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    Nathan Haines


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Envie de poser des questions aux artistes que nous interviewons ? Envoyez-nous vos questions par email et nous les leur poserons pour vous. Les prochains rendez vous sont fixés a San Fransisco avec Gemini et Mark Farina, ainsi que les patrons des labels Naked Music et Ubiquity.
 
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Sorry, your browser doesn't support Java.  Phil Asher
 
"Restless Soul signifie une âme qui ne trouve aucun repos, qui aspire au mouvement"
   

Anti-conformiste dans l’âme, Phil Asher est un barbu de 34 ans peu enclin aux interviews et autres explications. D’un naturel instinctif, dispersé et sarcastique, grand consommateur de weed et de musiques et par conséquent très cultivé, directeur artistique des huit volumes de la série « Jazz InThe House » et du label Laws Of Motion (littéralement les lois du mouvement : tout un programme), nous l’avons croisé parmi ses compagnons (Duke Luke Mc Carthy et Julian Bendall) dans un petit studio à deux cent mètres des locaux de Goya Music, le distributeur affilié de West London. Sous les pseudonymes de Electric Soul ou Restless Soul il défend l’ardeur du beat et les grooves charnels, sa touche personnelle, une ‘tight production’ comme on dit là bas, et c’est avec les enceintes inondant la pièce d’un pied élastique (le squelette de son premier maxi sur Classic records a priori) qu’il nous a reçu. Ainsi qu’on vous le rapporte.
 
Ta première passion pour la musique est pour la house ?
J’aime tous les styles, mais ma première passion serait vraiment pour la soul.

Ta musique est assez étrange finalement.
Tu dis quoi de ma musique ? Disons que j’essaye de déguiser le 4 / 4. IG Culture a son style, Neonphusion a son style et j’ai le mien. J’adore la house, la dance music, j’essaye d’incorporer des choses d’autres musiques dans la house. Quand je fais un track, surtout si c’est un track vocal, je vais tenter de faire des trucs nouveaux avec les rythmiques. Incorporer étant le mot clef de cette phrase. Je ne fais pas des morceaux latins ou brésiliens traditionnels, je fais ce que je sais faire en me nourrissant d’autres éléments, pour le faire évoluer.

Tu produis en invitant souvent des musiciens, et parfois les rythmiques s’estompent. Etant donné que tu es le dj, que te reste-t-il à faire ?
Le rythme reste un élément de repère pour les musiciens, la marque de chaque temps. Au-delà du rythme, il y a la musique entière, et il faut guider les musiciens soit en écrivant avec eux la mélodie, soit en leur demandant de jouer un truc spécifique, ça dépend. Je les laisse faire les solos. Il n’y a rein de mieux qu’un musicien. Mon boulot est vraiment d’arranger ensuite les parties, de faire une structure solide avec les éléments éparpillés. J’aime que mes morceaux sonnent comme des chansons. Ce rôle d’arrangeur est essentiel. On appellait le jazz ‘noodle music’ parcequ’il y a des arrangements intrinsèques tellement complexes que si tu n’es pas assez dedans, tu ne peux pas faire la différence entre un morceau fini et des musiciens qui s’entrainent. Je considère notre musique comme de la ‘noodle music’.

Penses-tu que ta musique soit très londonienne ?
Non, bullshit ! La musique vient de partout à travers le monde. En fait selon l’endroit où tu te trouves tu seras plus concerné par un certain style. Les Brésiliens aiment la musique brésilienne, mais ils peuvent aussi écouter du hip hop et de la house, rien ne les en empêchent. Cette histoire de West London est un truc bidon de la presse anglaise. C’est naturel : si tu es plombier, tu prends ton café le matin avec d’autres plombiers. On est tous ensemble. On forme une petite famille. On traine en studio ensemble, on sort en club ensemble, on s’entraide. C’est comme dans la série ‘Friends’ (rires). Mais lorsque les aliens vont débarquer, ils ne se diront pas : tiens on va à West London ou : non on va en Allemagne, ils verront que c’est de la musique partout.

Mais peut être que votre quartier a des influences spéciales ?
Dans ce quartier tu es confronté à tellement de couleurs, de gens différents. Depuis que je suis petit j’écoutes des musiques très variées. Mais comme Rio de Janeiro ou Berlin. Et du coup t’apprends vite à reconnaître les bons des mauvais djs ! C’est sur que si tu vis dans un endroit où il y a plein de trainspotters et tu viens mettre de la trance, tu vas te retrouver dehors. J’aime jouer des disques qui ont une signification pour moi, qui veulent dire quelque chose.

Est ce que tu t’es plu à la TGV ?
C’était bien. Je préfère les endroits plus intimistes mais Gregory est un excellent dj et il a très bien amené le truc, soulful house !

Y a-t-il beaucoup à faire encore avec le 4 / 4 ?
Il y a tellement de rythmes dans le monde. A part le 6 / 8, ou le 5 / 4, ah non c’est possible le 5 / 4, enfin plein de rythmes peuvent être incorporer au 4 / 4. C’est comme le battement de cœur, le rythme le plus simple à comprendre.

Tu cherches à signer tes morceaux, à être immédiatement reconnaissable ?
Non, Restless Soul signifie une âme qui ne trouve aucun repos, qui aspire au mouvement. On peut signer à plusieurs Restless Soul. Ce n’est pas un club fermé : si Mike reçoit une demo d’où qu’elle vienne il va l’écouter ou la jeter à la poubelle si c’est pas bien, mais ça reste ouvert. Mark (un clavier qui se trouve là, ndr) ici est de Nouvelle Zélande, de l’ouest de la Nouvelle Zélande ! Alex Attias a été adopté par West London. On est vraiment qu’une bande de potes. Maintenant si on peut faire du fric en appelant ça West London, c’est tant mieux ! (rires dans la salle)

C’est marrant que tu te plaignes de la médiatisation parce qu’en France presque personne ne vous connait !
T’inquiètes pas. Je suis sur qu’il y a même des gars de North London qui ne nous connaissent pas. La France nous recevra dans deux ans. En France vous êtes bons en design.

En nourriture.
C’est la même nourriture, c’est la cuisson qui change.

Revenons au deejaying. Tu te sers de ton expérience dans la production ?
Non je ne le fais que pour l’argent ! Allez j’arrête de rigoler. Le deejaying est avant tout un vrai plaisir, ça doit me servir, mais surtout pour tester les morceaux. Et puis regarder les gens danser, j’aime beaucoup !

Tu mixes des broken beats avec de la house ?
Oui, un peu. Très peu. En fait j’en joue si je veux voir la couleur de la piste ! Dans les clubs house, il faut surtout jouer house. Mais si je joue dans un club plus alternatif, je jouerai des classiques, que je ne mixerai pas, de la house, que je mixerai, du hip hop que je mixerai, et des morceaux de mes amis.

Es-tu à la recherche de nouvelles sources sonores ?
Nous l’avons toujours fait : sampler des sons de portes, de télévision, de minidiscs, de DATs, de n’importe où. Tout à l’heure nous avons utiliser un feedback qui venait de la table de mixage.

Est-ce important pour toi d’être un bon technicien ?
Oui dans le sens où ça te donne la possibilité d’écrire tes propres rythmes ou de créer un son si tu en as envie. Il en faut un peu, et ensuite c’est de l’imagination. Si AKAI n’avait pas existé, je suppose que j’aurai pas fait de musique. Et je fais mes rythmiques sur les drum box, comme Kenny Dope. Dans la tonalité. Et la dope aide.

Tu fumes beaucoup en studio ?
Oui, et n’importe où.

Tu es un activiste de la scène house londonienne depuis dix ans mais tu gardes un profil bas. Pourquoi ?
Tu trouves ? J’aimerai bien être Gilles Peterson mais sans avoir à répondre au téléphone toutes les vingt secondes et voyager tous les soirs. Ma femme attend un bébé et ce que je veux surtout c’est devenir un label manager sérieux et me débarrasser de ces structures branlantes comme Laws Of Motion, People (la rigolade est repartie, ndr). Non je vais continuer et si je m’ennuie je redeviendrais mécanicien, mon boulot d’avant.

Apprécies-tu le two step garage ?
Le two step est une version carrée du broken beat, qui est plus chaud et organique. Rythmiquement c’est très similaire. Maintenant ce qu’ils racontent ça me laisse indifférent mais je leur reconnais le courage de faire de vraies chansons et d’être dans les charts, ce que la house a toujours eu du mal à faire. Des chansons dans les clubs, l’idée me plait. Je vois bien D’Angelo se faire remixer two step, ce serait presque du broken beat. Le problème avec eux, c’est les vocaux pop. Notre musique est trop sophistiquée pour les charts, la façon d’arranger les vocaux pas assez simple. Et n’oublions pas que le two step n’est pas l’agression que représente le big beat, qui est vraiment horrible.

Tes morceaux sont en général très longs, ça t’inspire une remarque ?
J’aime raconter des histoires, avec un début, un milieu et une fin. Même si ces derniers temps on a tendance à faire des trucs plus directs.

Justement sur quoi travaillez vous là ?
Sur un maxi pour Classic. Ca va s’appeler « Woolph » avec un ‘p’ et un ‘h’. C’est de retour de la Winter Music Conference à Miami, j’étais très énervé par des trucs là bas. Et à venir on a la production d’un album pour Nathan Haines de Chili Funk, un remix de Lisa Shaw pour Naked Music, et plein d’autres choses que j’ai oublié.

Gregory Papin


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