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Savant alchimiste d’origine jamaïcaine contrastant singulièrement avec l’ensemble d’une scène drum and bass trop souvent victime de ses stéréotypes, Colin Lindo est un musicien typiquement londonien, versatile et fin par nature. De même que ses amis Mark et Dego de 4 Hero au sein du label Reinforced crée en 1989, ce producteur énigmatique qui va par les noms d’Alpha Omega et Nubian Mindz dynamite tous les codes en vigueur avec une diabolique minutie. Son dernier album, le polymorphe et insondable « New World Chaos », emprunte les chemins de traverse du groove électronique, et propose un voyage initiatique dans les tempos ardents de l’afro futurisme. Qu’est ce qui amène à transcender les genres, à élaborer une musique aux contours indéfinis ? Le décryptage du propos musical de Nubian Mindz, live & direct from London.
Quels furent tes premiers contacts avec la musique ?
Mes deux parents sont jamaïcains. J’ai donc baigné dans le reggae depuis toujours, dans ma famille puis dans les sound-systems que j’ai fréquenté tout au long de ma jeunesse. D’ailleurs cela reste ma principale influence à ce jour. J’ai toujours chercher à capturer cette vibration en créant les basses les plus énormes possibles, particulièrement dans mes projets drum and bass.
Tes premiers disques sur Reinforced datent d’environ trois ans. Que faisais-tu avant cela ?
J’ai fait des remixes pour le label reggae Vision Sound. Des reprises jungle de vieux chanteurs « roots and culture » comme Big Youth. Puis j’ai rencontré Dego et les autres qui m’ont proposé de faire des trucs différents, et me voilà aujourd’hui.
Les premiers morceaux de Rufige Kru (aka Goldie) sur Reinforced auraient pris des mois à produire, ne serait ce qu’au stade de la programmation des breaks. Comment procèdes-tu pour produire tes rythmiques ?
En effet, la conception des premiers maxis jungle a tenu lieu de terrain d’expérimentations déterminantes. Mais depuis ces temps de défrichage au début des années 90, tout le monde a considérablement progressé. A présent j’ai une plus grande maîtrise de mon studio. Des breaks que j’aurais construits en deux semaines à l’époque ne me prennent plus qu’un jour ou deux à finaliser.
Observes-tu une faiblesse voire une régression de la production jungle / drum and bass actuelle après ces premières années marquées par une fulgurante ascension ?
Il y a toujours de la place pour ce que font différents artistes, en marge du two step binaire qui prédomine. Mais en même temps, il est vrai qu’à un certain moment la plupart des producteurs travaillaient tous de façon trop uniformisée. En tant que musicien je crois qu’on a toujours besoin de variété, de plusieurs couleurs dans le son, c’est ce que je m’efforce de traduire dans ma musique en cherchant un nouvel angle à chaque fois. Je n’ai pas peur de dire que nous sommes en avance sur tout le monde. Certaines des techniques qu’on étudie en ce moment-même ne seront employées par les autres junglists que dans deux ou trois ans peut-être. D’un autre coté, je suis content de constater qu’il y a de nouveau des breaks stimulants dans le drum and bass. Des gens comme Roni Size, Krust, Die, Suv et toute la clique de V et Full Cycle nous ramènent enfin un peu de funk dans le mouvement.
« New World Chaos » est dans une autre veine que ton précédent album « Journey Into The Nineth Level », qui était plus proche de la drum & bass. T’en éloignes-tu définitivement ?
A mes yeux, cela reste une des plus visionnaires de toutes les formes de musiques sur cette planète même si je trouve qu’il y a moins de bons disques en ce moment. Nous avons accumulé tellement de savoir et d’expérience que ce que nous avons inventé est incontestablement précurseur et influence tout ce qui se passe ailleurs. Les autres styles de musiques n’intègreront pas avant au moins cinq ans tous ces développements en terme de création et de technologie. Ce qui est spécial à propos d’un morceau drum and bass c’est son énergie exubérante. Quand tu l’écoutes, tu sens l’envie de te lever, te laisser aller et danser plutôt que de rester statique sur ta chaise. C’est ce qui m’a touché dans cette forme de musique, cette force fondamentale des tambours ancestraux qui te remue le corps et l’esprit.
En analysant l’évolution musicale de cette fin de siècle dernier, on constate que chaque décennie a vu se succéder un concept révolutionnaire du jazz « New Thing » d’Impulse jusqu’à la techno de Transmat et au delà…Alors comment imagines-tu le futur ?
Il y aura toujours des changements au fil du temps, chaque chose est toute chose - ou en d’autres termes, à l’échelle de l’univers, rien ne se crée tout se transforme -. Pour ce qui est du devenir du drum and bass je suis plutôt optimiste. Même si ça finissait à tourner un peu en rond, je pense que c’est la bonne époque pour de nouveaux changements radicaux. En plus le public à travers le monde entier est de plus en plus enthousiaste et conscient de ce qui se passe… cela ne fait que commencer. En même temps, c’est essentiel de se remettre sans arrêt en question en se nourrissant d’autres influences afin d’avoir un point de vue plus vaste, notamment en intégrant des instruments live. Nous sommes plusieurs à se tourner dans cette direction comme 4 Hero qui furent les premiers à orchestrer des violons dans un contexte drum and bass, tout reste encore à faire dans pleins de domaines ! Les possibilités sont innombrables.
Est-ce que ton amour de ces machines à remonter le temps que sont les vieux synthétiseurs analogiques a influencé ton travail ?
La techno de Detroit a joué un rôle prépondérant dans ma façon de concevoir la musique et mes claviers préférés sont ceux qui ont générés tous ces sons venus d’ailleurs comme le Norlead, le Jupiter de Roland et le Walhdorff Pulse. Je m’efforce de propager le message cosmique de ces instruments. Personnellement, j’ai même noué des liens avec Carl Craig et Recloose dont j’apprécie beaucoup le travail sur Planet E, ainsi que Claude Young, Anthony Shakir, Theo Parrish, Mad Mike et d’autres producteurs d’Underground Resistance. Nous les avons tous réunis sur le line up célébrant les dix ans de Reinforced à la Fabric de Londres en novembre dernier. Quelle soirée incroyable ! Certains ont dit que c’était la meilleure qu’ils avaient jamais vécu. Ces artistes inestimables sont toujours si prolifiques que je fais en sorte de me tenir au courant en permanence de ce qui se passe là-bas en achetant un maximum de disques. Quant au projet Nubian Mindz, j’ai fait cet album techno mais je songe déjà au suivant qui sera plus tourné vers le jazz et où je jouerais probablement plusieurs instruments en live dont des cordes principalement.
Quels sont tes prochains plans de sorties ?
Suite à l’album de Nubian Mindz à la fin du mois de mai, on va sortir une série de remixes sur Archive au cours de l’année par Domu (soit Sonar Circle, ndr), Paul Seiji et Jazzanova. Je prépare aussi pleins d’autres maxis pour Reinforced dont le prochain intitulé « Realizm 2000 » qui sort ces jours-ci.
Tes pseudonymes énigmatiques et l’esthétique cosmique de titres tels qu’ « Alien Contact » (rejoignant l’esprit du « U F O’s » par Photek qui sample la radio d’une base d’observation américaine relatant en direct l’apparition d’êtres non identifiés, ndr) s’expliquent d’autant mieux que l’autre univers parallèle qui vous fascine tous chez Reinforced, outre celui qui se cache derrière les touches de vos synthétiseurs, est la connaissance du cosmos. Serais-tu en la possession d’informations confidentielles à ce sujet ?
De même que Dego, Mark, Gus, Ian et toute l’équipe de 4 Hero, je me suis consacré très profondément à la recherche spatiale à un tel point que ce thème est naturellement devenu partie prenante de mon univers sonore. Quand bien même nous ne disposons pas de preuves ou de contacts directs avec des formes de vies extra-terrestres, nous collectons sans cesse une grosse somme d’informations et de photos à ce sujet qui sont disponibles sur notre site www.reinforced.com. Je suis pour ma part convaincu que nous ne sommes pas seuls dans l’espace…il existe une sorte de conscience émanant de toutes choses.
Irie
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