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DJ Rork exerce à Paris depuis 7 ans, dans un registre house plutôt organique et de bon goût. Comme la plupart des djs de sa génération, il enregistre des tracks pour Serial, dont le troisième compilation sort sous peu. Mais là où tous les autres fabriquent de la musique du samedi soir, orientée dancefloor, Rork et son house band Soldiers Of Twilight, sans renier cette facette, s’inscrivent plus dans une recherche plus aboutie de musicalité. Leurs quelques morceaux dont le dernier maxi « Take U There », fortement imprégnés de soul et de funk, et de plus en plus raffinés, qui annoncent un album réjouissant. Rork nous raconte tout ça ici et maintenant.
Peux-tu décrire le rôle de chacun des intervenants de Soldiers Of Twilight ?
Lady Bird est auteur / interprète franco australienne. C’est une chanteuse soul à la base, que j’ai rencontré à la fête de la musique il y a deux ans. Je jouais dans la rue, elle passait par là, elle est venue me dire qu’elle détestait la house mais qu’elle aimait bien ce que je faisais. On a discuté, puis audition, puis connexion. Demon Ritchie est multimusicien (claviers, sax). Il a composé pas mal de tracks en solo ou avec d’autres djs sur Serial, il signe également des maxis sur Vitamine. Dans la répartition du boulot entre nous deux, il serait plus amené à faire les mélodies, les solos, et moi l’aspect arrangement / construction, la programmation rythmique ou la recherche de samples par exemple.
On peut dire qu’il y a, en plus du traditionnel garage new yorkais, une autre forme de house vocale. Dans laquelle dirais-tu que vous vous situez ?
Ouais l’autre j’appellerai ça deep house vocale, plus soul. A New York, c’est soul mais les nanas viennent toutes du gospel, ce qui change pas mal les choses. Lady Bird a vraiment ce background soul. Et au niveau de la bande son, ce serait plus jazz soul que disco funky parisien, qu’on ne s’y méprenne pas.
As-tu le sentiment que la provenance d’un disque de musique électronique ait encore une signification ?
J’ai pas cette impression là effectivement. Mes influences, c’est un peu de Chicago, un peu de San Fransisco, un peu de house anglaise aussi.
Les paroles de vos chansons sont elles écrites par rapport au dancefloor ?
Pas vraiment. Mis à part le dernier, « Take U There », et encore. « I Wanna See You Come Down » (le hit de la précédente compil, ndr) c’était ça mais ce n’était pas Soldiers Of Twilight, c’était moi avec Minos Alexander. Ce morceau m’est venu en marchant dans la rue, je l’avais dans la tête. Mais quand tu écoutes « Mainstreet » de S.O.T., c’est des lyrics poétiques qui visent plus ou moins le public du dancefloor sur un tempo funk lent, à 120 bpm. « Take U There » n’est pas trop le style de Lady Bird, on a essayé de faire un truc plus dancefloor que d’habitude, mi parlé mi chanté, mais ce n’est pas notre but.
Vous avez un projet d’album ?
Oui, mais c’est pas pour tout de suite.
On a pu vous voir en live mix + chanteuse + claviers ou sax. Vous improvisez ?
Oui. Lady Bird ne sait pas ce que je vais jouer, on se cale sans trop de problèmes. Ca devient de plus en plus intuitif. Demon vient apporter une touche de clavier ou de sax de temps en temps. On aimerait joue nos propres morceaux en live plus tard.
Serial est un label dédié aux house tracks. Vous jouez la différence, non ?
On est un mélange entre le côté structures dj et la musique que tu peux écouter chez toi avec ta copine. Personnellement je préfère écouter des versions longues, qui te laissent le temps de rentrer dans le morceau, qu’un résumé edit. Je crois que je n’aurais jamais kiffé le jazz si les morceaux avaient duré trois minutes quarante.
Tu as une dent contre les edits ?
Sincèrement je pense pas que le format edit soit approprié à notre musique, d’ailleurs ceux qui s’y sont essayé se sont souvent plantés. Peut être que pour passer en radio on sera obligé de le faire, mais je crois que ça dénaturerait un peu le truc. Plus la musique va se commercialiser, plus il y en aura. C’est l’une des rasions pour lesquelles j’aimerai que la musique électronique trouve un public plus large qu’actuellement, mais qui ne soit pas les mass medias.
Est ce que c’est une démarche carriériste que de passer de dj à producteur ?
Non c’est juste une envie logique dans mon parcours. Je mixait depuis 4 / 5 ans quand je suis passé à la production, et beaucoup plus pour ma satisfaction personnelle que pour mon compte en banque. On essaye de faire des choses abouties, alors que c’est ultra simple de faire une boucle filtrée. Techniquement, c’est bidon.
Serais-tu intéressé par un poste de directeur artistique dans une maison de disque ?
D’un petit label, ce serait plaisant. Mais en major, avec un chef de produit qui connaît mieux le circuit Auchan que la musique elle-même, ça me paraît impossible.
Ecoutes-tu d’autres styles de musique électronique ?
J’écoutais beaucoup d’ambient avant la vague trip hop. Et des trucs comme Massive Attack, Jazzanova, Compost. Et aussi Laurie Anderson, une chanteuse soul qui a vachement fait avancer la musique dans les années 70, Tangerine Dream, Giorgio Moroder bien sur. Il y en a d’autres. Globalement un mélange musique noire musique blanche.
As-tu quelque chose à ajouter ?
Oui. J’aimerai dire que la musique électronique n’est heureusement pas que de la musique de dancefloor, et que pour nous incorporer des musiciens est une manière de faire découvrir cette musique au delà de son premier public.
Gregory Papin
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