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http://www.axisrecords.com
Le site officiel du label de Jeff Mills.
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La discographie de Jeff Mills, au milieu d'autres infos.
http://www.kompaktkiste.de/mills.htm
Encore une discographie de Jeff, avec les pochettes cette fois !
http://www.online-club.de/~Volkan/mills.htm
La discographie, une interview de Jeff Mills et des set de Jeff Mills en real audio.
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Un court article sur Jeff Mills.


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Sorry, your browser doesn't support Java.  Jeff Mills
 
"J’aime les tracks minimaux simplement parce que c’est la manière la plus efficace de passer d’un titre à l’autre. Et j’aime l’urgence, les passages de dernière minute."
   

Pour tout amateur de ‘techno’ au sens large, Jeff Mills est un mythe de chair et de sang. On racontera sans doute ses performances dans les cabines de dj du monde entier à nos petits enfants, tel un Jimi Hendrix électronique (la comparaison tient plus pour la virtuosité que le mode de vie cependant). Mais Jeff est également un compositeur expérimenté, tant pour ses productions incendaires de Purpose Maker, que la musique cérébrale paraissant sur son autre structure Axis. Le dernier en date de ces projets, probablement le plus ambitieux, vient de voir le jour – la première mondiale avait lieu hier jeudi 14 septembre à Beaubourg -. Il s’agit de l’écriture de la bande son et une sorte de remix, un edit comme on dit techniquement, du chef d’œuvre de science fiction muet de Fritz Lang, « Metropolis ». L’histoire de ce film de 1926 est celui d’une révolte de travailleurs opprimés contre les gouvernants qui se la kiffent en haut des gratte-ciels de la mégalopole, visuellement incroyablement restituée. L’action a lieu en l’an 2000, on y est, et Jeff Mills nous parle sobrement et avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence de ses relents gauchistes, de son rapport à une civilisation moderne et technologique, de sa vision de l’industrie du disque, et quand même un peu de ses techniques maintes fois reconnues de dj / showman en chef. C’était hier, c’est tout de suite dans Wsound.
 
Déjà, comment as tu procédé pour venir à bien de ce projet ?
J’ai commencé par demander l’autorisation à l’organisation gérant les droits du film si je pouvais en réaliser une autre version. Avec l’équipe de Pilot Pictures qui s’est chargée du montage, nous avons regardé le film un nombre incroyable de fois. Nous avons alors choisi de le découper en huit sections différentes, et j’ai composé la musique de ces huit séquences, en prenant bien soin de les relier. J’aurais pu choisir d’y mettre des effets, comme si quelqu’un déplace un objet, illustrer ce bruit, mais ça aurait été plus anecdotique, et peut être trop évident, alors je me suis seulement concentré sur le sens du film, et que les effets de la musique soient plus insidieux, qu’ils agissent sans que l’on en soit vraiment conscient. J’ai du trancher parce que j’avais quarante versions différentes de la musique.

Pourquoi ce film ? Le message t’a-t-il touché ?
C’est un truc très simple. L’action du film se passe autour de l’an 2000, et nous y sommes. Culturellement, c’est un film allemand très décrié par Hollywood à sa sortie, mais acclamé ailleurs. C’est un chef d’œuvre tant technique que poétique, de science fiction. L’histoire est émouvante, plus que jamais j’ai envie de dire. Ca se passe à Berlin où je suis maintenant installé. C’est la combinaison de toutes ces choses qui a fait que je l’ai choisi. Pour bien le comprendre, il faut replacer l’histoire dans son contexte. C’est après la Première Guerre Mondiale, les choses changeaient à grande vitesse, on sortait de deux révolutions industrielles qui avaient amené d’innombrables innovations techniques, dans tous les domaines. Des inventions accélérées par la guerre. Et je suis ébloui par l’imagination de Fritz Lang, le fait qu’il ne se soit pas trompé sur quelques éléments, comme une sorte de visiophone, ou ne serait ce que cette mégalopole impressionnante. Il a fait de brillants calculs. Ensuite, le message politique du film m’a sensibilisé. Le regard des ouvriers sur l’élite, et vice versa, c’est un thème universel. Et je pense que ça ne changera jamais malheureusement.

Pourquoi avoir réalisé un edit d’une heure du film, et pas la bande son de l’intégralité (deux heures et demi, ndr) ?
C’est une question plus pratique qu’artistique. J’ai pensé que ça passerait mieux comme ça, et de toute façon le film a été complètement retravaillé.

En montant ce projet, tu apportes une preuve concrète d’une autre fonctionnalité de la musique électronique, sa capacité d’illustration.
Oui, j’ai pensé qu’il était temps de voir que la techno pouvait avoir bien d’autres applications que celle de faire danser les gens. L’industrie du cinéma est difficile à pénétrer, et je suis curieux de voir les réactions d’éventuels producteurs de films à ce projet. Je crois beaucoup à l’expansion de la musique électronique au delà de sa fonctionnalité première, et ce depuis toujours.

Il y a un sujet que l’on sait difficile à aborder avec toi, c’est celui d’Underground Resistance.
(sourire)

Je voulais avoir ton opinion sur l’affaire « Jaguar », ce maxi de UR signé Rolando que Sony Allemange a ressorti à peine remanié, et que la presse spécialisée a monté en épingle de façon surprenante.
Toi aussi ça t’a surpris. Cette histoire permet de mesurer l’éthique de notre scène. C’est une leçon très intéressante pour nous tous. On nous rabâche les oreilles avec cet incident, malencontreux certes, mais qui arrive tout le temps. Moi même je peux me plaindre de nombreux plagiats ! Mais c’est Underground Resistance, alors c’est tout de suite sulfureux. Comprends moi bien : je trouve dommage qu’un artiste se fasse copier comme cela, et quelque soit l’artiste. Ce qui me choque, c’est que la presse va en parler comme d’un scandale, montrant qu’elle ignore que ça arrive tout le temps ! En plus ils oublient que la copie, l’imitation, selon la méthode et le degré, peuvent être de bonnes choses sur le plan artistique. J’appelle cela la transmission. C’est tout un pan de la culture électronique qui est concerné.

Tes productions sortent sur tes labels indépendants, et en licence sur de grandes compagnies. Tu as du avoir maintes propositions : pourquoi ne pas signer directement sur une major ?
Les majors sont gigantesques, et je ne souhaite pas me perdre dans le flot de ces artistes qu’ils ‘développent’. Je préfère me développer moi même ! Les artistes indépendants sont aujourd’hui très au courant de la façon dont l’industrie fonctionne, nous avons détourné certaines techniques à notre avantage, et trouvé d’autres moyens très efficaces de se faire connaître, et donc de se mesurer à l’influence du marketing par exemple. Aujourd’hui internet est un bon biais pour contourner l’information distillée par les multinationales. Mais je ne suis pas foncièrement contre les majors du disque, certains artistes ne peuvent faire autrement que de signer chez eux.

La dernière fois que je t’ai interviewé, tu me parlais de ce que la technologie permettait aujourd’hui de faire, comment l’avion permet de se déplacer plus aisément. Mais n’est ce pas un système à deux vitesses : tout le monde, loin de là, ne peut se payer un billet d’avion pour le Japon !
Oui, d’accord. Mais si tu compares à dix ans en arrière, ça devient quand même globalement de plus en plus facile. De Berlin tu peux aller à Tokyo pour 500 dollars ! Ca devient accessible, fréquent. Quand j’ai dit cela, je devais me projeter dans un avenir proche !

Les voyages forment la jeunesse paraît il, et l’inspiration aussi ?
Voyager est essentiel pour un artiste, et ce pour une raison : se rendre compte de l’étendue d’une culture, de sa diversité, pour comprendre où l’on se situe en fait. Les Américains ne voyagent jamais, tu vois le résultat ! Et puis pour revenir à la question précédente, je me rends compte que plus le temps passe, plus j’ai d’argent, et moins j’en dépense. A 20 ans, je n’en avais pas, maintenant autre chose me préoccupe. L’argent que je peux dépenser dans les voyages, je ne le dépense pas ailleurs comme avant.

Parlons maintenant performance. Si je te dis que tu es un showman, tu me réponds quoi ?
Je l’ai été. Je le suis peut être moins. Je ne sais pas pourquoi on me présente souvent comme ça. Aux Etas Unis, ce que je fais est la norme. Et en Europe, on me pose des questions sur la vitesse à laquelle je cale un disque. Je n’en suis pas si conscient. Dans le mix, ma main est sur le fader mais j’ai toujours la tête dans la caisse, à guetter la prochaine direction du set, deux, trois disques à l’avance. J’aime les tracks minimaux simplement parce que c’est la manière la plus efficace de passer d’un titre à l’autre. Et j’aime l’urgence, les passages de dernière minute. Mais ces derniers temps, j’apprécie beaucoup d’être à l’abri du public. Je n’aime pas quand les gens me regardent au lieu de danser.

Parles nous des techniques de mix qui te sont spécifiques.
C’est plus dans la manière dont j’écoute la musique, et donc la manière d’exécuter un mix, quelles fréquences je vais enlever, celles que je vais laisser, l’équalisation en fait. Je laisse toujours les éléments percussifs le plus longtemps, ce sont ceux que je vais enlever en dernier. Je ne sais pas si les jeunes djs ont appris en regardant les danseurs, c’est cela qui m’a formé pour ainsi dire. Mais je crois qu’au cours des trois dernières années, le dj ‘moyen’ (sic) est devenu bien meilleur sur le plan technique.

Quels djs ont compté pour toi ?
Oh là, il y en a plein. Whizkid, un gars de Tommy Boy, excellent. En vrac : Jazzy Jeff, Cash Money, Grand Master Flash, Larry Levan, des djs de radio de Chicago, ou de Kiss FM à New York.

Pas Mojo à Detroit ?
Mojo était un selector pas un dj, la musique qu’il passait m’a influencé, mais ce n’était pas un technicien.

Continue ta petite liste si tu veux.
Ouais. Bass Station, Dr Dre, Egyptian Lover sur la West Coast, Luke Skywalker de 2 Live Crew, la Miami bass, Tricky D, grosse influence, Tricky D. Tout cela se passait au même moment. Les années 80 furent une période faste pour apprendre à mixer. Il y a tellement de références.

Une question traditionnelle aux djs : à quelle heure préfères tu mixer ?
Bizarrement, je préfère jouer le premier, être le chauffeur de salle. Souvent je joue tard, et je remarque certains qui fatiguent. Alors je m’éclate moins.

Tu as fait un set house en France il y a quelques mois. Ca t’a plu ?
Tu sais, un tiers des disques que je joue est de la house. De la hard house certes, mais je considère que c’est de la house. Aujourd’hui on tente désespérément de séparer les deux courants, mais on n’y arrivera pas.

Telle n’était pas mon intention. Et quel est l’endroit où tu préfère jouer, ton meilleur souvenir de fête ?
Il y en a beaucoup, mais il y a un endroit particulier en Hollande, Nine Megan (si j’ai pu choper l’orthographe exacte, ndr) une sorte de maison culturelle sponsorisée par l’Etat, et qui rassemble l’après midi un véritable mélange de gens, des jeunes, des vieux, des enfants, des noirs, des blancs. Je peux y jouer ce que je veux, les réactions sont excellentes, je m’y amuse beaucoup. J’y joue avec un dj local à chaque fois, c’est l’anti star system. C’est là que je m’éclate le plus.

Pour finir, as tu une dernière chose à ajouter ?
Oui, peut être que ce projet ouvrira des portes à d’autres, du moins je l’espère. Dans les années 20, c’est un pianiste qui accompagnait la projection du film, et j’ai un peu l’impression d’être dans cette situation.

Gregory Papin


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