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Les pérégrinations musicales de Gilbert Cohen et Nicolas Chaix, alias Château Flight, intriguent. On connaît ces deux musiciens pour leurs diverses activités : le premier, Gilb R, dj éclectique / animateur (sur Nova, depuis les heures de gloire du Novamix) / producteur (quelques maxis épars, de U Star à Versatile), le second, I Cube, ambianceur (deux albums : « Picnic Attack », et « Adore »). Leur maison de production Versatile distille des grooves rares et modernes depuis un peu plus de trois ans, mais là ils livrent un album assez inattendu, « Puzzle ». Un disque inspiré, trépidant et attachant, légèrement anachronique. Sophistiqué et hétéroclite, le son de Château Flight va étonner. Inutile de survoler le sujet plus longtemps, surtout qu’on a interrompu Gilbert et Nicolas en pleine session d’écoute de covers électro funk de Marvin Gaye, dans leur studio de la rue de la Folie Régnault. Rumble in the castle.
PS : pour savourer le mix de Gilb R clique here.
Vous avez concocté votre album en catimini. Quels sont les secrets de fabrication ?
Gilb R - L’idée était de faire un truc personnel, de ne pas coller à un format. Un morceau comme « Bizarre » peut paraître atypique sur un album électro, mais on avait fait un choix déterminé de faire ce que l'on voulait. Certains penseront qu’il n’y a pas assez de house, mais on voulait surtout nous assumer. Quand tu écoutes encore un vieux disque des années après, c’est qu’il est suffisamment chargé en affect pour rester. Tu sens l’implication du gars. On voulait sortir du côté kleenex, ‘flavour of the month’.
Nicolas – On a aussi fait appel à des musiciens, batteur, chanteuse, bassiste, percussioniste, et pas pour faire des solos de trois minutes. Par exemple le bassiste a fait office de sample humain, en rejouant une boucle du mieux possible, au point que l’on ne sait plus trop ce qui est samplé, ce qui est joué. La seule constante, c’était le bricolage.
Il y a un côté terroir omniprésent sur le disque, c’est curieux.
Gilb R – On a enregistré en partie à la campagne. Et les vibes ne sont pas les mêmes. Au début, on voulait s’isoler alors dans un coin assez perdu, pour s’immerger dans un environnement aussi. Et là on a bossé à la ruff. C’était plutôt rustique : pas de douche, feu de bois. Résultat : certains morceaux ont été enregistré sur place et même pas retouchés. On a fait tout le disque en un an, mais de manière sporadique. On essayait de faire un morceau dans la foulée.
Pour de la musique somme toute expérimentale, on sent une volonté de dédramatiser le sujet.
Gilb R – La musique est très sérieuse, mais on a pas besoin de se prendre au sérieux. On s’est vraiment pris la tête pour avoir le résultat recherché, c’était un gros travail, mais dans la vie on rigole sans arrêt. Alors il y a un petit décalage. D’ailleurs on va aller beaucoup plus loin dans l’humour. Ca peut devenir tangeant pour certaines personnes. On a réalisé quelques sketches musicaux, et on a joué une démo à des gens extérieurs au monde de la musique qui ont vraiment apprécié. Peut être qu’on fera une série de quarante cinq tours. L’humour peut faire pas mal de choses. J’aime bien un mec comme Dieudonné, parce qu’il y a une double lecture.
Quelles références aviez vous en tête au moment de l'enregistrement ?
Nicolas – Pour « Auto Power », c’était clairement Unity, un truc jazz funk des années 70.
Gilb R – Ou d’autres trucs des années 70, jusqu’au rock progressif de Soft Machine. Ils avaient cette dimension humoristique justement. Et un label de jazz de Detroit, Black Jazz records. Il y avait un esprit incroyable dessus.
C’est vrai que « Puzzle » est plus jazz que jazzstep.
Gilb R – Oui, c’est sur, mais il y a une influence sur la programmation rythmique de « Frontal Funk » par exemple. Je vais peut être faire un maxi jungle pour Reinforced.
Vous avez un penchant pour la métaphysique, des titres à la pochette qui est éloquente. On aimerait bien en savoir plus.
Gilb R - C’est un cube à peine dessiné au dessus de la campagne. On dirait une vision, une énigme. A l’intérieur du livret, on a mis une planche contact qui raconte un peu l’histoire. Ce sont des photos anodines de la vie quotidienne, et après trois apparitions du cube, rien n’est plus pareil, même si on dirait que rien n’a changé. C’est rigolo. Le peintre Numéro Six a d’ailleurs réalisé un clip vidéo, un mini film en DV qui est une sorte d’extrapolation de ce thème.
De la science fiction, à la « Sixième Sens » ?
Gilb R – Ouais, plutôt à la « Quatrième Dimension ».
Vous préparez un live, ça donne quoi ?
Nicolas – La première monture ne nous a pas trop plu. On voulait une formule dj plus sampleur et effets. C’est en cours d’élaboration.
Gilb R - On aimerait jouer la carte du spectacle, amener un côté music hall, théâtral. Mais c’est beaucoup plus dur à monter. Autant ne pas être que deux mecs à tourner trois boutons.
Vous aimez bien la chanson française, peut être que ça vient de la ?
Gilb R – On a un spectre de goûts assez large. On aime bien des vieux trucs de Nougaro, Brigitte Fontaine, Léo Ferré. La voix est un truc qui touche tout de suite. C’est l’état d’esprit qui nous plaît, plus que les textes.
Oui, bon, c’est un peu la rengaine des vieux jours quand même. Qu’est ce qui ne va pas avec l’industrie du disque actuelle alors ?
Gilb R – Vaste question. Notre démarche artisanale, anachronique si tu veux, ça ne nous dérange pas. Disons que, toutes proportions gardées, on essaie de revenir à des trucs plus authentiques. Aujourd’hui, on veut tellement vendre de disques qu’on les calibre trop. Et on essaie de maintenir les gens dans des cases. Difficile de se forger un esprit critique quand on est conditionné.
Comment faut s’y prendre d’après vous pour remettre de l’authenticité dans le son ?
Gilb R – Notre musique peut toucher plus de gens. Après c’est sur le plan technique que ça se joue. Dans les maisons de disques, chacun risque sa place s’il n’a pas de résultat, et le plus vite possible. Marketing et vision artistique ne font pas bon ménage tout de suite, parce que les choses doivent se faire sur le long terme. Je crois qu’internet pourrait bouleverser les habitudes d’ici deux trois ans.
Vous avez un site. Mais il est petit.
Gilb R – Oui, mais on a des projets dans ce sens. On prend notre temps.
Gregory Papin
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