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Le mélange des genres semble être un passage obligé pour ratisser large dans la scène électronique, de moins en moins électronique d’ailleurs. Encore faut-il avoir une ouverture d’esprit sincère pour ne pas se planter, quoique une bonne campagne marketing peut corriger le tir assez aisément. Only Child n’en bénéficiera pas, mais son somptueux premier album, « Satellites and Constellations », devrait faire fonctionner le bouche à oreille. Il nous parle de Manchester, sa date de naissance, et bien sur de son immersion dans la soul à visage électronique.
Manchester est une ville qui a a très mauvaise réputation. Penses-tu que c'est surfait ?
Franchement, je ne sais pas pourquoi les gens disent ça. Je viens d’une toute petite ville à deux cents bornes, et je me sens plus en sécurité à Manchester. Je n’ai jamais entendu de coups de feu, et pourtant j’habite un quartier plutôt mal famé, dans le sud. Bon, peut être que le fait d’y vivre atténue les choses, que tu ne fais pas trop attention à ce qui se passe autour de toi. Les gangs existent, mais j’en entends plus parler dans les journaux. Dans la ville où j’habitais avant, tu avais une autre forme de violence. Les bagarres au couteau devant le pub le samedi soir, c’est pas toujours rassurant.
La pochette de « Satellites and Constellations », c’est un astronaute qui fait du breakdance, n’est ce pas ?
Euh, non. Mais c’est vrai que le mouvement dépeint par l’image semble assez hors de contrôle. Elle reflète bien comment je me vois : un gars dans une combinaison, à la dérive à travers l’espace, enfermé dans quelquechose. Je suis quelqu’un de solitaire, et la musique pour moi c’est un truc solo. J’aime beaucoup l’artwork du disque.
A lire le titre de l’album, on dirait un album de techno de Detroit, non ?
Ou celui d’un album de jazz funk des années 70. L’espace est une notion prépondérante dans ma musique, c’est le lien entre la musique passée et la musique moderne que j’affectionne, je passe énormément de temps à gérer l’espace dans mes productions au mixage. Et puis c’est plein de fantasmes sur le futur. Enfin, je suis né le 19 septembre 1965, le jour de la première sortie d’un cosmonaute russe dans l’espace. Ca a du laisser des traces.
Tu disais que la musique est pour toi un truc solo. Mais t’as invité plein de monde sur l’album : Kriminul, le rappeur new yorkais des Jigmastas, Azeem, un chanteur de Manchester. On te suit plus.
J’aime la musique vocale, et comme je ne vais pas le faire moi même, j’ai invité des gens compétents. Ils sont co-auteurs de leurs chansons, j’ai un peu participé aux lyrics mais autant qu’ils chantent quelquechose auquel ils croient. Je n’ ai pas rencontré Azeem, on s’est échangé des cassettes. Je voulais une voix masculine très haute, et il m’a immédiatement convaincu. Quant à Kriminul, il est passé plusieurs fois à Manchester. Steve Christian a joué des claviers, mais mes morceaux sont surtout une succession de samples avec des programmations de batterie.
Tu ne prévois pas de faire de lives ?
Non, je ne veux pas faire de concerts pour une raison simple : je ne veux pas réinterpréter ma musique, la changer. Je me produis en dj et je presse des acétates pour passer des morceaux indéits, ça me convient parfaitement.
Tu as une soirée à Manchester, l’Electric Chair. Ca marche bien ?
Ca cartonne ! La soirée aura cinq ans en aout, je l’organise avec mon partenaire Luke. Ca a vite décollé parce qu’il manquait une alternative aux clubs gigantesques comme l’Hacienda. Les gens voulaient pouvoir écouter la musique, et des choses un peu différentes, des vieux trucs. Au départ, on était dans une salle de concert, ce qui changeait considérablement des établissements classiques. On s’appelait les Unabombers, en référence à ce criminel qui faisait sauter des bombes livrées à domicile, et qui faisait les gros titres de l’époque. Depuis dix mois, on a déménagé dans un club plus grand, parce qu’on laissait trop de monde à la porte. Et ça ne désemplit pas. On va bientôt sortir une compilation d’ailleurs.
Depuis quand es-tu impliqué dans la musique ?
Ca fait un moment, plus de six ans. D’abord j’ai fait partie d’un groupe, les New Fads, qui s’est retrouvé dans la scène de ‘Madchester’, aux côtés des Happy Mondays, même si on était plus funky que baggy. Et puis je me suis acheté un séquenceur MPC. C’est un instrument sur lequel travaille beaucoup d’Américains, les Européens sont plus sur les ordinateurs. J’ai commencé les soirées aussi à ce moment là. Et un jour j’ai croisé Steve qui recherchait des artistes pour sa compilation Grand Central. Je lui ai envoyé un DAT, il ne m’a pas rappelé. Je pensais que ça ne lui plaisait pas, j’étais un peu démotivé, et un jour je le croise et je me rends compte qu’il ne l’a jamais reçu. Alors je lui ai re-renvoyé et il m’a mis dans le tracklisting de la suivante. L’album ne sort qu’aujourd’hui parce que je ne suis pas le plus prolifique des compositeurs, j’ai besoin de temps, de revenir aux morceaux plusieurs fois. Si j’avais sorti l’album il y a un an, ça n’aurait pas été très convaincant.
« Lock It », l’un des extraits de « Satellites and Constellations », sonne comme de la house breakée. C’est ce que tu mixes ?
Oui, mais pas que ça. Je joue de tous les styles représentés sur l’album. Les artistes pensent souvent en terme de tempo, et donc que 120 c’est forcément de la house. Mais quand je pense funk, je pense breakbeat.
OK. Sinon, aimes-tu la France ?
Oui, j’adore votre pays. J’ai passé un peu de temps, place de Clichy. Mon meilleur ami a été commis chef au Moulin Rouge, il servait le champagne. Je connais un peu d’argot des cuisines mais je ne sais pas si ça a beaucoup à voir avec la langue française. Et puis je vendais des beignets sur une plage de la Côte d’Azur, mais ça n’a rien à voir avec mon album.
Gregory Papin
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