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Après de multiples tribulations nocturnes qui lui ont permis d’acquérir une expérience du dancefloor sans failles, Jérôme Pacman est devenu l’un des plus fins djs tech house français. Passé maitre dans l’art de mélanger des sonorités nuancées, son style imparable est reconnaissable dès les premières minutes dépouillées de sa dernière, et meilleure, compilation mixée pour Magic Garden, « House Café vol 2 ». Une opportunité de lui poser quelques questions sur son parcours, l’évolution de la scène électronique française vue de l’intérieur depuis le temps des dinosaures, où, comme il le raconte, les djs avaient des surnoms rigolos et les champs étaient remplis de smileys et de bonnes vibrations. Une époque qui est, d’une certaine manière, loin d’être révolue.
Jérôme, d’où te vient ce patronyme : Pacman ?
Alors tout le monde va finir par le savoir parce qu’autant personne ne me posait cette question avant, et maintenant elle revient à chaque fois. En fait, ça vient de l’époque acid house, il y a dix douze ans. J’avais l’impression que cette musique faisait de petites bulles de mercure qui avançaient, et quand je dansais je faisais un peu comme le jeu video. Et un mec m’a appelé comme ça. Trois jours après j’avais une soirée, je me faisais appeler simplement Jérôme, et l’organisateur trouvait que ça faisait pas sérieux. Il était superpressé par les flyers alors je lui ai donné ça comme surnom, et c’est resté.
C’était l’époque des noms incroyables : Guillaume la Tortue, Olivier le Castor…
C’est la même personne qui les a appelé comme ça, elle donnait les noms de tous les djs parisiens. Il voulait m’appeler Catsman, je sais pas pourquoi, et il était un peu vexé que je l’ai pas choisi.
Qu’est ce qui te distingue des autres djs parisiens ?
Pas mal de choses. Les années, le côté polyvalent entre clubbing et raves, je me suis baladé un peu partout en Europe, ça m’a enrichi et j’ai cultivé un peu ma personnalité comme ça. C’est surtout un mélange de sons qui garde certains schémas de la techno tout en étant house. Les rythmiques sont house mais j’aime les sons abstraits, hypnotiques que l’on trouve plus dans la techno, ce côté un peu plus dans l’air dans la musique mais avec une basse plus chaude.
Te considères-tu comme dj d’after ?
Ca me gêne pas du tout puisque c’est là que j’ai commencé et que je continue d’y jouer souvent. Ca me plait. Ce côté mental, hypercoloré, voyage d’intérieur avec de l’énergie mais pas uniquement basé là dessus. Je suis pas du genre à trop faire attention à l’origine d’un disque, si ça passe je le prends. Je joue pas non plus du drum & bass parce que c’est toute une logique différente, mais j’apprécie d’en écouter chez moi. Le tout c’est que je m’y retrouve.
Alors ce serait plutôt du 4 / 4 (la structure rythmique de la tek et de la house, ndr) ?
Ben ouais. Déjà quand j’étais tout petit, que mon père m’emmenait à la fête foraine, j’entendais de la disco et ça me fascinait. Il y a un côté rempli, un peu lourd, j’aime. Et puis après j’ai été hip hop, ça c’est clair. En soirée, c’est sur que le 4 / 4 donne une énergie indéniable. Ca peut être sec, mais tu peux travailler une certaine rondeur aussi.
Tu pratiques pas trop de ruptures dans tes mixes, c’est plutôt du travail sur l’équalisation, amener les disques un peu sournoisement, sans que le danseur ne se rende compte de ce qui se passe.
Ouais, je cherche pas à piéger l’auditeur mais c’est vrai que je considère les disques comme des accessoires, pas des produits finis. Je préfère acheter des disques inachevés parce que ça te permet de pouvoir les travailler, de leur faire prendre une couleur différente en fonction de l’enchaînement, de la soirée. Une idée claire mais pas complètement enveloppée, ça me laisse le choix d’en faire ce que je veux. Et plus tu pourras les jouer longtemps parce qu’ils s’adaptent. C’est comme une palette de couleurs et après je fais ma petite mixture. C’est vraiment des outils. D’ailleurs ce sont les disques minimalistes qui s’usent le moins vite, c’est le genre des vieux disques que j’ai toujours dans ma caisse.
On peut te comparer un peu à quelqu’un comme Erik Rug qui est là depuis toujours, mais qui a pas voulu trop profiter de la vague. Tu te reconnais là dedans ?
Toute cette époque française qui est partie un peu comme ça, ça m’a autant surpris que tout le monde déjà. J’ai pas eu envie de me mettre en avant. Un peu comme Erik Rug, c’est à dire qu’on vit sur ce qu’on aime, enfin je veux pas parler en son nom, mais c’est vrai qu’on a pas une démarche hyperstructurée, des objectifs précis. C’est plus au feeling. Je me suis jamais dit demain je vais être dj, c’est venu par plaisir, par envie, progressivement mais depuis longtemps puisque j’ai des platines depuis l’âge de quatorze ans. Si on m’avait dit avant, je l’aurai pas cru.
Et la prod ?
C’est vrai que j’ai pas trop produit, mais là je suis dessus, pour plusieurs raisons. La première c’est parce que j’ai une idée assez précise de ce que je voudrais faire, je sais exactement ce que je voudrais foutre. Mais malheureusement ça me prend un peu de temps de tomber sur les bonnes machines, et comme je suis assez solitaire, j’ai jamais trouvé trop d’émulation avec quelqu’un pour faire de la musique. Quand t’as pas d’idée précise, les choses vont plus vite parce que tu te contentes plus facilement de ce que t’as fait. Mais si je sors un truc je veux que ça me ressemble à fond. J’ai sorti quelques trucs dont je suis pas très content et j’ai pas envie du tout de recommencer cette phase là. Faut du temps. Je fais ça par période, dès que je tourne un peu moins. En général les producteurs qui déchirent sont des gens qui ne font que de la production.
Que penses tu des producteurs qui s’improvisent dj ?
Ca se prévoit pas. Pour déchirer, faut être spécialisé dans l’un ou dans l’autre, mis à part quelques exceptions. D’ailleurs la plupart des djs qui tournent beaucoup sur Paris sont que djs. Les disques sont un peu des cartes de visites mais c’est vrai qu’il y a eu beaucoup de surprises. En général, le tour ils le font une fois et pas deux.
As-tu le sentiment d’appartenir à une scène ?
La seule scène à laquelle j’aime bien être rattaché, c’est la scène de la grande époque, le côté convivial. Tous les gens qui viennent de cette scène là ont toujours quelque chose au fond d’eux mêmes, le souvenir de cette explosion. Une façon de faire la fête qui est excellente.
Les anciens font mieux la fête que les jeunes ?
Bien sur que les jeunes font la fête, mais quand tu prends une révolution musicale comme ça en pleine face. Quand la scène française s’est développée, les ravers étaient évacués dans les clubs, et ça correspondait à une baisse de régime dans la musique. Ca a repris un essor. Cette époque là où il fallait aller dans un champ et jouer des disques au moment du lever du soleil, c’est des moments qui restent inoubliables. Ca avait un côté spirituel, un peu libertaire, ça allait plus loin que ce qui se passe tout de suite. C’était une période hyper enrichissante à tout niveau, ça a fait ma vie, mes rapports avec les gens. C’est un moment charnière, énorme.
L’endroit où tu joues a donc une grande influence sur toi ?
Ouais, c’est évident que tu joues pas des trucs intimes quand tu vois des gens à des kilomètres. Et dans un petit club, tu vas pas jouer un truc qui ravale. Plus le public et un tas de paramètres, du coup c’est unique à chaque fois.
Tu es résident des soirées Magic Garden et au Rex un samedi par mois. As-tu plus de marge de manœuvre dans ces cas-là ?
Généralement quand les gens te connaissent, tu peux te permettre plus de choses, aller un peu plus loin. Ils veulent être surpris, c’est une bonne méthode pour avancer. Mais je pense que c’est pas bon de n’être que résident parce que c’est bon d’aller voir ailleurs comment ça se passe, écouter d’autres gens. Ce qui est bon avec Magic Garden, c’est que c’est souvent le même public mais pas au même endroit, c’est encore un autre cas de figure.
Et la compilation mixée est encore un autre exercice.
Oui, je vais pas mixer comme si j’étais devant du monde parce que les gens t’indiquent quand même un chemin. L’idée, c’est que le set soit assez varié, que le CD ne s’use pas trop vite.
Ma dernière question est moins personnelle, mais elle relaie un sentiment fort à Paris. Penses-tu que les jeunes djs ont encore leur chance d’exercer ce métier ?
Je crois, sincèrement. Si un gars complètement inconnu déchire vraiment aux platines, il se fera sa place, sans problèmes. Mais c’est assez rare de voir débarquer des mecs qui sont vraiment bons, c’est la réalité. Qui amène un son neuf. L’expérience est un truc vachement important. C’est sur que la production peut te permettre de te faire connaître, mais je n’ai pas l’impression que les organisateurs refusent d’écouter ce qu’on leur envoie.
Gregory Papin
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