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Les disques estampillés Grand Central sont souvent plébiscités par des djs d’horizons variés, des djs hip hop américains (plus DJ Spinna que Funkmaster Flex mais on ne sait jamais) aux djs house (plus à San Fransisco qu’à Paris toutefois !), et ressemble à une grande famille de contorsionnistes, qui aiment faire le grand écart devant un public de beat headz, expression anglaise intraduisible et fonds de commerce de cette structure. Une famille qui n’arrête pas de s’agrandir. Dans le désordre : Only Child, le rejeton qui place la barre haut, Aim encore au stade de l’adolescence, le tonton Tony D qui fait son come back, le designer attitré qui-fait-aussi-de-la-musique Andy Votel, Riton, le fossoyeur de beats acharné, J Walk, son pote, des cousins graffeurs – le collectif Funky Fresh Few - ou l’étourdissant combo Fingathing, constitué d’un contrebassiste, Sneaky, et d’un vrai dj, Peter Parker. Pour la petite histoire, Grand Central ne s’est pas monté en un jour. Mark Rae a d’abord accueilli la plupart de ses futurs artistes dans son magasin Fat City, l’un des meilleurs de la ville, plate-forme adéquate pour nouer de bonnes relations avec la scène locale. Il a aussi beaucoup joué dans les clubs de la ville, se définissant comme un ‘party dj’, et ainsi annoncer la couleur. On ne compte plus les maxis en ces cinq ans d’existence, et quatre compilations (la série « Central Heating » notamment), quatre albums (dont le premier Rae & Christian, « Northern Sulphuric Soul ») plus tard, Grand Central est un label qui compte sur l’échiquier du music business souterrain. Sur « Northern Sulphuric Soul », les Jungle Brothers côtoyaient Sharleen Spiteri de Texas, mais surtout la délicieuse vocaliste Veba ou un Jeru the Damaja (from Brooklyn baby, ndr) alors en forme. Une tournée en live dj / voix / instrument avait suivi, et l’album reçut un bon accueil malgré un tracklisting inégal. Alors que leur second opus semble bien entamé, Mark Rae fait le point sur toutes ces activités, en toute sérénité, dans un jardin public au pied de l’immeuble de son distributeur français. Here we go.
Comment se présente la suite de « Northern Sulphuric Soul » ?
On apporte les dernière finitions à l’album. On y a travaillé à différents moments, et tous les featurings sont nouveaux. Il y aura les Pharcyde, que l’on avait rencontré en Californie, et avec qui ça s’est très bien passé. On a enregistré deux morceaux à New York. Et Bobby Womack, et on a produit une chanson qu’il a écrite et chanté. Ce ont des gens dont je suis fan depuis un long moment, ce qui n’est en rien une entrave à la bonne entente. On a fait une cover d’un titre old school, « Wake Up Everybody », pour délirer. On est très content du disque. Il n’y a plus qu’ à y trouver un nom.
Le titre de votre premier album faisait ouvertement référence à la northern soul. Explique nous de quoi il s’agit.
C’était une culture dans le nord de l’Angleterre, donc aussi à Manchester, qui a connu son apogée au début des années 70, au même moment que les grands labels de soul. C’est une culture de collectionneurs et de danseurs. Ceux qui étaient réellement impliqués ont tous entre 40 et 50 ans aujourd’hui, mais se retrouvent encore de temps en temps. Je suis d’ailleurs allé récemment à une soirée de ce type, et la musique était énorme : plein de singles rares, que presque personne ne connaît, et que tout le monde là bas reprenait en chœur. Il y avait beaucoup d’énergie. Chez Grand Central nous partageons le même amour pour la musique noire. J’ai grandi avec l’idée que la dance music était une expression de la jeunesse, et en les voyant tous s’éclater sur le dancefloor dans cette soirée, alors que ce sont des pères et des mères de famille, j’ai changé d’avis. La musique noire a beaucoup, beaucoup influencé la musique populaire britannique, et c’est en partie arrivé par là.
On a l’impression que vous ne signez que des talents locaux. Pourquoi ?
C’est simple : on veut représenter la scène locale. On s’accorde un rayon de 200 bornes autour de Manchester ! (rires) Aim vient de Barrow, juste à la limite, au nord de l’épicentre. J Walk, Riton et Only Child sont de Manchester, comme Fingathing. L’idée est d’offrir une plate-forme pour développer ces artistes, parce que je ne vois pas trop où ils pourraient signer ailleurs. C’est plus facile pour s’impliquer dans ce que tu fais si les gens sont proches géographiquement, si tu peux parler avec eux de vive voix, suivre leur travail. Il faut qu’on maintienne un certain niveau de production et de songwriting si on veut durer. On s’en fout complètement de sortir un hit single. On ne veut pas tout tout de suite. Mais, comme on peut le remarquer, nous ne limitons pas les featurings à la région. Et dans notre club, Counter Culture, on invite aussi nos amis, comme DJ Spinna de New York avec qui nous entretenons d’excellentes relations.
Quelles sont les prochaines sorties prévues sur Grand Central ?
On va se concentrer sur les albums d’artistes, et les 12’’ pour djs. Only Child vient de sortir le sien, « Satellites and Constellations », et on attend pour bientôt le premier long format de Riton, J Walk, et Fingathing, qui est notre formation la plus hallucinante. Il ne faut pas la manquer s’ils passent en concert à côté de chez vous.
Toi même tu as pas mal tourné avec Steve Christian. Que retenez vous de ces expériences ?
Ca fait des années qu’on joue en live, et le plaisir ne s’effrite pas. On a fait quelques dates cet été, surtout des festivals, et on va revenir à la fin de l’année. On a un peu agrandi l’équipe puisque cette fois on aura un batteur, un percussionniste, deux djs hip hop, un contrebassiste, un flûtiste et un sax, une chanteuse, un MC, et Steve aux claviers et à la guitare. On va appeler notre show « Rae & Christian Phenomena » !
Pourquoi ce nom, Grand Central (on dirait un nom de gare, ndr) ?
C’est de là que les gens viennent et repartent, et l’endroit où commencent les voyages également.
Gregory Papin
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