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L’actualité de Burnt Friedman n’est pas exactement ‘chaude’. Ses deux derniers passages à Paris (dans le cadre du festival Global Techno à Beaubourg et au Batofar avec ses collègues de S-cape) furent très discrets, mais ses prestations derrière la table de mixage – son live en solitaire consistant en une mixture de dix pistes – ont confirmé son immense champ d’action. En travaillant en temps réel les nuances de ces boucles aléatoires et incontestablement dynamiques, avec quelques samples vocaux explicites, il a hypnotisé quelques-uns d’entre nous. C’est qu’avec ses divers projets, Burnt a exploré des formes d’abstraction musicale parmi les plus reculées, dans le dub, le hip hop, ou le jazz ‘hi tek’, comme il le définit, de Flanger. Son dernier disque, signé Burnt Friedman & The Nu Dub Players, une nouvelle fois enregistré dans l’hémisphère Sud, possède un son plus roots qu’auparavant, mais privilégiant toujours l’ensorcellement par de séduisantes mélodies, par opposition à l’expérimentalisme forcené que l’on trouve souvent dans l’electronica.
Après Nonplace Urban Field qui était dub électronique, tu as fait appel aux musiciens de la formation Nu Dub Players pour ton dernier projet : c’est un retour en arrière (rewind en jamaïcain, ndr) ?
Non, parce que Nonplace Urban Field n’avait pas de concept, sinon d’être nulle part entre les genres. Il y avait quelques pièces dub, mais ce n'était pas seulement ça. Le résultat de travailler sur des ordinateurs c’est la disparition de structures de chansons, et je voulais y revenir. Pour cet album avec les Nu Dub Players, les morceaux sont très reggae roots. Mes modèles sont clairement établis : King Tubby, Lee Perry. Ces producteurs étaient les premiers producteurs techno de l’histoire, dans le sens où leur musique tournait autour du son. La technologie a quelque peu changé les choses, le disque dur de l’ordinateur permet une bien meilleure précision dans les séquences, mais les techniques restent les mêmes. J’ai travaillé à partir des enregistrements de sessions des musiciens, sans trop me concentrer sur les prises, en faisant quelques arrangements rapides en direct.
Comment conçois-tu les lives ?
Quand je suis seul, je mixe une dizaine de pistes différentes, sur une petite table de mixage. C’est l’équipement le plus compact et flexible que je puisse avoir, qui tient dans une valise et comme je voyage beaucoup avec, j’avais cette nécessité. Mais pour tout dire, je ne suis pas très convaincu par mes performances. L’idéal, c’est que j’aie ce matériel mais que des musiciens interviennent dessus, mais c’est bien entendu trop cher. Et ce serait en un sens encore moins spontané, parce que ça demanderait de grosses préparations. Je ne pense pas que l’électronique aie sa place sur scène. Le dj a remplacé le musicien, mais la scène est un endroit réservé à la performance. Ce que je préfère, ça reste les concerts avec Atom Heart pour Flanger, avec une batterie. J’ai été batteur dans une autre vie.
Tu ne te considères donc pas comme un entertainer ?
Si, mais beaucoup de gens refusent de se faire divertir. Je dirais que je suis un entertainer sérieux. C’est mon métier.
Tu enregistres beaucoup de disques dans l’hémisphère Sud (Flanger au Chili, les Nu Dub Players en Nouvelle Zélande). Qu’est ce qui t’y attire ?
J’ai plein d’amis là bas. Et je déteste l’Europe en hiver. L’environnement dans lequel tu enregistres compte autant que l’environnement dans lequel tu l’écoutes. Ca t’aide à te créer ton petit scénario. Le fait d’être éloigné de ton voisinage. Je me sens étranger chez moi de toute façon. Et puis ça montre que la musique véhicule différentes valeurs à travers le monde. En Allemagne par exemple, la musique est conceptuelle, en Jamaïque ils privilégient le contenu social. Avec les technologies actuelles, c’est très facile de s’échanger des bandes sans se rencontrer. Mais la présence physique est psychologiquement essentielle.
Le nom de S-cape était autrefois Kiff. Pourquoi changer ?
Je ne te ferai pas l’affront de te dire ce qu’est le kiff. On ne voulait plus faire de la musique de smokers, que notre travail soit en révérence à la drogue qu’on utilise.
Penses-tu qu’en obligeant des gens dans la rue à écouter ta musique, ils seraient amenés à l’apprécier ?
Je ne comprends pas bien le sens de ta question.
Un bon matraquage radio peut faire de petits miracles industriels ! Peut être que ta musique se propagerait plus vite grâce à une grosse diffusion.
C’est une question délicate. On entend tous des choses différentes quand on écoute le même morceau. On a tous une perception différente du temps. Mon rôle est d’organiser le temps, mais j’ai besoin de réécouter 20 fois pour avoir un avis sur mes morceaux. Ma musique est trop dense, ça ne servirait à rien.
Que penses-tu du mp3 ?
Je ne sais pas trop. Je ne veux pas passer pour un idiot mais ça me pose deux problèmes. Pour moi, ce n’est pas un standard de qualité, et je veux vendre mes albums complets, d’un bout à l’autre.
Quels sont tes projets à venir ?
Le deuxième album de Flanger, « Midnight Sound », dans un style latin jazz avec beaucoup de percussions et de vibraphone, prévu en septembre sur N Tone (la division électro underground de Ninja Tune, ndr). Et je vais faire une tournée avec un percussionniste chilien dans toute l’Amérique du Sud, puis un disque sur mon propre label, Nonplace, qui s’appellera Burnt Friedman Con Rythmo. Il y a un autre projet avec un guitariste de Cologne cet été.
As-tu d’autres pays à visiter ?
(agacé) Je ne veux pas passer pour un type qui exploite la culture des autres. Je parle espagnol et j’ai besoin de parler la langue pour bien communiquer, me faire des amis. Et je ne suis pas intéressé par grand chose en dehors du reggae, du latin jazz et de l’électronique. J’incorpore des choses quand même mais de là à aller dans d’autres pays enregistrer, je ne pense pas.
Gregory Papin
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