je me souviens de l’excellent remix que tu as fait de Fink sur Ninja il y a quelques mois. Et je voulais te poser la question : es tu un grand collectionneur de disques ?
Pas tant que ça. Je ne sample pas à tout va, comme Fink est capable de le faire. D’ailleurs la voix samplée sur ce morceau est incroyable. Il va à son tour me remixer pour mon prochain single, « Everyday ».
Tu as dit que tu étais très pointilleux. Expliques-toi.
Et bien j’essaie de faire durer ma musique, et je pense que c’est le meilleur moyen, de mettre du détail dans la production. A chaque écoute, tu entends quelques bouts que tu n’avais pas remarqué précédemment, comme un remix perpétuel. D’un autre côté, maintenant que l’album est sorti, je trouve a posteriori que j’ai trop essayé de frimer, que j’en ai trop fait, et que dans les choses simples, tu aboutis plus vite à l’idée principale. Mais c’est difficile. Ce serait bien que ça puisse fonctionner ensemble. Mais j’ai des doutes.
Ta musique est assez confortable, tu es d’accord ?
Oui, bien sur. Je n’aime pas les sons qui te font souffrir ! Je préfère les sonorités agréables, et partiellement pour la raison suivante : je fais ma musique chez moi, et je ne peux pas mettre les enceintes très fort, parce que je travaille de nuit.
Quels sont tes projets à l’heure actuelle ?
J’ai commencé à produire une chanteuse, Rachel, pour Junior Boys Own. Le projet s’appelle Abraham, et on a co écrit la musique. C’est un bon truc à avoir à côté, parce que je suis moins impliqué. Il s’agit plus de l’aider à sortir le meilleur d’elle-même. Et puis on s’amuse beaucoup.
Ca te branche de produire d’autres artistes, de les accompagner ?
Oui, je dois admettre que ça me plaît pas mal. C’est arrivé un peu par hasard, et j’y prends goût.
Tu vas m’aider pour ta biographie. Tu as commencé à produire quand ?
A 19, 20 ans, à l’université. J’en ai 27 aujourd’hui. J’ai toujours essayé de jouer dans des groupes, et c’est le classique sauvetage par la technologie. Elle te permet d’être un mauvais instrumentiste ! Les machines sont des jouets fantastiques. Mais j’écris mes chansons à la guitare ou au piano. Ensuite je cherche les samples qui s’insèrent dedans.
Et puis il me semble que tu vas revenir en concert (en France en janvier, ndr) ?
Oui, c’est très excitant. En plus, Josée sera front man, enfin front girl, ce qui m’enlève beaucoup de pression, c’est encore mieux. On va venir en France, Allemagne, Italie, Scandinavie.
La vie en bus : quel bonheur !
The real thing ! J’en ai toujours rêvé.
Gregory Papin
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