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Chronique de "Into The Now"


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 Seiji
 
"Je suis tellement accaparé par mes multiples projets que j’ai du mal à anticiper les réactions du public."
   

A 24 ans, la cote de Paul Seiji ne cesse de grimper. Après avoir fait ses premières armes en compagnie de G-force, son alter-ego junglistique dans les forces spéciales de Reinforced, il s’est véritablement révélé au sein du fourmillant collectif d’obédience electro-soul intitulé Bugz In The Attic, sur leur label Bitasweet, mais aussi et surtout sous son propre nom Seiji ou Disorient, des noms qui figurent en bonne place sur certaines compilations, et notamment « Test 2 ». Aux antipodes du sempiternel 4/4, Seiji aime le mouvement et le fait sans cesse sentir dans ses tracks remuants et aérodynamiques. Tranquillement installés dans le Bitasweet studio parmi ses précieux synthés analogiques, son matériel poussiéreux et des insectes qui y ont élu domicile (d’où le nom de Bugz in the Attic) ce jeune anglais d’origine nippone nous reçoit en faisant remarquer qu’ à force de vivre à la lumière artificielle de ses machines tel un otaku, il a parfois le sentiment d’aller un peu plus vite que la musique.
 
Quels furent tes premier pas dans la musique ?
Depuis un très jeune âge je me suis impliqué dans la musique en jouant du violoncelle. Je l’avais d’ailleurs un peu délaisser faute de patience mais j’y reviens en ce moment. Ensuite, vers 17 ans j’ai commencé à collecter des tonnes de disques de manière compulsive et à m’intéresser à la production.

Tu comptes parmi les espoirs de la seconde génération du label Reinforced ayant émergé il y a 4 ans environ avec G-Force et quelques autres. Comment t’es tu joint à eux ?
Grâce à Orin Walters (membre de Bitasweet, Afronaught et Neonphusion) pour qui j’avais fait mes tout premiers morceaux sous le pseudonyme de Disorient (à ne pas confondre avec le label anglo-japonais du même nom, ndr) vers 1996 sur son label Mousetrap. Il m’a présenté à Dego et Mark de 4 Hero qui étaient à la recherche de sons originaux et m’ont tout de suite encourager à tester des angles différents . Ils ont apprécié ce que je faisais avec mon pote Marc ( G-force) et ont eu le courage de sortir nos disques.

Avant de t’être illustré dernièrement en solo, ta renommée est venue de ton duo drum and bass tapageur avec G-Force. Peux-tu nous parler un peu de ce mystérieux complice ? Quels sont vos futurs projets ensemble ?
Marc est un vieux pote avec qui on a construit une certaine complémentarité à force de bosser tous les deux, ses capacités techniques me poussent sans cesse à me dépasser. Avant de le rencontrer j’oscillais entre du garage d’influence américaine et d’autres expérimentations jazz-funk, soul, electro-funk et deep house avec Orin et Kaidi dans le collectif Bitasweet. Mais c’est grâce à lui que je me suis orienté vers le drum and bass vers 1996. Notre dernier morceau figure sur l’album Co-Operation sous l’égide de Goya Music et nous préparons en ce moment de nouveaux morceaux mortels pour Reinforced sous le pseudonyme Procedure 769. C’est le nom de code des exécutions capitales aux Etats-Unis.

Après avoir mis le pied à l’étrier de nombreuses légendes comme Goldie ou Doc Scott, Reinforced semble un peu en marge du reste de la scène drum and bass. Comment analyserais-tu cela ?
C’est vrai. Mais réciproquement je me désintéresse de la majorité de cette scène que je trouve toujours trop stéréotypée. Et même si notre influence est manifeste sur l’histoire de ce mouvement, je considère personnellement ce que je fais comme assez peu dansant ou en tout cas pas dans la tendance ‘dancefloor’ simplificatrice de rigueur. D’un autre coté, je peux aussi bien concevoir qu’un dj paresseux n’ait pas envie de se compliquer la tâche en mixant mes morceaux en soirée. Pour ma part, j’écoute beaucoup plus de jazz que de drum and bass tout en me sentant à nouveau très enthousiaste à l’égard de mes productions jungle dans lesquelles j’ai plein de nouvelles idées excitantes . Mais je trouve que de nos jours on entend rarement des musiciens aussi doués conciliant aisance technique et audace créative que dans le jazz-funk des 70’s. Cette dimension humaine me semble essentielle si nous voulons apporter une certaine maturité à la dance music moderne. Mais je serais d’autant plus ravi si nous pouvions retourner les dancefloors en balançant des trucs plus abstraits.

Et ça se passe sur Londres ?
Comme je te disais, je crois que notre son n’est pas assez formaté. En ce qui me concerne, bien que je soit ravi de pouvoir jouer des broken beats quand je vais à Milan ou Tokyo, je ne me considère pas fondamentalement comme un dj. En réalité je sors très peu à Londres, je suis plutôt une sorte de rat de studio. Ce qui fait que je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe, j’ai un avis relativement extérieur à ces considérations.

Pourtant certaines de tes récentes productions comme « Space Jam Disorient mix » et « Second Nature » semblent prendre une dimension plus physique.
Tu as sûrement raison. Ca doit être une question de contexte dans lequel tu les joues. De mon coté, je suis tellement accaparé par mes multiples projets que j’ai du mal à anticiper les réactions du public.

Le son electro-soul de Bitasweet qui a beaucoup d’affinités avec ceux d’Archive, Skindeep et 2000 Blackest encore relativement inconnu en France. Sais-tu si votre audience s’étend au delà de West-London et Shibuya (quartier funky de Tokyo) ?
Je ne sais pas trop. Tu sais, c’est marrant, on est là à délirer entre nous mais on a peu de points de repères permettant de quantifier notre influence au delà de ses murs. Le fait qu’on soit plusieurs à s’épanouir et à s’unir actuellement a sûrement aidé à notre reconnaissance. On forme une certaine communauté d’idées basée ici qui progresse constamment, mais à vrai dire on se soucie peu du succès. On préfère se concentrer sur ce qu’on fait afin de nous perfectionner sans trop tenir compte de ce que d’autres gens projettent sur nous. On a déjà du mal à rester chacun informé de ce qui se passe entre nous artistiquement qu’il nous est difficile d’ avoir en plus le temps de développer des stratégies marketing. Notre musique parle d’elle même.

Sur quoi travailles-tu ces temps-ci ?
Je continue de faire tourner Bitasweet. Mon prochain maxi sera dans une vibe techno minimale en collaboration avec Scott Gilford, suivi de trois titres regroupés dans un EP intitulé « Tha Norm ». Je prépare également de futurs maxis et un track pour une compilation supervisée par Mark de 4 Hero tout en effectuant quelques programmations pour l’album d’Orin sous le nom d’Afronaught sur R&S. Parallèlement, je bosse sur des trucs house dans une série de maxis appelés « Home Cookin’ » pour Sole Music (label de Steve Williamson, basé à Glasgow) dans une veine moins « electronica », plus soulful et organique renouant avec mes premières influences garage américaines. Par rapport à mes débuts, j’ai désormais accès à des studios et des chanteuses. Je me sens donc plus compétent, plus à même d’exprimer ce qui me passe par la tête qu’auparavant. Un album dans cette voie devrait bientôt voir le jour.

Envisages-tu de monter un live ?
C’est évidemment très stimulant de voir certains de mes camarades s’éclater sur scène, mais je ne peux pas te dire : je ne sais pas moi-même ce que je ferais demain. Tout est possible, je pourrais tout aussi bien me limiter à des sons entièrement générés et modifiés par des machines électronique. Il existe une infinités de sources sonores inexplorées.

Irie


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