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Il y a mis tout son coeur. Croyez-le. Avec sa mine d'ancien combattant, le discret Ian Simmonds pourrait faire figure d'éternel soldat inconnu. Mais sa capacité de résistance aux sirènes des feux de la rampe tourne maintenant à son avantage. "The Hill", son meilleur voyage sonore disponible à ce jour, assemble des sonorités organiques sur des rythmiques sauvages avec une subtilité absorbante. On découvre dans cet entretien un artiste pluridisciplinaire loquasse et d'une grande humilité, aux motivations sincères et aux ressources cachées impressionnantes.
Tu as fait partie du groupe les Sandals qui incorporait des samples à ses chansons il y a une décennie. Tes morceaux ont toujours un caractère organique, tu es un musicien confirmé mais tu utilises l'électronique et l'informatique pour enregistrer. D'où vient ce choix ?
Avant de faire partie des Sandals, j'ai fait un apprentissage du travail du son au Ministère de la Défense. Je faisais des études sur les systèmes radar océanographiques dans la marine britannique. J'ai appris concrètement à fabriquer des radars pour dégommer des gens. L'aspect technique des choses est passionnant, mais j'avais envie de faire de la musique. Mon père était trompettiste de jazz et j'ai redécouvert sa musique à ce moment-là, sur le tard finalement. J'ai rencontré les gars des Sandals, mais nous avons commis l'erreur de se laisser signer par une major de l'industrie du disque, alors que clairement nous n'étions pas prêts à devenir un produit marketable pour séduire les adolescentes de treize ans. J'en ai souffert parce que ce fut une grande désillusion. J'ai alors eu besoin de progresser seul, il n'a jamais été question une seconde pour moi d'arrêter. Ne plus faire de concessions interminables.
Tu voulais tout faire tout seul ?
Lorsque je me produis en live, je fais monter un groupe sur scène pour interpréter mes morceaux. Ca me revient tellement cher, parce que je ne peux pas prendre des mauvais, que ça n'arrive pas souvent, mais c'est la seule façon de donner un concert cohérent. J'ai partagé mon studio avec Spacer pendant un temps (on peut entendre quelques bribes du résultat sur "The Hill", ndr), on s'était installé à la campagne en France d'ailleurs, et il y a quelques intervenants sur "The Hill", des gens que j'apprécie et à qui j'ai demandé de venir. Les décisions concernant ma musique me reviennent.
Tu utilises sur cet album comme sur tes précédents travaux des rythmiques autres que le 4/4 basiques, parfois irritantes pour qui n'est pas habitué. C'est dans l'intention de nuire aux oreilles des jeunes filles de treize ans ou par pure inspiration ?
Ta question est bizarrement tournée. Quand j'ai découvert qu'on pouvait faire d'autres structures rythmiques que le 4/4 sur l'ordinateur, ce fut comme une révélation. L'idée c'est de ne pas se faire envahir par la facilité que met la technologie à ta disposition. De dompter les machines, un peu. Il faut beaucoup d'attention et de patience pour faire des morceaux cohérents. Ces rythmiques me donnent une liberté de mouvement, d'une certaine manière, c'est un moyen pas un aboutissement. Pour certains titres, j'écris les harmonies et la rythmique en solfège, et ensuite je rentre les données dans le séquenceur. C'est devenu un truc naturel. Je joue mes morceaux à ma petite fille de six ans, elle arrive très bien à danser dessus. Rien ne pouvait me faire plus plaisir.
Tu as inséré des vocaux, soit de la poésie, soit le chant magnifique d'Allison Goldfrapp sur certains titres. Sans parler de l'aspect technique, qu'apportent les vocaux dans ton univers sonore ?
J'ai eu envie de mettre des vocaux parce que j'avais envie d'espace dans la musique. Roger Robinson est passé boire une tasse de thé et dire son texte sur "The Pilot", ça me fait penser qu'il ne doit pas etre au courant de la sortie du disque. Et Allison est impressionnante : elle a une façon de chanter juste à coté de la tonalité qui était parfaite pour "The Morning", "To Sleep" et "The Moot".
Tu enregistres aussi des disques sous ton vrai patronyme pour Studio ! K7. Chaque projet a une personnalité musicale si marquée et pourtant dissociable. Est-ce que tu décrirais les disques de Ian Simmonds comme plus "abstraits" ?
Il y a une différence, mais je vais te dire ou elle se situe. Je ne peux pas contractuellement faire des disques qui se ressemblent, mais les deux projets me ressemblent. Ils ont été lents à me répondre à Crammed quand je leur ai envoyé les bandes de "The Hill". Pendant deux mois, j'étais très nerveux en attendant leur réponse. Ca représente un an de travail pour moi. J'ai besoin de sortir plus de disques. J'ai un album de Ian Simmonds prévu pour cette année mais je réfléchis à monter mon propre label. Peut être vendre mes disques directement sur internet. L'idée me plait bien, et en plus ce serait plus rentable.
Tu vis de ta musique ?
Loin de là ! J'ai ma fille dont il faut s'occuper. Je suis charpentier le reste du temps, je pose aussi des tableaux dans les expositions et occasionnellement graphiste. Je fais aussi de la photo, et je viens de terminer un documentaire.
Sur quel sujet ?
C'est un reportage sur un groupe d'Anglais qui font ce que l'on appelle de l'"histoire vivante". Ils recréent dans les moindres détails des situations de la guerre du Vietnam. Leur obsession du détail, même les lacets sont authentiques, est fascinante. Ils vont six fois par an dans les forêts du Kent - l'un des derniers endroits ou il y a des arbres en Angleterre - et reconstituent des batailles qui ont vraiment eu lieu en 69 (par ailleurs année érotique, ndr). J'ai du me couper les cheveux pour jouer le rôle du reporter d'information. On a filmé en 16 mm, on va le montrer dans des festivals européens cette année. Ils regardaient toutes les horreurs de cette guerre à la télévision quand ils étaient enfants, puisqu'elle était retransmise quasiment sans censure. Ca m'a troublé. J'ai perdu mon grand-père à la bataille de la Somme (d'ou le titre sur l'album, ndr) et mon père a fait la deuxième guerre mondiale dans la RAF. Perdre sa vie pour une patrie est une chose à laquelle je n'arrive pas à me faire. Nous ne vivons rien de comparable.
Gregory Papin
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