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Tasho est un dj rouquin fort sympatique. Agé de 23 ans, il fait partie de ces acteurs immergés dans la scène de San Francisco depuis des lustres, nous parlant des disques qu’il achetait à l’âge de quatorze ans. Panhandle a accueilli des artistes venant surtout de l’extérieur de la Bay Area, mais qui ont cette touche prétendue ‘spécifique’. En tout cas, certains sont de superbes outils : le dernier étant « Help Me ! » par Threefour soit une combinaison entre les Freaks et l’excellent Rob Mello. Il nous présente sa petite entreprise, et nous dresse un portrait de sa cité, ainsi que l’on vous le retranscrit.
Que signifie ce nom, Panhandle ?
Il y a plusieurs significations. D’abord, c’est le manche d’une poele, et la forme que prend une route qui mène au Golden Gate Bridge, donc très connue à San Francisco. Et ‘panhandling’, c’est demander des sous dans la rue, ce que beaucoup de gens font dans cette ville ! L’idée de trouver un nom comme ça nous est venue de nos amis du label Fairpark à Dallas, qui revendiquent également leur point d’origine.
Que sortez-vous sur Panhandle ?
Pas seulement des artistes originaires de San Francisco, plutôt des disques susceptibles d’être joués ici. Le son que l’on aime jouer quand on mixe. Avant que Mark Farina ne s’installe ici, la situation était différente, il y avait beaucoup plus de breakbeat progressif, avec des gens comme le Wicked crew, et nettement moins de producteurs. Personnellement, Mark a été d’une influence énorme. Depuis qu’il joue tellement ici, le son de SF est très marqué par Chicago. Rasoul aussi, qui est là depuis toujours.
Panhandle est-il un label de musique psychédélique ?
On est à fond dans les trucs jazz / soul des années 60 et 70, un son qu’on a perdu avec les CDs. Nous faisons tout ce qu’il est possible de rentrer dans la catégorie ‘house music’.
Je voulais dire, de la musique à destination des drogués ?
(étonné) Je ne dirais pas cela comme ça. La culture musicale possède définitivement cet aspect ici, et depuis bien avant la club culture. C’est devenu inhérent à la musique, partie intégrante du style.
La house aux Etats Unis, c’est de l’ordre du fantasme ?
Je pense au contraire que l’on est presque au niveau du passage underground à mainstream. Les majors sont apparemment en train de recruter des personnes spécialisées. Cela demande cependant de changer leurs méthodes de travail, et c’est cela qui prend du temps. Et puis ça marche tellement bien pour elles, pourquoi voudraient-elles changer ? En un sens c’est une bonne chose parce que ça nous permet d’exister sans qu’elles ne nous dérangent. On ne pousse pas trop, on sort nos disques dans une relative confidentialité, en s’adressant à des gens qui comprennent notre musique. Il ne faut pas oublier que les majors ont complètement détruit la disco en s’en emparant. La disco était une musique underground et sophistiquée, connectée à la vie nocturne, et ils l’ont littéralement tourné en dérision. C’est amusant de voir à quel point les Américains moyens détestent la musique électronique à cause de l’image abîmée de la disco.
Vous comptez vous cantonner à l’outil pour dj, des maxis pour le dancefloor ?
C’est ce que l’on fait maintenant, mais on veut incorporer d’autres choses. Des choses plus physiques que les chansons de Naked Music, plus à l’image de certains tracks déjantés de Chicago.
Vous êtes trois à la tête du label, et vous sortez vos disques ailleurs (Tasho sur Dufflebag, et Jonéné sur Gung, ndr). Pourquoi ?
Il faut que quelqu’un puisse exercer un contrôle de qualité avant d’envoyer la bande au pressage, et donc que ce soit quelqu’un d’extérieur à la production artistique. Mais vu qu’on est trois, ce n’est pas impossible.
Est-ce que vous recherchez des artistes ?
Oui, toujours. On vient de signer des Néerlandais, à moins qu’ils ne soient Allemands je ne me souviens plus, Swirl People. Ils ont un maxi à sortir chez nous dans peu de temps. On écoute tout ce que l’on nous envoie. Les gens n’ont qu’à rentrer en contact avec nous, c’est très facile !
Que penses-tu de la musique française ?
J’aime vraiment beaucoup les productions de Rork, Silver Network et Motorbass. J’adore Motorbass.
Vous avez un très beau site internet. C’est obligé ici ?
Oui, merci. Tu sais les gens qui travaillent à la Silicon Valley sont notre premier public, ce sont eux qui sortent en club pour se divertir. La plupart des gens de mon age sont de près ou de loin liés à l’ordinateur.
Que penses-tu du MP3 ?
Je suis absolument pour. C’est un instrument de promotion redoutable. Je crois que si tu aimes le morceau qui passe sur ton ordinateur, il y a de bonnes chances pour que tu achètes le CD entier à l’arrivée.
Où nous conseilles-tu de sortir ce soir, tard s’entend ?
Ce soir ? Nulle part. La scène club est loin d’être satisfaisante sur San Francisco. Les autorités ne donnent plus de licence de cabaret qui permettent de faire durer la soirée après deux heures. C’est comme ça depuis quatre ans. Deux clubs possèdent cette licence et le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne respectent pas le public, ni les djs. Il n’y a pas de compétition, donc ils s’en foutent. Sur un autre plan, les autorités ne savent rien de la house, le bien que cela fait au rayonnement de la ville (léger sourire amical, ndr). Alors pour répondre à ta question, il y a un bar, le ‘End Up’, qui ouvre à six heures du matin toute la journée, avec des djs qui mixent. Mais ce n’est pas tout le temps fantastique.
Gregory Papin
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