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Après avoir hanté le comptoir de Rough Trade en tant que vendeur et récupéré, déjà, un bon paquet de promos (fin stratège, ndr), Ivan Smagghe s’en est allé sur l’antenne de Radio Nova promouvoir une alternative esthétique à la médiocrité industrielle de la musique moderne. Définitivement mélomane, ce polyvalent forcené ne faillit pas à sa mission, en alignant deux compilations, « Test 1 & 2 », représentatives de son émission de radio, un peu de ses sets de dj, mais dont l’éclectisme colle surtout au plus près des dernières ramifications électroniques. Et consolident ce sentiment : la seule vraie tendance dans la musique électronique, c’est le vinyle. Deux jours avant de partir en vacances et quelques minutes avant de s’en aller cueillir des nouveautés à Techno Import (sic), rendez vous était fixé au bureau pour une discussion instructive, son remix de « Autour de Toi » sur la platine CDR.
D’abord, aurais-tu une technique d’esquive des maisons de disques trop insistantes ?
Non. On ne subit aucune pression. Parfois, c’est plus difficile d’avoir les tracks, mais c’est vrai pour les petits labels. Je choisis morceau par morceau, ce n’est pas une question d’éviter les majors, ce n’est pas pour ça que je ne choisirai pas un morceau.
Tu suis quand même une règle pour équilibrer le tracklisting, non ?
Ce n’est pas vraiment un calcul, c’est juste comme ça que je le vois. Il n’y pas de torture pour trouver les morceaux qui vont ensemble, c’est naturel.
Est ce qu’un disque qui atteint les 10000 ventes disparaît de ta playlist, comme ça, par principe ?
Non, ça ne me dérange pas. Mais ce n’est pas mon rôle de dj. Ca m’est arrivé de rater des trucs mortels, bon c’est assez rare, mais il y a des trucs qui t’accrochent après. En tant que dj, je vais jouer mes trucs à moi, pas le disque que tout le monde a acheté la semaine d’avant.
La date de sortie serait donc la date de péremption ?
T’arrêtes par la force des choses, parce qu’il y a de nouveaux disques qui arrivent. Tu les reçois en avance, tu le joues dès que tu l’as et tu passes à autre chose. A Nova, il y a le relais de la programmation.
Crois tu au nivellement par le haut en matière de musique ?
Non, par contre je crois que le public est plus respectif et plus cultivé qu’on veut bien le dire.
Ca tient à quoi alors ?
Ca peut être dans la manière d’amener un morceau dans le mix. Les gens sont de plus en plus ouverts. Parfois je joue des trucs sans savoir pourquoi, pour l’histoire, la couleur, les références. Il y a toujours plusieurs degrés de lecture.
Tu es résident aux soirées Secret du Queen. Ca te donne plus de latitude pour mixer ?
Bon, tu ne joues jamais tout ce que tu voudrais, il ne faut pas non plus infliger des trucs aux gens, mais tu prends quand même plus de risques, c’est sur. Je préfère s’ils peuvent danser sur des trucs pointus, mais il faut pouvoir doser avec des choses accessibles. Le public s’améliore, les gens tiltent sur des vieux trucs même s’il n’y a pas cette culture de la musique électronique comme on peut la voir en Angleterre ou en Belgique. Mais je ne joue jamais de disques trop pute ou trop difficiles.
As tu déjà vécu en Angleterre ?
Non.
Pourquoi avoir mis les adresses internet des labels que tu as sélectionné dans « Test » ?
C’est une idée de Mathieu qui fait le juridique des compils. A priori, c’est le meilleur moyen aujourd’hui pour les contacter.
Tu as aussi en parallèle une activité de producteur. Est ce possible d’être producteur à mi temps ?
Le temps est le problème. Ce n’est pas non plus une obsession chez moi, certains djs sont plus enclins à produire. Je travaille avec des producteurs confirmés, Arnaud Rebotini (alias Zend Avesta, ndr) ou Marc Collin. J’amène des idées mais je ne m’occupe pas de la technique.
L’un de tes projets, Black Strobe, a été signé sur Output. Qu’est ce qui va venir ?
On a signé pour trois maxis, et une possibilité d’album. Le premier maxi sort en septembre. Pour l’album, il faudrait prendre une année sabbatique.
Tes productions sont en général très référencées. Comment ne pas tomber dans le piège du copiste ?
On prend forcément des idées chez les uns et les autres, mais les références passent souvent inaperçues pour la plupart des gens. Après il faut essayer d’avoir des trucs personnels. Le fait d’écouter plein de choses différentes permet de faire attention. Et puis créer de nouvelles choses de toute pièce est une faculté rare.
Y a t-il un avenir pour les voix dans la musique électronique ?
J’aime bien les chansons. J’ai une culture pop, certainement pas une culture funk. Je n’aime pas trop le garage américain, il y a trop de formules qui me gonflent. Les textes sont nases, dieu, le dancefloor et rien d’autre. J’aime les voix blanches, un peu décalées, utilisées à contre emploi. Bon, il y a beaucoup de chanteurs qui ne savent pas chanter, mais c’était pareil dans combien de groupes pop. La voix dans la house a été un peu trop accaparée par le garage, je suis plus fasciné par les trucs vocaux européens. Par contre j’adore la soul.
Franchement, apprécies-tu le two step garage ?
Ce n’est pas un genre qui me fascine, mais j’ai bien aimé les morceaux que jouait Gilles Peterson dimanche (à Cake & Milk au Batofar, ndr). Ce que je déteste, c’est le two step bas de gamme. Je n’y touche pas outre mesure. La trance ne m’intéresse pas. C’est une question de feeling, le côté hippy, ça me fait pitié. Et puis on ne peut pas tout connaître non plus.
Aimes-tu toujours autant la musique ?
Oui. Il y a toujours des trucs intéressants, des morceaux qui réutilisent des trucs qu’on connaît déjà à leur façon, des disques anecdotiques même. Il n’y a pas que des chefs d’œuvre.
Comment imagines tu l’évolution de la musique électronique ?
Je n’en ai aucune idée. C’est le fait de ne pas savoir qui est stimulant. Que la barrière entre house et techno s’effrite. Entendre de tout dans la même soirée. Et qu’on arrête de dire qu’un sample de funk ou de disco filtré est plus chaud que de la bonne techno. La techno est une pure musique black, très groove. J’aimerais qu’on comprenne que des disques froids peuvent être funky.
Gregory Papin
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