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Son premier album, joliment baptisé « Like Weather », était logiquement sorti sur Rephlex, le label de Aphex Twin. Les chansons de Leila, copine de Bjork qu’elle a accompagné deux fois en tournée et de Richard James, sont crues et éprouvantes, pleines de contradictions apparentes, mais étonnamment accrocheuses, certaines vraiment obsédantes. Elles caressent l’oreille avec une lame de rasoir. C’est ce même sentiment que l’on a à l’écoute de son deuxième long format, qui ne porte pas encore de titre, et qui sera disponible en septembre. Treize chansons parmi lesquelles le dernier single « Sodastream » où l’on croise ces voix à l’âme meurtrie dans un grand chambardement de sons épris de liberté, et une urgence latente. Rencontre en avant première avec cette jeune femme revendicative, sur la défensive, de retour du festival Aquaplanning où elle s’est produite en qualité de dj, et dont elle ne garde visiblement pas un souvenir ébloui (et le public non plus semble-t-il, mais on n’y était pas, ndr).
Tes morceaux ont toujours une production poussiéreuse. Tu le fais exprès ?
On me le dit souvent. Je suis techniquement paresseuse, et ça tombe bien parce que je trouve que la plupart de la musique produite aujourd’hui est trop claire. Les autres passent trop de temps à se perfectionner. C’est comme la surface d’une peinture, elle est pleine de petites irrégularités, mais ça n’altère pas l’image.
C’est une réminiscence de tes années passées dans le hardcore britannique (pas le hardcore français, plutôt l’ancêtre de la jungle, ndr). C’est amusant parce que la drum & bass ressemble souvent à un concours technologique maintenant.
Le hardcore était une musique extrême sur le plan émotionnel, la jungle à côté c’est chiant.
Il y a un contraste dans ta musique entre les mélodies enfantines et des rythmiques plus ardues.
Ah oui ? Je ne sais pas, c’est naturel pour moi, ça ne m’inspire aucun commentaire.
OK. Parles nous des paroles de « Sodastream » ?
C’est l’histoire d’un gamin envoyé par sa mère au magasin et qui n’a pas assez d’argent pour s’acheter une boisson, alors il braque une banque.
Tes rêves exercent-ils une forte influence sur toi ?
Disons que je m’intéresse à toutes les formes d’état second, à ce qui n’est pas la vraie vie, aux fantasmes, aux mondes parallèles. Les drogues sont un peu trop évidentes, les transitions dans la vie le sont moins. La vie est faite de différentes étapes, et j’aime ce qui se passe entre.
Tu fais de la musique pop, dans le sens de populaire ?
Oui. Mais je me rattache à la meilleure pop depuis les années 50, de la bonne musique, de belles chansons, pas de la musique qui essaie désespérément de plaire à un public. C’est un peu ce qui m’a poussé à faire de la musique, dans le sens où il faut défendre une alternative à cette culture musicale pré-pubère qui nous prépare beaucoup d’ignorance dans le futur. Je ne veux pas me vendre pour vendre ma musique, écris ça.
Les structures de tes chansons peuvent paraître incohérentes, inversées, pour le grand public. C’est pour déranger ses habitudes ?
Non, ce n’est pas pour une raison particulière, c’est juste ce qui me semble bon pour la chanson, sa structure naturelle. Je me sens plus proche de producteurs comme Phil Spector, qui n’hésitaient pas à partir à l’aventure.
Mais par rapport à Phil Spector, ta production est nettement plus intimiste.
Oui, mais c’est plus une question d’argent. Le moment venu je ferai de la musique grandiloquente. Il faudrait que je paye quelqu’un pour mixer les morceaux convenablement aussi !
Et ça ne te dirai pas de chanter ?
Oh, non. Ca ferait trop de chanter, je suis déjà assez fatiguée en faisant la musique, la promo. Et j’ai eu une mauvaise expérience dans le passé mais je ne souhaite pas en parler. Luca une splendide voix, falsetto, profonde.
Il prépare son propre album ?
Oui, ce sera plus ‘straight’. Je travaille un peu dessus.
Les chanteurs apprécient-ils les effets que tu mets sur leurs voix ?
Bien sur ! En un jour, sonner comme Marvin Gaye, Neil Diamond puis Jim Morrison, on s’éclate !
Tu veux faire des concerts ?
Oui, j’y songe beaucoup tout de suite. Je ferai venir tous les chanteurs, mais il faut voir comment organiser tout ça sur scène.
Tes chansons ont l’air de contenir beaucoup d’amertume. Tu as été déçue par la vie ?
Non, je me sens bénie de pouvoir vivre de la musique. Je ne l’avais pas prévu. La musique est une chose très privée, la mienne parle d’humeurs universelles, personne n’est joyeux tout le temps. Mais je trouve le deuxième album moins dark que le premier.
As-tu le sentiment de progresser ?
J’espère mais je ne suis pas si sûre.
Tu as quand même signé sur le label de Prodigy !
Je ne suis pas là pour les défendre, mais XL est l’un des deux labels qui m’ont appelé à la sortie du premier album, avec Virgin France. Quant à Prodigy, ils furent ignoré pendant dix ans avant d’accéder à un succès mondial. Contrairement à ce que l’on croit, je n’essaye pas d’être détestée par le plus de gens possible.
Que vas-tu faire maintenant ?
J’ai envie de produire d’autres artistes, et peut être faire des musiques de film.
Gregory Papin
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