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En descendant les escaliers un peu lugubres qui mènent au Manhattan Lounge, bar qui hésite à devenir un vrai club, sis sur Market Street en plein cœur de San Francissco, on ne sait pas trop sur quoi on va tomber. Là se diffusent les sonorités limpides de l’équipe de Naked Music, et des visuels délicieux de femmes nues dessinées et projetées sur les murs. Ca ressemble à un backroom échangiste mais il s’agit en fait de la mensuelle « Scuba », qui est sur le point de démarrer pour la troisième fois. Un public majoritairement féminin – ici on joue deep & soulful, et le public apprécie – sirote déjà de la bière mexicaine au bar, dans une ambiance très décontractée. La house de SF, c’est cela et rien d’autre : ces soirées où l’on joue peut être un peu plus nuancé qu’en France (pour faire venir les gens sur la piste, le son deviendra quand même très pumpin’), dans une atmosphère aquatique savamment travaillée (les diapos, les lights, le son mais surtout les gens qui ont le sourire et le contact facile), mais rien non plus de révolutionnaire. La performance de Lisa Shaw, lead vocaliste de Naked Music, sera le highlight de la soirée (qui se terminait à deux heures !!!) conquérant la piste sans trop faire partir sa voix. Miguel Migs et Rasoul, les deux stars locales du dancefloor, étaient à Hawaii en tournée.
Lundi matin, il était temps de rencontrer le très ‘mellow’ Bruno Ybarra, véritable gestionnaire de ce label cité régulièrement comme valeur montante de l’internationale house underground. Ayant une petite aversion pour ce genre d’exercice, il nous emmène d’abord manger, prenant son temps pour nous montrer quelques vues de la ville et repousser au plus tard l’entretien.Vérification faite, en écoutant de près le beat flottant et le break two step du remix de « Sincere » de MJ Cole par Petalpusher, et quelques autres inédits, on ne vous présente pas une étoile filante. Voilà leurs arguments.
Naked Music est basé à San Francisco. Y a-t-il un son estampillé SF ?
Je répondrais qu’il y a un son house particulier ici, mais nous ne sommes pas les plus représentatifs de la scène locale. Pour moi, la house de San Francisco est dubby, psychédélique, et nous en serions la frange la plus deep. On essaye d’avoir le son Naked Music, et ce depuis qu’on a démarré il y a à peu près un an et demi. Heureusement, chaque label a plus ou moins une identité propre. Panhandle, Tweekin’, OM et Ubiquity qui doit etre le plus agé des labels sur place, Grayhound, Green Gorilla, Black Diamond. Et j’allais oublier Dubtribe qui font leur truc avec leur sound system depuis quelques années. Ca varie pas mal finalement mais je sais qu’à l’étranger c’est perçu comme un mouvement en soi, comme si tout se ressemblait.
Les artistes de Naked viennent d’ailleurs pour certains de New York.
Oui, le label a été fondé à New York, par Jay Denes et Dave Boonshoft il y a cinq ans. Dave s’occupe de tous les aspects juridiques et de la gestion. En parallèle Jay sortait des disques de deep house à New York sur Wave, Azuli ou Strictly Rythm et d’autres labels, et serait notre homme de studio en quelque sorte. Je m’occupais de la direction artistique chez OM records, où j’ai fait entre autre les compilations OM lounge, les projets avec Mark Farina. Avant cela, j’étais dj depuis quinze ans. Et Lisa Shaw, notre première signature en développement, est également new yorkaise.
Comment définirais-tu vos objectifs ?
Devenir le label de musique urbaine le plus sexy du monde ! Le style importe peu, on fait beaucoup de downtempo, du garage, des vocaux et des arrangements soulful. Pou les maxis, nos disques sont plutôt au tempo et au format de la house, mais nos compilations sont transversales, et nous permettent d’établir les paramètres du spectre de Naked Music qui n’est pas non plus illimité, et présenter des artistes européens de qualité inconnus aux USA. Je pense que les gens commencent à avoir une idée de ce qu’ils peuvent trouver su Naked, en tout cas dans notre pays. L’album de Lisa prévu pour la fin de l’année sera r n b, mais ça n’a rien de choquant.
Peut-on dire que vous essayez de faire une autre forme de garage que celle traditionnellement à New York ?
Oui, je suis d’accord mais il faut nuancer parce que nous ne sommes pas les seuls sur le coup. Le genre grosse diva qui montre jusqu’où elle peut crier, ce n’est pas trop notre truc. Et je crois que c’est ce qui dérange les amateurs de house qui sont gênés par les voix, sauf par les morceaux vocaux que l’on sort. Notre style, ce serait plutôt Sade qui fait de la house, pour trouver une formule explicite.
Vous avez également comme signe particulier ces pochettes très aguicheuses.
C’est important d’avoir une signature graphique comme une empreinte musicale. On a de la chance d’avoir trouvé Stuart Patterson l’auteur des dessins, qui a parfaitement su retranscrire notre vibe. Je suis heureux que ces dessins recueillent un tel engouement. En plus c’est un bon coup marketing : les gens attendent les nouvelles sorties les découvrent de loin sur les étagères.
Faisons un peu de promo. Quels sont vos projets pour cette année ?
On a deux maxis en route : « True Love » d’Aquanote et un peu après, celui de Petalpusher, « Take Me To Paradise ». Et des albums, par Lisa Shaw, Lovetronic, Blue Six et Petalpusher, qu’on sortira certainement d’ici la fin de l’année. On essaye de garder les artistes en développement, de leur proposer un bon suivi. Enfin, nos séries de compilations qui marchent vraiment bien.La première était une compilation de house plus grand public, « Nude Dimensions », avec certains titres de notre catalogue. « Midnight Snack » est plus dédiée à de la musique douce pour afters tranquilles, et deux nouvelles : « Bare Essentials » qui rassemblera les maxis, toutes les huit références vyniles, et « Carte Blanche » dans un registre electro soul.
On peut être surpris que vous n’ayez pas signé de licence sur une major pour vos compilations CD.
A qui le dis-tu ! Ce serait fantastique d’être pris en licence. On a fait des remixes pour des majors, dont un de Miguel pour Warner France, et celui de MJ Cole que je te faisais écouter plus tôt ; Pour le moins ça marche très bien pour nous à l’échelle underground donc on est pas pressé, et je en pense pas que ça se fera dans le futur proche. On a pas de contact avec l’industrie du disque américaine.
Penses-tu que les majors américaines s’intéressent à la musique électronique ?
Les gens connaissent la club culture. Ils entendent de la musique électronique dans les magasins de fringues, partout dans le pays. Les majors contrôlent les radios ‘corporate’ (les gros réseaux, ndr), et ils ne voient que deux styles prédominants : le hip hop et la country. Ce qui est vraiment grave, c’est que je caricature à peine. La grande majorité des Américains ne connaissent même pas l’existence d’une scène électronique, qui plus est dans leur propre pays. Personne en connaît Kerri Chandler, les Masters At Work. Même si ça commence à s’organiser, ça reste le début. Et ce sont plutôt des artistes européens qui finissent par sortir ici en licence.
Je reviens à la scène de SF. On a l’impression depuis Paris que San Francisco a un peu repris le relais après que Chicago ait connu une sévère baisse de régime. Que penses-tu de ces considérations historiques ?
C’est vrai que suite à des problèmes de contrat, les gros labels de Chicago ont fermé leurs portes, mais je ne pense pas que la scène se soit déplacée. Mark Farina est venu s’installer ici, mais c’est à peu près le seul. De toute façon je crois que la scène chicagoane repart sur de bons rails avec de nouveaux labels et toujours d’excellents producteurs. Mais je tiens à rappeler que des gens comme Miguel ou Rasoul étaient djs depuis dix ans, et implantés depuis le début à SF. Les choses se sont fait naturellement. Il n’y avait pas de label dans la Bay Area à l’époque, rien que des djs.
Et Dubtribe Sound System, avec leurs free parties dans le désert, ont-ils eu une influence déterminante ?
Et bien ils faisaient des raves sur la plage, avec une sorte de dialogue musical très ouvert. Ils font moins de choses récemment, mais c’est vrai que ça a contribué à créer la vibe de SF.
Gregory Papin
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