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Jeune personnage animé des meilleures intentions musicales immigré de Bristol à Londres, Fink est le nouvel espoir de N-Tone, division expérimentale de l’intrépide label Ninja Tune, qui débarque avec son captivant premier album «Freshly Produce» tout droit tiré des hautes régions de son cerveau vivace et imprévisible. A l’occasion d’une mémorable soirée dédiée à nos intrépides Ninjas (parmi lesquels la ténébreuse Neotropic, le joyeux duo hip-hop Dynamic Syncopation et last but not least celui qu’on peut aisément qualifier de «Jaco Pastorius de l’électronique moderne» le funkissime Clifford Gilberto) dans l’antre pleine et surchauffée du Batofar, ses deux sets imaginatifs glissant de l’ambient au hip-hop résument l’esprit faussement nonchalant de ce «brain dancer» en herbe. Voyage au pays merveilleux de ce «funkologue finkocentriste».
Comment t’es-tu investit dans la musique ?
Très jeune déjà j’étais dj dans ma chambre même si je ne me produis en club que depuis trois ans seulement. A l’époque j’étais passionné par la bleep techno anglaise d’artistes comme LFO sur des labels tels que Warp et Networks ainsi que par le happy hardcore que j’écoutais en rave. Je vivais des expériences tellement intenses que j’achetais les morceaux que j’avais entendu afin de me les remémorer. Parallèlement, au cours de mon adolescence à Bristol, je jouais de la guitare dans plusieurs formations jazz-funk mais ça ne m’excitait pas autant que de produire ma musique électroniques à l’aide de mes propres machines. Puis j’ai été à fond dans l’ambient de gens comme The Orb et Future Sound Of London. J’étais fasciné par leur façon de jouer sur les reverbs, les effets sonores …
Tu sembles aussi influencé par les techniques de mix du dub ?
C’est vrai, même si je ne l’ai vraiment découvert que plus tard en m’installant à Londres.
Et le jazz ?
C’est également une de mes influences déterminantes grâce à ma grand-mère qui est une pianiste incroyable. C’est un de ses disques d’Oscar Peterson qui m’a fait prendre conscience de la liberté sans bornes de la création musicale. D’ailleurs, à l’avenir, j’aimerais bien faire un album de jazz dans l’esprit de mon collègue ninja Jason swinscoe et son Cinematic Orchestra.
As-tu des relations avec d’autres artistes du posse Ninja Tune ? Auriez-vous des nouveaux projets de collaborations ou de remixes les uns avec les autres ?
Non pas encore car je suis trop jeune pour l’heure. Je dois encore faire mes preuves au sein de Ninja pour leur prouver que je mérite la confiance qu’ils m’ont porté. Faire cette tournée me permet d’observer leur travail et d’affirmer mon rôle au sein de l’équipe. En ce qui concerne les remixes, j’évite d’en faire trop souvent même si j’ai aimé faire ceux du compositeur néo-classique japonais Ruishi Sakamoto, de Franck’s Chicken , un obscur groupe rock psychédélique des 70’s et même celui du combo pop Bran Van 3000 « Drinking In L.A » ( que j’ai fait pour le blé). Mais en fin de compte ça m’a appris que je ne devrais pas faire de remixes à moins de kiffer particulièrement l’original.
Coldcut et tous les autres ninjas ne cessent d’innover en explorant de nouveaux modes d’expression artistiques notamment avec leur concept de mix en direct entre éléments visuels et sonores …
Ils ont vraiment une vision novatrice qui participe à de nouvelles fusions entres les styles, les cultures et les disciplines. De même , tous les artistes de Ninja Tune s’impliquent dans ces nouveaux terrains de création à l’image de Neotropic qui présente un film sur lequel elle mixe sa musique simultanément ou de Strictly Kev de Dj Food qui dessine les logos de nos pochettes. J’ai moi même quelques idées dans ces domaines…
Ton style se rapproche aussi beaucoup du nu-jazz programmé d’Hefner (sur le label Inertia) qui a remixé le premier single de ton album « Ever Since I Was A Kid It Seems I Collected Something » …
C’est un ami. On jouait dans un groupe ensemble à l’Université de Leeds. Il m’a appris à utiliser l’électronique en sorte de façonner mon propre univers sonore. D’ailleurs le premier morceau que j’ai sortit sur Ninja Tune était un truc jungle co-produit par Hefner sous le pseudonyme d’E.V.A. Par la suite il était prévu qu’on sorte un album d’E.V.A sur Ninja Tune tous les deux mais ç’était au moment où il a signé sur Inertia et où j’ai signé sur N-Tone ce qui, en fin de compte, était parfais puisqu’on s’est rendu compte à cette même période que nos deux styles s’écartaient de plus en plus. Il valait donc mieux voler de nos propres ailes ce qui nous a été finalement profitable. C’est un instrumentiste et un producteur très talentueux, j’ai entendu quelques tracks de son futur album qui sont exceptionnels !
Tout comme Hefner ou aussi Alex attias et Carl Craig (dont le titre « Bug In The Bass Bin » est la référence absolue), tes breaks sonnent comme des batteries de jazz live alors qu’elles résultent en fait de minutieuses programmations …
C’est vrai, je n’utilise que des samples mais à terme mon ambition est de monter un projet live. J’apprend considérablement actuellement à ce sujet des performances de Clifford Gilberto. Il joue seul de la guitare basse en s’accompagnant de son sampler et le résultat est hallucinant !Quand bien même ça ne constitue pas littéralement un vrai concert 100% live, il est là sur scène en train de le faire et il est aussi vivant qu’il est possible de l’être. J’aimerais pour ma part engager des musiciens et des vocalistes mais je n’en connaît pas suffisamment pour l’instant et il me faudrait de toute façon plus de contrôle dont je ne dispose pas actuellement.
N’aspires-tu pas parfois à produire des sons « pêchus » et plus orientés breakbeats comme ceux que tu joues en club ? Qu’objecterais-tu à ceux qui reprochent à ta musique d’être trop léthargique ?
Je suis définitivement du genre « chill out » (relax) ce qui se reflète dans mon style que je définirais comme une sorte de « loungecore » ou de « brain dance ». J’apprécie le drum and bass et les autres formes de breakbeat mais je n ‘éprouves pas personnellement la motivation suffisante pour en faire en ce moment même si j’en ai fait précédemment, mais si ça me revient je n’hésiterais pas.
A l’opposé, concevrais-tu de produire de la musique ambient sans rythmes établis ?
Pas vraiment. Il y a tellement de génies comme Brian Eno ou KLF qui l’ont si bien fait auparavant que je ne peux rêver réaliser quelque chose d’aussi bien et je ne ferais en fin de compte que les copier. J’ai encore du chemin à faire si je veux espérer égaler un album séminal tel que « Chill Out » de KLF…
Irie
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