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Les Gammas sont apparus sur la sphère électronique il y a quelques mois seulement. Leur son, emblématique du label Compost, organique et cinématique, met dans le même bain crooners aisés, cordes enlacées, contrebasse et clarinette, emballés dans une production somptueuse et un sens de la composition qui ne laisse pas indifférent. Certes ce type de démarche ne permet pas de déceler une empreinte marquante, et leurs multiples clins d’œil de se transformer en pâle copie d’originaux torrides, mais n’empêche nullement de visualiser ces « Exercices de Style », du nom de leur premier album. En technicolor bien entendu.
Il y avait une scène acid jazz forte en Allemagne au début des années 90. En faisiez-vous partie ?
Pas vraiment. Nous étions dans un groupe de reprises de classiques brésiliens jusqu’en 95, un peu la mouvance de Rainer Trüby. Ses compilations « Glücklich » en donnent une bonne idée.
Votre musique est très chaude, vous avez invité de nombreux musiciens à y participer. Quelle est la part de l’électronique dans le processus ?
Presque tout est produit électroniquement, dans le sens où ça sonne comme un groupe qui joue, mais avec beaucoup de post production. L’ordinateur permet de mettre de l’ordre dans les arrangements, de parvenir à des structures plus fluides pour tes morceaux. Tu peux essayer plein de choses avant de te décider, et puis c’est d’une effarante simplicité quant à l’utilisation d’un séquenceur. Ca enlève quasiment toutes les contraintes inhérentes à un groupe qui compose en jouant. Ca augmente la qualité des sonorités, parce que tu choisis quel type de son tu veux. On n’y voit que des avantages.
Vous voulez que l’on vous confonde avec un vrai groupe ?
Cela dépend de l’instrumentation. Certains morceaux ont des rythmiques très électroniques, d’autres ressemblent à une vraie batterie, mais malgré la ressemblance, la plupart des titres sont impossibles à jouer tel quel par une formation réduite. Et puis nous faisons surtout des chansons, les chansons restent plus longtemps que les tracks. Mais cette image ne nous gêne pas, on fait aussi des lives, et là c’est la surprise.
Pensez-vous faire de la musique de collectionneurs ?
Euh, c’est difficile à dire. Si c’est ça la question, nous avons énormément de vieux disques, plus que la moyenne des producteurs. Et on les connaît bien, mais c’est inutile de les connaître par cœur pour aimer notre album. D’un autre côté si on peut en encourager certains à poursuivre leur recherche des perles rares, tant mieux.
Que pensez vous des jazzmen qui se mettent à l’électronique ?
En général le résultat n’est pas très convaincant. Ils font trop de solos, ils jouent trop jazz en fait. La musique électronique s’imprègne bien de jazz, mais pas de tous ses aspects. Mais il y a encore certains musiciens de jazz, plutôt les plus âgés, qui rejettent l’usage des machines dans le jazz en arguant que ça perdrait les vibrations. Mais ce n’est pas la façon dont tu travailles ou même le temps passé à travailler qui te donnent ces vibrations, c’est la musique elle même. Mon père a une machine à écrire qui fonctionne bien, il ne veut pas s’acheter d’ordinateur. C’est le même type de raisonnement.
Et changeraient-ils d’avis à l’un de vos concerts ?
Tu veux dire mes parents ?
Non les jazzmen !
Sur scène, notre quatrième homme est un disque dur, mais cela a un effet sur le public, comme si la musique était partiellement le fait d’un fantôme qui nous accompagnerait. Bon, en réalité, si on a choisi de faire beaucoup de préprogrammations, c’est vraiment rien qu’une question d’argent, même si on balance beaucoup de séquences en temps réel.
Revendiquez-vous le fait de faire une musique ‘classieuse’, et la destinez-vous à l’upper class ?
Pas du tout. Chaque auditeur ressent ses propres émotions, mais ce n’est pas l’impression recherchée. Notre album est accessible à tous, il n’est pas plus cher qu’un autre disque !
Est ce que l’expression dancefloor jazz vous convient ?
On s’est retrouvé dans la difficulté de vouloir effectivement amener des chansons sur le dancefloor, avec une forte teinte jazz. Et puis on a arrêté de se poser ce genre de questions !
Et est ce que les musiciens de Compost s’entendent bien avec les labels alentour, qui semblent suivre votre chemin ?
(réponse de Michael Reinboth, le boss de Compost, présent aussi ce jour-là)
Oui, pour l’essentiel on travaille ensemble. Les gens d’Infracom sont nos amis par exemple, on partage un label (JCR, ndr) avec Jazzanova également. Mais c’est une scène internationale, il y a des connections établies avec le West London crew, des musiciens japonais, ou français, avec Next Evidence par exemple.
(Mark reprend la parole)
Il y a quand même des imposteurs, mais c’est le signe que ça porte. Par exemple Ian Pooley sort son prochain disque dans une veine très Compost, mais c’est complètement raté.
Gregory Papin
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