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Daniel Bell est un producteur de Detroit qui reste assez méconnu, peut-être parce qu'il est blanc, ou peut-être parce qu'il n'est pas trop branché par les nappes mélancoliques vides et par les sons spatiaux standardisés (oui, c'est de toi que je parle Terence Parker). En 1991, le jeune homme faisait ses premières armes avec des tracks particulièrement sans merci pour l'époque qu'ils produisaient avec les deux boss de Plus 8, messieurs Hawtin (futur Plastikman) et Acquaviva (futur dj-star-mondiale-pointue) sous le pseudo de Cybersonik. Presque 10 ans de carrière et une grosse discographie, 3 labels et un son caractéristique, vicieux et abstrait à le fois, que l'on peut savourer sur son récent mix sorti chez Tresor, « Globus Mix : The Button Down Mix ».
Qu'as-tu appris et retenu de ta collaboration avec les deux fondateurs de Plus 8, Richie Hawtin et John Acquaviva au début des années 90 au sein de Cybersonik? Y avait-il une spécificité dans le fait d'être les premiers blancs à faire de la techno à Detroit?
Mon travail avec Plus 8 m'a beaucoup appris au sujet de l'industrie du disque, sur ses avantages comme sur ses inconvénients - et parfois surtout sur ses inconvénients, malheureusement. Je ne me suis personnellement jamais dire "Putain, je suis le premier blanc à faire cette musique à Detroit. Pour moi, il s'agissait plus de m'impliquer dans quelque chose que j'aimais profondément, dans quelque chose qui m'inspirait musicalement.
Peut-on dire que tes productions ont évolué de la techno dure à une house plus abstraite et plus douce?
J'ai toujours trouvé que beaucoup de mes disques se situaient à la frontière de la house et de la techno? Mon morceau 'Losing Control' avait d'ailleurs d'abord été refusé par les gens de Peacefrog qui le trouvaient "trop housey" ! J'ai du particulièrement insisté pour qu'il figure sur le maxi. Je pense qu'en fait il y a pas mal de marge de manœuvre entre les genres, on peut tout à fait être autonome par rapport aux catégories fixes. Ce sont des producteurs comme Larry Heard ou Lil'Louis qui ont posé les fondements de cette approche voilà bien des années.
Quelle différence y a -t-il entre tes trois labels, Seventh City, Accelerate et Elevate?
Seventh City est représentatif d'une certaine tradition techno venant de Detroit, alors qu'Accelerate et Elevate sont plus strictement personnels. Ils reflètent plus spécifiquement l'esthétique qui m'est propre.
Penses-tu que ta musique et tes sets peuvent s'adresser au grand public ou tout au moins à des clubbers de base, ou sont-ils réservés aux trainspotters amateurs de dance music plus recherchée comme la pratiquent Maurizio, Herbert ou Moodymann ?
Lorsque je produis, je ne me soucie pas réellement du public auquel je veux m'adresser. J'espère simplement que le plus grand nombre pourra apprécier ce que je fais. En même temps, je ne suis pas motivé par le fait de m'adapter ou de changer mon son dans l'intention d'être plus largement accepté. Je veux être capable de me lancer des défis ainsi qu'aux autres djs dans le but de faire avancer les choses, pour être aussi progressiste que possible.
Ta sélection est assez large, avec pas mal de maxis européens. Comment choisis-tu tes disques ?
J'essaie de jouer des choses intéressantes, faites par des producteurs que j'estime également intéressants. Si je n'aime pas personnellement un disque, je ne m'attends pas à ce que d'autres puissent l'apprécier. Selon moi, les djs qui s'attachent à ne jouer qu'un unique style de son peuvent devenir chiants au bout de deux heures. J'aime beaucoup mélanger différentes choses, tout en maintenant un groove bien consistant.
Dans la musique que tu joues, penses-tu que les sons essentiels sont les seuls vraiment nécessaires ?
Je crois qu'un bon nombre des disques qui sortent actuellement ont en commun la même idée esthétique : ils créent une extrême énergie en privilégiant une dynamique hyper brutale, on entendra d'abord un passage très calme, soudainement suivi de sons durs et puissants. Mais le plus souvent, je trouve que ces disques ne font qu'imposer une énergie factice; ils sont certes dynamiques mais manquent de substance. Je m'écarte donc habituellement de ce genre de son pour me concentrer sur des productions plus subtiles, plus graduelles.
Cherches-tu à faire entendre aux gens l'espace régnant entre ces sons ?
Ce qui est absent est aussi important que ce qui est présent. Tout son doit avoir une fonction. Depuis quelques années, je suis très inspiré par un architecte et designer du nom d' Eero Sarinen. Il a créé des choses telles que la Womb Chair, l'Arche de St Louis ou encore le terminal de la TWA à JFK à New-York. Il avait une approche de l'espace rationalisée mais en même temps organique, élégante et moderne.
Le minimalisme peut-il être un mode de vie ?
Oui, cela peut être une approche de la vie ou bien une idéalisation de la façon de vivre. On nous dit sans cesse, dans notre culture, d'acheter ceci et cela, alors que nous n'en avons pas besoin. Trop de gens gâchent énormément de choses durant leur vie quotidienne. Je suis strictement végétarien et pour moi cela reflète cette idée de minimalisme. Il est possible de s'engager dans des voies alternatives attrayantes qui nous permettraient de stopper cet interminable gâchis des ressources offertes par la planète. Une attitude progressiste est donc nécessaire.
Penses-tu que tu fais une musique de / pour gens décalqués ?
Possible, mais je n'ai jamais pris de drogues. La musique est une fuite pour pour moi, c'est un lieu où je peux me perdre, grâce au pouvoir de la répétition. Les prêcheurs noirs utilisent une méthode similaire depuis des années. L'extase réside dans l'anticipation de la répétition.
Quel est ton avis sur le mp3 ?
Cela démonter bien l'avance que les consommateurs de musique ont sur l'industrie. Si seulement toutes les majors pouvaient faire faillite, nous n'aurions plus qu'un service du type Napster mais qui ne coûterait qu'un peu plus d'1 franc par morceau téléchargé. La moitié de cette somme serait automatiquement virée sur le compte de l'artiste. Alors ce système aurait, je pense, un très fort potentiel.
Pourquoi as-tu déménagé à Berlin ?
J'avais besoin de me changer de Detroit. Je crois que de la familiarité naît le mépris et qu'il vaut mieux ne pas rester trop longtemps au même endroit lorsqu'on est quelqu'un de créatif. Il règne à Berlin une atmosphère qui me rappelle le Detroit des origines de la techno. Je vais m'y consacrer à un nouvel album et également faire la promotion de mon cd mixé 'Button - Down Mind'.
Etienne Menu
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