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Stuart Warren Hill et Robin Brunson ont pris la fâcheuse habitude de parler d’images comme s’il s’agissait de sons et inversement, et ce il y a déjà bien longtemps. C’est ce qu’il ressort de cet entretien mal préparé (mais qui donne quand même un excellent papier). Leur album « Vector », disk audiovisuel, c’est à dire album de clips dans lesquels les images sont véritablement rythmées, est peut être un peu pauvre sur le plan sonore, dans un registre pastiche electro eighties déjà vu, mais non dénué d’humour. Ce premier disque à regarder est en fait une brèche ouverte sur un chantier immense, celui de la musique de demain, à consommer avec les jambes, les oreilles et les yeux. Rencontre avec ces deux énergumènes artistes digitaux à part entière.
Par quoi commencez vous en studio, l’image ou le son ?
Tu veux savoir comment on travaille ? On fait comme les musiciens électroniques ‘normaux’, on part d’une idée et on la fait évoluer pour que le résultat soit bon visuellement tout en sonnant bien. On ne fait pas de story board. Si tu prends le premier morceau qu’on ait réalisé ensemble, « Vector », qui est une sorte de bataille d’astéroïdes très stylisée, on a pris une idée d’un jeu vidéo classique et on a collé le beat qui correspondait, très electro. L’important c’est que ce soit plaisant et que ça ait du style.
Vous appliquez une image à un son particulier ?
En fait chaque morceau est conçu différemment. On s’est longtemps demandé ce qui marchait le mieux dans les corrélations entre image et son, et cet album est un peu le fruit de ces recherches qui ont duré deux ans et demi. Parfois ce sont de très longs procédés à éditer et traiter des images, pour aboutir à ce que tu dis, synchroniser images et sons. Mais il y a d’autres corrélations possibles, on est vraiment au début de quelquechose. Et le chemin restant est énorme.
Quels sont ces prochains développements ?
On travaille beaucoup sur la 3D tout de suite, créer nos propres images comme les musiciens électroniques peuvent le faire avec leurs sons. Et de nouveaux logiciels de traitement des images devraient permettre d’élargir notre panel d’effets.
Mais « Vector » reste avant tout un album de musique ?
Oui, la musique est prépondérante, le rythme plus exactement, mais c’est plutôt un album audiovisuel qui regroupe de nombreuses influences, surtout notre enfance baignée dans l’electro et les images funky. Sans vouloir insister, je te signale que pour nous le travail est double ! On aurait pas fait un disque simplement audio.
Vous ne le sortez que sur support CD ROM ?
Non, c’est un double CD avec CD ROM mais au prix d’un CD. 12 vidéos, plus quelques ‘jouets’ interactifs pour que les plus téméraires créent leurs propres versions.
Payez vous des droits sur les images samplées ?
Très bonne question. Quelques trucs ont été clearés, d’autres sont très obscurs et enfin la majorité a été filmée à l’arrache par nous même. Le sampling vidéo en est au niveau ou le sampling audio était il y a quinze ans, on manque cruellement de nouveaux outils de travail, qui existent mais ne sont guère accessibles financièrement parlant.
Votre budget était limité ?
Oui. On pourrait faire beaucoup plus avec plus d’argent, mais chaque chose viendra en son temps. Parce que si on avait eu beaucoup d’argent pour le produire, il est fort à parier qu’on aurait fait de la merde. On travaille sur deux Apple Power PC de 100 Mhz, ce qui est très lent. Mais notre maison de disques est aux anges : on leur a fait une vidéo pour chaque track. On est aussi des pionniers dans le marketing ! (rires)
Vous avez une grande expérience du veejaying. C’est une progression logique de passer à la production finalement !
C’est tout à fait naturel pour nous. Stuart fut l’un des pionniers du veejaying, il a fait des mixes visuels pendant dix ans, et au bout d’un certain temps, c’était devenu ennuyeux. Robin est quant à lui le typique échec scolaire, sorti de l’ecole des beaux arts sans diplôme convaincant (parlant l’un de l’autre, ndr). L’un a eu un itinéraire académique, l’autre autodidacte. On se considère d’ailleurs non pas comme des vjs, mais des artistes digitaux à part entière.
Certains musiciens ne veulent pas que des images illustrent leur musique pour qu’elle reste libre d’interprétation par l’auditeur. Ils ne vont pas apprécier votre initiative !
Tu sais, nous on peut regarder des vidéos sans écouter la musique et l’entendre quand même à travers les images. Je comprends que l’on dise ça cependant, vu la pauvreté des clips qui passent sur MTV. Et puis on en fait pas de plages d’ambient obscure qui durent 20 minutes et qui doivent rester libres d’interprétation. Chacun de nos morceaux est thématique.
Vous avez collaboré avec pas mal de musiciens normaux pour ce disque. Semblent-ils intéresser pour suivre votre voie ?
On a effectivement collaboré avec de nombreux amis, Tom Middleton, Si Begg, Johnny Scuba de Dynamic Syncopation. Tom a l’air très intéressé, il a son nouveau projet Kosmos, ça fait longtemps qu’on fait des trucs. Mais il n’y a rien d’officialisé pour l’instant.
Et qu’allez vous faire maintenant ?
Se reposer. Non, on va préparer un live, un vrai (ils ont fait quelques showcases maquillés en live en juillet, ndr). Et puis se faire payer !
Un dernier truc à ajouter ?
Oui, plusieurs. Déjà l’anagramme de HEXSTATIC qui est EXACT SHIT, c’est un secret mais on te le dit quand même. Et puis si tu peux mettre notre slogan : « Sound has never looked so good ».
Gregory Papin
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