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Chronique de "In The Mode"

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"Je fais de la musique pour apprendre de ces expériences. Je sais où je veux aller, et je sais comment y aller. Je n’apprends rien en me répétant."
   

Trois ans après le succès inattendu de leur premier album « New Forms », 600 000 exemplaires écoulés – record mondial dans le secteur -, Roni Size semble plus détendu en interview qu’autrefois, et pourtant son nouvel album « In the Mode » est nettement plus physique, voire même agressif que son prédécesseur. Autant « New Forms » était organique et sophistiqué, pourvoyeur d’ambiances cuivrées avec contrebasse et jazz drums, autant ce second opus est rentre dedans : le beat est constamment effréné et les fréquences basses surdimensionnées. Tout n’est pas mauvais dans ce disque, bien sur, mais avec un background aussi sérieux, le résultat parait assez morose. Roni Size et son crew de Full Cycle (Krust, Die, Suv, tous présents derrière les consoles en live et en studio, partie intégrante de la formation) sont apparus au tout début de l’histoire junglistique. Samplant Herbie Hancock et Lonnie Lyston Smith sur leurs premiers disques en 94, qui avaient souvent le terme jazz dans leurs titres (« It’s A Jazz Thing » de Roni Size ou « Jazz Note » de Krust), ils ont vite pris une place prépondérante dans l’underground avec un son rafraîchissant. Capables aussi bien de perpétrer l’esprit du hardstepper (sur V records ou Dope Dragon essentiellement) que de faire dans la finesse minimaliste (la magnifique compilation « Music Box »). Mais ce chapitre est dorénavant clos, en tout cas provisoirement. Fin tacticien, Roni suit maintenant une ambitieuse direction vocale et s’arroge des featurings de choix, pêchés aux Etats Unis (Method Man, Rahzel, Zach de la Rocha, d’ailleurs éclipsés par le Bristolien MC Dynamite), qui s’ajoutent à la présence de Onallee, chanteuse soul énergisante. La musique est parfois juste une question de cibles. Nous avons rencontré Roni Size, prêt à en découdre de façon fort civilisée, dans cet entretien justificatif.
 
Tu es venu tout seul pour faire la promo ?
Ouais, c’est un peu dur. Les autres sont en vacances avant la tournée, Krust et Die s’éclatent à Puerto Rico, ça me tue. Et je prends un peu sur ce qu’il me restait comme temps libre. Mais quelqu’un doit le faire, et je ne le fais pas à contre coeur.

Le premier album a beaucoup vendu. Aviez vous de la pression en enregistrant celui ci ?
Sincèrement, pas la moindre. Pendant ces trois dernières années, on s’est concentré sur le Reprazent. On a acheté l’équipement qui manquait. On a fait un catalogue de morceaux. On en a fait trop donc on pourra s’en servir ailleurs. Le tracklisting a changé jusqu’à la dernière minute. « In & Out » a été rajouté deux jours avant de partir en fabrication !

Il y a eu du test en dubplates.
Personnellement, je joue moins en dj qu’auparavant. On a testé, mais pas tout. Et ça marche.

La grande révélation de l’album est MC Dynamite, qui se lâche plus que sur « New Forms ».
Je suis content que les gens disent ça. Il a toujours été avec nous, pour s’assurer que les gens comprenaient le truc. C’est le rôle du MC dans la jungle. La première fois, il était un peu en retrait par rapport à Onallee, mais il était temps qu’il se pose plus sur disque. Ce qui est frappant, c’est qu’Onallee lui prend beaucoup. Elle a énormément progressé en MCing à ses côtés, sur scène.

Il est même plus adroit que certains de vos invités…
Ce sont deux registres différents et il n’y a pas lieu à comparer. Les rapeurs adorent le challenge, ils ont trouvé le groove, il y a eu un vrai échange, et je pense que ça s’entend. Sur ce disque, il y a quatre types de flow, et c’est vrai que chacun a son préféré. Le feedback est varié sur l’album.

Parlons-en. Ceux qui aimaient votre côté jazzy peuvent légitimement être déçus.
On me demande ça beaucoup : où est passé le jazz ? Notre vibe a évolué de « New Forms » à « In the Mode ». Le jazz est toujours présent, même s’il y a moins de contrebasse ! Et je me sens autorisé de faire du mieux que je peux, quelquesoit la route que j’ai choisi de suivre. J’ai plus à exprimer que ce qui est contenu dans « New Forms ». On aurait pu refaire dix « Brown Paper Bag » (l’un des moments forts de leur premier opus, ndr). On a fait des choix délibérés. Les beats sont plus durs, et ce n’est pas un hasard.

Justement. Pourquoi ne plus utiliser de breaks pour construire vos rythmiques ?
On crée nos propres sons de rythmiques, notre propre mur de son. On a plus de contrôle dessus qu’avec des samples de batterie. C’est ce que j’ai appris avec le premier album. Je fais de la musique pour apprendre de ces expériences. Je sais où je veux aller, et je sais comment y aller. Je n’apprends rien en me répétant.

Mais les tricks que vous utilisiez avec les breaks comme les switching drumz, ont disparu. C’est un pan entier de la production junglistique !
C’est pour tout le monde pareil. Je vais te dire : les breaks datent la musique. Un track jungle avec des breaks aujourd’hui, c’est pour raviver le côté old school, comme un signal. On les a tellement utilisé qu’on a fini de les essorer. On est passé à autre chose. Les vieilles techniques ont été remplacées.

Certains morceaux sont rescapés de cette période, comme l’énorme « System Check ». Pourquoi avoir choisi de sortir une version actualisée de ce titre ?
On ne pouvait décemment pas laissé ce titre sur une étagère. On la refait, mais en capturant la même vibe. Comme ça les gens ont quelque chose de neuf (d’une voix insistante, ndr).

En fait les morceaux de « In the Mode » ont été produits en pensant à la scène, non ?
Je ne peux pas te dire le contraire. Le feedback sur scène est vingt fois supérieur à ce que tu peux connaître en djing. Notre set up est un peu différent cette fois ci. Et on se connaît vraiment bien avec les musiciens suite à la tournée.

Qu’est ce qui a changé ?
On fait un rewind live maintenant. Entre autres choses. Mais il faut laisser la surprise.

Comment s’est passé la collaboration avec les Américains ?
J’avais fait un remix de Method Man en deux jours, il y a deux ans. Ca lui a plu, et quand on a voulu le contacter, c’était comme s’il nous attendait. On s’est vu à Seattle, on s’est namechecké et on a fait notre truc. Zach a aussi vachement accroché sur le track. Il était à Londres il y a deux semaines, et il est venu à une soirée où on jouait, a pris le micro, et a fait le morceau en live. Les kids n’y croyaient pas.

Et la vidéo avec Hype Williams (la référence en metière de mise en scène de bitches à l’heure actuelle, ndr) ?
On a branché Hype Williams parce qu’on lui amenait une musique différente. Il fallait qu’on capte l’attention dès les première secondes, et je trouves cette vidéo assez intense. Tu sais, la partie que je préfère dans un film, c’est toujours la bande annonce. A la limite, les dix premières minutes, je regarde, après, je m’endors au cinéma.

Est ce que tous les membres du crew préparent un album ?
Chacun a son propre projet dans le pipeline. Certains sont assez avancés. Krust travaille déjà sur son deuxième album. Suv veut bosser avec des rapeurs français.

Que sais-tu de la scène drum & bass française ?
Peu de choses. Je connais quelques djs. Je crois que si des gens n’ont pas catché la vibe la première fois, il faut que la scène s’installe une nouvelle fois. Sachant que vous avez une scène hip hop importante, ça devrait prendre. Il y a tellement à faire.

Qu’en est-il de votre structure Full Cycle ?
On a sorti une compilation au début de l’année. Et on a un peu changé notre image, l’artwork, à l’instar de notre son. Pour le moment, c’est en stand by, mais on va encore sortir plein de trucs.

Allez vous faire des tracks pour V records, le label qui vous a lancé ?
Pareil que pour Full Cycle, on laisse un peu V au frais en ce moment. On leur a beaucoup donné.

On a l’impression que tu es heureux de l’agitation qui t’entoure.
Comment pourrait-il en être autrement ? Pour quelqu’un qui, comme moi, est sorti de l’école sans le moindre diplôme, sans le moindre avenir, recevoir le Mercury Prize (Roni fut lauréat de ce prix en 97, ndr) est une revanche. Comme l’intérêt que me porte notre maison de disques, Mercury. Ce n’était pas le cas sur le premier album. Par exemple, ils étaient huit à dîner avec moi hier soir, à s’intéresser à notre projet, chose complètement impensable avant.

Gregory Papin


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