|
|
|
Il aura suffi d’un tube hédoniste, le fameux « Voodoo Ray », pour faire de Gerald Simpson une petite legende dans l’histoire de la dance music. « Black Secret Technology » en 1995 – que certains considèrent encore à ce jour comme le premier album drum and bass - vint consolider ce statut. Puis on fut quasiment sans nouvelles de ce personnage doué et débonnaire. Ayant fuit la folie d’une vie dissolue à Manchester, il s’installe à New-York vers 1997 et pose les fondations de ce nouvel opus sur qui nous parvient enfin via le label Studio K7. A l’heure de la jungle tout électronique, A Guy Called Gerald a debauche des chanteuses (dont la delicate Louise Rhodes de Lamb et la delicieuse Lady Miss Kier, ex- egerie de Dee Lite) et tend maintenant vers l’organique…de l’existence procède « Essence ».
Ta consécration mondiale est venue du tube « Voodoo Ray ». Que signifiait ce titre ?
J’ai voulu transmettre une énergie positive, comme une sorte de rayon solaire, d’onde positive à même d’élever l’esprit et le corps de ceux qui l’écoutent. Les gens ont souvent tendance à croire que le vaudou est quelque chose de malsain alors que c’est tout le contraire. Cela vient simplement du pouvoir fondamental du rythme sur le bien être de l’homme.
La période du « summer of love » semble avoir beaucoup marqué les esprits en Angleterre. Personnellement, a-t-elle été la révolution sonore et culturelle qu’on mystifie tant à présent ?
C’était une période exaltante mais l’influence capitale qui m’a ouvert les yeux sur l’électronique était antérieure, par les parrains de la techno de Detroit, Juan Atkins, Derrik May et Kevin Saunderson. Avant cela je m’intéressais déjà aux musiques alternatives comme le hip-hop (j’ai d’ailleurs fait des trucs dans ce domaine avec MC Tunes à Manchester) et l’electro-funk. Depuis ma plus tendre enfance j’ai toujours été fasciné par les synthétiseurs mais c’est vraiment grâce à eux que je me suis investit dans ce processus musical. C’était magique et tellement plus facile que les instruments traditionnels.
Cette aisance n’est elle pas paradoxale dans le sens où elle multiplie les possibilités mais aussi les choix qui en découlent ?
C'est juste. En fonction de cela le rôle du producteur est de trouver une certaine balance entre sa propre touche et cet espèce d’inconscient collectif des machines.
Quel fut ton parcours de la techno à l’acid house ?
Je présume que c’est venu par la force des choses. J’ai acheté une 303 et commencé à délirer avec, avant que personne ne sache ce que c’était. Je vivais à Manchester mais ce fut bien avant que je rencontre les gars d’808 State et tout cette effervescence qui a suivi.
Es-tu toujours lié avec eux ?
Plus vraiment. Je n’ai aucune nouvelle d’eux depuis que j’ai déménagé à New-York et eux à Londres.
Qu’es tu donc devenu entre 1995, date de la sortie de « Black Secret Technology » et la sortie actuelle de ce nouvel album « Essence » ?
J’ai fait pas mal de remixes à cette époque tout en prenant du recul par rapport à cette vie de fou que je vivais alors. De plus, le fait de partir m’a permis de me retrouver.
Qu’est il advenu de ton label Juice Box ?
J’ai du m’en débarrassé car je voulais en faire un lieu d’ouverture et d’expérimentation entre divers styles, mais le type à qui j’ai confié le label a voulu que ça devienne une major à la solde du marché ce qui ne m’a pas convenu. J’ai donc bougé loin de tout ça et entamé le travail sur cet album. J’ai totalement pris mon temps en allant chercher des musiciens susceptibles de s’intégrer dans cette nouvelle démarche plus organique dans laquelle j’ai voulu m’inscrire.
On reproche souvent au drum and bass son conformisme qui génère une absence de créativité. Toi qui t’es toujours situé en marge, confirmes-tu cette thèse ?
Je crois surtout que la scène drum and bass en est encore au stade où elle manque de figures pour la représenter.
Est-ce la raison pour laquelle tu as voulu produire des chansons sur « Essence », dont celle par Louise de Lamb (groupe que tu remixais déjà en 1995) ?
Totalement. C’était aussi dans la perspective de monter un live. Pour l’instant il n’y a que moi, mes boites à rythmes, mes claviers et les différents vocalistes. Mais j’ai l’intention d’introduire d’autres instruments par la suite dont une batterie, une basse, et parfois une guitare électrique. Dès 1995 j’ai eu le désir de changer de méthode, de me détourner du pur sampling. C’est devenu d’autant plus évident quand j’ai déménagé à New-York où j’ai rencontré plein de gens et de façons nouvelles de concevoir la musique.
Une autre chanteuse de charme présente sur « Essence » est Lady Miss Kier (ex-Deelite) qui s’est depuis installée à Londres après avoir succombé à l’appel de la jungle.
On est de vieux amis. Peu de gens le savent mais elle est non seulement irrésistible en tant que personne et chanteuse mais aussi comme productrice. J’ai participé à un track de son album. Elle travaille dessus depuis plus de deux ans avec du beau monde comme Johnny L et Aquasky. Elle en est encore au stade où j’était l’année dernière, en train d’assembler les parties du puzzle mais elle a de très bons morceaux et je peux te certifier que ça va mettre une grosse claque à tout le monde ! J’ai également une nouvelle chanteuse de New-York, Heather, qui n’est pas sur « Essence » mais apparaît sur la tournée. J’ai de nouveaux projets sur le feu avec elle…
As-tu déjà songé aux remixes des titres d’ « Essence » ?
Oui, j’envisages de contacter des anglais comme Klute (du label Certificate 18) et je suis curieux de voir ce qu’ils peuvent y amener.
Tu joue des sets freestyle. Considères-tu que le fait de mixer du drum and bass avec d’autres breakbeats plus souples est une des façons de l’enrichir ?
A fond. Depuis toujours je fais en sorte d’alterner plein de combinaisons rythmiques afin de voyager à travers le mix. Je passe un peu de techno dans laquelle j’incorpore beaucoup d’éléments percussifs de toutes sortes comme de la samba. Je parcours le monde en m’imprégnant de nouvelles sonorités que j’essaye ensuite de transformer complètement à ma manière. Mon style t’emmène dans un trip. Ca peut commencer très tranquillement comme un truc bossa nova pour embrayer après à la vitesse supérieure. J’aime le changement dans et à travers toute chose. C’est pourquoi j’ai formé un groupe, afin de tendre progressivement vers l’improvisation dans un feeling jazz.
Irie
|