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Rupert Parkes aka Photek est un jeune homme fougueux, qui apprécie les jolies femmes et les voitures de sport. Musicien au potentiel immense, on serait un peu léger de le cantonner à un style, la drum & bass introspective, lunaire et inusable quoique parfois hermétique de son premier album, « Modus Operandi ». Car avant cela, alors que sa musique n’était pour beaucoup qu’une vague idée, il avait composé de la jungle ample, spacieuse et soulful (sous le nom de Sentinel ou sur son propre label Photek records), et de la ‘deep atmospheric music’ ou quelque chose comme ça, notamment sous le qualificatif de Special Forces sur Mo Wax, ou sur le chef d’œuvre aquatique « T Raenon », paru en maxi sur le label de Kirk de Georgio, Op Art, en 96. Alors comment s’irriter d’un album qui propose de mettre en relief cette expérience accrue du dancefloor acquise dans presque toutes les raves du Hertsfordshire (banlieue neutre de Londres d’où il est originaire) circa 88 – 91, et des mystères de son home studio, qu’il n’a de cesse d’explorer depuis ? La fabrication de ses morceaux est conçue à partir de quelques sons seulement, comme l’infrabasse charnelle qui revient quatre fois dans l’album, tous styles confondus, et ne procure jamais la même chose à chaque apparition. « Solaris » contient de la house avec Robert Owens au micro, de la tek house nocturne, de la ‘pure’ drum & bass, de l’ambient vaporeuse, et aussi des tracks dont l’ingéniosité consiste à être constamment insaisissables, comme la course poursuite « Terminus », aux dangers multiples, et c’est un connaisseur qui cause. Rupert a simplement ouvert les volets de son studio, s’est invité dans un avion partant pour nulle part, survolé l’Atlantique pendant quelques heures, et plongé dans le lagon, l’eau à trente degrés, le soleil, élément omniprésent de « Solaris », glissant sous les paupières jusqu’au fond des yeux. Ou peut être pas, mais son disque le laisse si facilement croire. L’album ne sera disponible que début novembre, mais il nous livre déjà sa version, en avant première bien entendu.
Cet album en surprend plus d’un. C’est ce que tu recherchais ?
Je ne sais pas si ce disque est une surprise réelle. Ca dépend pour qui. Pour ceux qui ne connaissent que mon premier album, ça peut l’être, mais j’ai fait plein de morceaux auparavant auxquels je peux comparer « Solaris », le morceau de « Headz II » sur Mo Wax, le twelve pour Op Art, ou certains maxis de mon label. Sur « Fusion » par exemple, entre les rhodes et la voix, l’influence de la house se faisait déjà nettement sentir. J’ai fait l’album que j’avais envie d’écouter en ce moment.
Le paradoxe est que ces morceaux étaient sortis sur des labels indépendants, en petite quantité, et ton album sur Science, une division de Virgin.
Il faut que je te dise un truc. J’avais un « Modus Operandi » numéro deux de prêt, un album dans la même veine que le premier, que les gens de ma maison de disque étaient ravis de sortir, et je l’ai laissé sur l’étagère. Ca aurait été beaucoup plus facile pour moi de le sortir, mais je n’en aurais pas été satisfait. Je ne pouvais pas m’enfermer. J’avais plus à faire découvrir que ça ! Je ne vois pas pourquoi on me ferait un procès en accessibilité, étant donné qu’il n’y a rien de malhonnête dans ma démarche. C’est en faisant « Solaris » que j’ai pris le plus de risques.
Parlons de tes inspirations. Un titre s’intitule « Glamourama ». C’est un hommage à Brett Easton Ellis ?
Pas vraiment, mais c’est vrai qu’il y a un petit côté décadence eighties, présent sur tout l’album. Les personnages du roman écouteraient plutôt Huey Lewis & the News ou ce genre de conneries, et j’ai voulu adapter ce sentiment à l’époque en quelque sorte. C’est un travail d’imagination, un petit fantasme sur l’ ‘international party vibe’, la vie vraiment facile, que je n’ai pas connu, parce que j’étais trop jeune, et que je n’ai jamais été assez riche. Ma femme a réalisé un film sur le sujet. Ca a du jouer aussi.
Mais tu aimes les voitures de sport, non ?
Oui, mais ça n'est pas directement lié.
Tu es parti en vacances avant de composer cet album ?
(sourire) Ca ne s’est pas passé comme ça. Je suis parti de quelques photos prises aux Bahamas par une photographe de Miami, qui m’ont lancé, pour ainsi dire. Ca n’a pas de rapport direct avec quelque chose de vécu, en fait. Mais en regardant ces images, que l’on trouve en pochette et dans le livret de l’album, les palmiers, l’horizon, je me suis dit qu’il fallait faire un album là dessus. Je ne saurais pas plus l’expliquer. L’artwork est venu avant la musique.
Autant certains titres véhiculent une certaine aisance, autant d'autres, comme le premier, « Terminus », sont plutôt violents.
Oui, mais il a ce son de décollage d’avion intercalé dans la basse et les beats, qui ramène à l’idée de destination, de changer d’air, de regarder derrière soi aussi, d’une certaine manière. Et puis j’aime les contrastes. Les morceaux sont liés mais différents.
Justement. L’une de tes techniques spéciales est l’usage d’une même sonorité dans différents contextes. Explique un peu ce procédé.
Ca vient des premiers morceaux jungle, où les gens, peut être par manque de moyens, se reprenaient des sons en les améliorant, ou en essayant au moins. Ca a tourné à une sorte de inside joke pour tous les producteurs. Mais ce n’est pas un clin d’œil à cette époque là, il s’agit plus de livrer un ensemble compact. Les tracks sont comme différentes prises de vue de la même architecture.
Il y a un seul morceau drum & bass sur « Solaris », excellent d’ailleurs (« Infinity », ndr). Que penses-tu de l’état de la scène jungle, que tu connais bien de l’intérieur ?
Je n’en écoute plus beaucoup. Mis à part les morceaux de Marcus Intalex, le prochain J Majik, qui sont des trucs vocaux, la direction suivie par la majorité ne me plaît pas. J’ai quatre ou cinq morceaux de prêts à sortir sur ma structure Photek Productions, et des tracks de Peshay, ainsi qu’un titre sur la nouvelle compilation Metalheadz. Mais je ne trouve plus la drum & bass assez sensuelle. L’album est construit comme un voyage, avec des hauts et des bas. Le point culminant serait certainement « Infinity », le titre jungle. Ca ressemble à un set de dj de la vieille école.
Tu es un ‘producteur – dj’. Ton approche du dee jaying t’a t-elle influencé ?
Mon approche a surtout beaucoup évolué ces derniers temps. Au départ, je jouais ce que j’avais décidé sans trop me soucier des réactions du public. Et j’ai pris goût au dialogue avec lui, à chercher sa réponse, à faire en sorte que l’alchimie prenne. Mais ce sont plus mes souvenirs de raves et de clubs, vers 90 / 91, où je passais ma vie sur la piste à battre des records, qui m’a le plus influencé.
On en vient naturellement à parler de Robert Owens, présent sur deux titres. Comment avez vous travaillé ?
Je lui ai envoyé quelques boucles, et la photo de la front cover. On a pas mal parlé. Il m’a renvoyé ses vocaux. Ensuite, j’ai reconstruit les tracks à partir de ces éléments.
Il y a pourtant cette ligne dans les lyrics de « Mine To Give » : «If that don’t make you happy, well I dont know » (littéralement : « si ça ne te fait pas plaisir, je ne sais plus »). Tu ne la trouves pas amusante rétrospectivement ?
(sourire) En tout cas je peux assurer que je ne lui ai rien dicté. Ces paroles signifient avant tout quelque chose pour lui.
Sa présence t’a permis d’américaniser ta musique ?
« Mine To Give » a une reese bassline (de Kevin ‘Reese’ Saunderson, le producteur de Detroit, premier à avoir utilisé ce genre d’infrabasses, ndr). Je pensais effectivement à des classiques de Fingers Inc en le composant. Mais « Can’t Come Down » serait alors plus international. J’ai plein de mixes de ce dernier morceau, que l’on sortira peut être. J’aime beaucoup l’instrumental.
Pourquoi n’y a-t-il pas de hip hop sur l’album ?
J’écoute tout le temps du rap dans ma voiture. Mais quitte à faire un disque de hip hop, je crois qu’il n’y a pas d’autres solutions que de ne faire que ça pour le faire bien. Ca me tenterait.
On a l’impression que tu as du te retenir dans un secteur particulier cependant, c’est celui du découpage rythmique.
Oui et non. D’abord, certains morceaux utilisent des procédés similaires à ceux d’avant, comme « Terminus », « Junk », « Infinity » ou même « Can’t Come Down », avec des rythmiques organiques. Ensuite peut être que ça s’entend moins, mais il y a beaucoup de découpage d’éléments percussifs en arrière plan, pas que le kick et le snare. C’est plus discret.
Tu aurais pu faire du two step avec Robert Owens ?
Je ne déteste pas le two step, et je ne m’interdis pas d’en faire bientôt, mais à ma manière. Dans un an, je pense que ce sera encore plus excitant. Ca a peut être pris un essor trop rapide sur Londres, ce qui a empêché la plupart des producteurs d’arriver à maturité.
Ca ressemblerait à quoi, du two step à ta manière ?
Du two step solide, aucunement cheesy, et… international !
Quels sont tes projets ?
On va certainement refaire des trucs avec Robert Owens, et on part s’installer avec ma femme à Los Angeles l’année prochaine.
Elle veut faire des films à Hollywood ?
Non, elle ne veut pas faire de films hollywoodiens, elle veut juste un budget hollywoodien.
Et toi tu ferais la musique ?
No comment !
Gregory Papin
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