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Virginie Beaury est Eva Gardner. Jeune femme presente dans le music business depuis quelques annees, d’abord dans le camp peu glorieux de la promotion (/ pollution ?) chez Happy Music, ensuite derriere les platines, elle sort sa deuxieme compilation (non mixee) chez Infracom, apres un premier volume chez Universal, “Aphrodisiac 2”, sous titree house sensualities, et plutot bien ficelee. Wsound a donc fait son travail d’investigation, en obtenant tres aisement un entretien (ainsi qu’un mix pour la semaine prochaine).
Parles nous, dans la mesure du possible, de tes déboires avec Universal ?
L’histoire est simple. J’ai sorti le premier volume d’ « Aphrodisiac » chez eux, et je suis partie avec le concept de la compilation sur laquelle j’avais entièrement travaillé. J’ai déposé le nom. Au moment où je sors la suite chez Infracom, ils sortent « Paradisiac », une compilation qui lui ressemble. Je ne l’ai pas écouté et je n’ai pas pu voir le tracklisting exact (depuis cette interview la compil est sortie, ndr), mais ils ont approché des gens présents sur le premier volume. Je suis sure qu’il n’y aura pas de titres en commun sur les deux compils. Simplement ils l’utiliseront pour vendre la leur. J’ai fait le travail de défrichage sur la première, eux n’ont pas beaucoup appuyé la promotion, et on en a vendu quand même près de douze mille, j’en étais d’ailleurs la première surprise. C’est la preuve que le néophyte de base peut être séduit par des sons pointus. J’avais déjà entendu que les majors étaient pourries et sans scrupule, mais je ne savais pas à quel point !
Pourquoi ce désaccord à la base ?
Parce qu’il y a eu de vraies lacunes, tant dans le suivi promo que pour reverser l’argent aux artistes.
Tu n’étais pas contente de la pochette ?
Ils l’ont choisi sans me demander mon avis et je précise que ce n’est pas moi dessus. Mais je suis heureuse si des gens ont acheté le disque pour la pochette et découvert la musique par la même occasion.
Et comment s’est passé la rencontre avec les gens d’Infracom ?
Je suis en contact avec eux depuis un bon moment déjà par rapport à mon activité de djette. Si j’avais voulu je serai allée chez Sony Music, mais j’avais envie de revenir à l’underground, de travailler avec des gens sincères et passionnés par la musique. C’est un petit label qui n’a pas de prétention, mais qui peut être une bonne carte de visite. Je me donne un an pour jouer au Japon.
Comment définirais-tu ton style ?
House avec des trucs ternaires. Je ne suis pas strictement broken beats, je pense qu’on ne m’invitera pas à faire Root Down (le club de Rainer Truby à Fribourg, ndr).
Et comment en es-tu arrivé là ?
J’aimais beaucoup les trucs acid jazz de Talkin Loud au début et j’allais écouter DJ Spider à Lyon. Je ne suis pas parisienne, je dois le signaler. Alors j’écoutais Couleur 3.
Et cette « Aphrodisiac 2 » que nous réserve-t-elle ?
Elle a beaucoup moins l’étiquette lounge que la première, elle est plus variée. Il y a quatre morceaux soft : Minus 8 qui prépare un album sur JCR, très jazz, Jimpster avec une reprise du « Maiden Voyage » d’Herbie Hancock, une ballade soul de Valerie Etienne et le Peuple de l’Herbe, un morceau hip hop instru français assez drole. Ensuite il y a des inclassables comme I Cube remixé par King Britt, un track spoken word de Next Evidence, Oscar qui a fait un truc afro exclusif de neuf minutes, et de la house avec un track de house très féminine de Bougie Soliterre, et un truc jazz dancefloor qui fait bander toute la hype londonienne, par Forum, qui est l’un des membres de Jazzanova. C’est l’un des quatre inédits. La compilation ne sera pas mixée, elle pourra ainsi servir d’outil radio. Je suis plutôt du genre à vouloir partager la musique. J’ai horreur de ces djs qui essaient de garder le truc pour eux.
Où trouves-tu tes disques (ailleurs qu’à Paris s’entend) ?
A Londres surtout. J’aime beaucoup Atlas records pour les trucs electro bossa, Vinyl Junkie pour la house et un autre qui s’appelle Release The Groove pour les trucs plus jazz. Ils sont tous à Soho.
Eva, tu es ouverte d’esprit mais pourquoi n’as-tu pas mis de two step garage sur ta compilation ?
En l’occurrence, je voulais mettre un bootleg de Groove Chronicles, mais il n’y avait pas moyen faute de savoir à qui payer les droits. J’aime beaucoup MJ Cole, mais je n’aime plus du tout quand c’est trop commercial, avec trop de toast.
Tu as fait un passage par Happy Music (département de Sony grand pourvoyeur de dance music mainstream, ndr). Que retiens-tu de cette expérience ?
Je faisais la promo presse / radio / télé. Les boites de télé, c’est pas la peine, c’est pourri jusqu’à l’os et ce n’est que du copinage. J’ai pris le meilleur chez eux, le fait de pouvoir rencontrer Steve ‘Silk’ Hurley, Kerri Chandler, Mood II Swing, les Kings Of Tomorrow, dans les grands salons comme la Winter Music Conference, Rimini ou au Midem. Quand j’allais dans les soirées, je notais le tracklisting. Mais les patrons ne tiltaient pas sur ce genre de musique.
Penses-tu que c’est de là que vient ton gout pour la promotion ?
Ouais, faut pas avoir peur d’y aller. C’est pareil dans l’underground ou chez les majors, faut se faire connaître, montrer que tu es présent. Personne ne le fera pour toi.
Gregory Papin
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