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Avec un nom pareil, il est finalement normal qu’Etienne de Crecy se soit fait passer pour l’amuseur numéro un de la French Touch. Versailles étant plus réputé pour son contingent de clubs de bridge que de clubs house, notre gaillard devait montrer patte blanche. Mais de là à le confiner à ce seul et unique rôle de ‘clown’, ce ne serait pas juste. N’oublions pas qu’il fut co auteur avec Zdar du missile Motorbass, qui fit énormément pour la vague d’exportations d’electro à la française, et initiateur du projet Superdiscount, ou une autre conception du marketing musical. Changement radical de décor sur son nouvel album, « Tempovision », hybride house breakbeat à la production ultraléchée. Etienne de Crecy aurait-il délaissé la modestie de l’artisan pour le snobisme du nouveau riche ? L’image de la musique française résistera-t-elle à ce revirement ? Rencontre dans l’atelier de son label Solid, ou plus exactement attablé dans la cour, en plein Xème arrondissement. Et, scoop, Etienne roule en Vespa, et non plus en mobylette. Mon petit doigt me l’avait dit.
Par rapport au ton très humoristique de Superdiscount, la direction de Tempovision est assez éloignée. Pourquoi ?
Disons que j’avais envie de faire un disque un peu moins potache que Superdiscount, un peu moins fétard aussi. Ca commençait à être énervant qu’une pochette marrante soit attendue à chaque fois qu’on sortait un disque ! La première vanne marche, alors t’es obligé d’enchaîner. Fallait casser ce truc. On a un peu changé de méthode et même au niveau du son, j’ai cherché un truc particulier, un côté Hi Fi. Tu sais sur les CDs autrefois il y avait un code qui désignait la qualité du son : AAD c’était pour enregistrement analogique passé en digital. Là je voulais du DDD. Des morceaux chauds mais un son clinique. Superdicount, à côté, c’était de la maquette à l’état pur.
C’est plus la direction de Motorbass que de Superdiscount en fait.
Oui. Superdicount était vraiment mon projet, j’avais fini tous les morceaux et composé la quasi totalité, alors que Motorbass est une collaboration active avec Philippe Zdar. Zdar est vraiment le moteur du projet, pour l’artistique et le son. C’est une brute au niveau du son.
Tu as fait appel à une chanteuse. La musique électronique t’ennuie si elle est toute seule ?
En fait, j’avais quelques instrus que je n’arrivais pas à terminer. Il leur manquait des voix. Alors par l’intermédiaire de Clip Payne de Fun kadelic qui avait collaboré avec Alex Gopher, on a rencontré Beilita Woods, une ancienne chorus du groupe qui a aussi connu son heure de gloire pendant la disco. Mettre des chanteuses dans leurs morceaux, c’est le fantasme secret de tous les producteurs de home studio. Cassius va le faire avec Jocelyn Brown.
Tu as pas mal travaillé en tant qu’ingénieur du son auparavant.
Pas tant que ça. J’ai réalisé l’album de Teri Moise, et sinon j’étais assistant au studio Plus 30, où venaient enregistrer la crème de la variété française. Mais je ne faisais que porter les cafés. J’étais une petite souris, mais je n’ai pas appris tant que ça sur le son. Ca m’a appris surtout des choses sur le show business, comment vivent les gens célèbres. D’où peut être le côté un peu rentre dedans des premiers Solid.
Sans te saouler avec ça, vous avez quand même monté un plan marketing drôle et impeccable. Pourquoi s’arrêter sur une si bonne lancée ?
Comme je te l’ai dit avant, il y a un moment où la position du clown n’est plus tenable. Ca ne veut pas dire que plus tard on ne refera plus de blagues, si tu veux être rassuré.
Alors il y a quand même un truc qui nous a fait rire sur ton album, c’est le titre « Am I Wrong ? ».
(interloqué) Pourquoi ça ?
C’est le morceau le plus commercial, et ce titre sonne comme un aveu.
L’histoire de ce titre est assez drôle. C’est un vrai problème pour moi : je ne comprends pas toujours ce que je sample. Cette phrase, je l’avais traduite par : est-ce que j’ai tort de m’énerver ? (alors que la traduction littérale est : est ce que j’ai tort d’avoir faim ?, ndr). Ce n’était donc pas prédestiné, et il n’y a pas de mal à en vouloir.
On a l’impression que sur ton label Solid il n’y a que des artistes versaillais. Pourquoi ?
Non, c’est pas vrai. La majorité des artistes sont de vieux potes, comme Alex Gopher ou Air, mais nos signatures les plus récentes n’ont rien à voir. Cosmo Vitelli m’a envoyé une cassette et je l’ai signé. Et Thierry Stremler est un copain du frère de ma femme, mais il n’est pas versaillais. Il a envoyé ses maquettes à toutes les grandes maisons de disques, qui ne lui ont même pas répondu. Depuis qu’il est chez nous, ça intéresse plein de monde !
L’un des titres de l’album s’appelle « Three Day Weekend ». Tu serais pas du genre paresseux ?
Ce titre est pour moi comme un acte politique, dans l’air du temps. Il parle des trente cinq heures.
Vous êtes présents sur internet, qui semble être le dernier refuge pour les humoristes chez Solid.
On va bientît refaire le site. C’est Mr Learn qui a voulu faire cette parodie de yahoo. Internet est pour moi un tel milieu de margoulins, toutes les propositions que l’on a eu ne tenaient pas debout. J’ai aussi un site pour le lancement de l’album.
Bon, on y revient encore, mais Superdiscount 2 c’est prévu pour : 1) très bientôt, 2) quand le temps sera venu, 3 ) jamais ?
Je crois réponse deux. On a pas abandonné l’idée, mais rien ne nous pousse à la faire tout de suite. Tant qu’on n’a pas décidé quelle couleur sera choisie pour le fond de la pochette, on attendra.
Gregory Papin
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