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Avec des racines bien ancrées dans le hip hop - de préférence new-yorkais millésime 94 -, Jérémie alias Demon signe des tracks au grain caractéristique, construits à partir de collages de samples rondement bien menés. Après seulement sept maxis sur le label 20 000 ST, il signe un album présenté en grandes pompes ça et là, et pour cause, c'est Sony via sa division SMALL qui le sort. Pas gêné aux entournures de cette exposition médiatique soudaine, Demon nous raconte son parcours sans faute.
Sans être ségrégationniste, on a pu remarquer que ta musique plaisait particulièrement aux filles : c'est fait exprès ?
Ca me touche beaucoup. C'est important pour moi de faire danser les filles.
Quel age as-tu ?
22 ans.
Comment en es-tu arrivé à faire de la house music ?
Avant d'aimer la house, j'étais à fond dans le rap : A Tribe Called Quest, Mobb Deep, le premier Nas. Je produisais pour le groupe Symbiose, avec qui je bosse pas mal en ce moment - je vais certainement faire leur prochain maxi -. Je ne suis pas prêt de lâcher le hip hop, même si j'adore aussi la house, que j'ai découvert au même moment que beaucoup de monde, à travers des fêtes et ensuite les disques de Motorbass ou Daft Punk. J'ai d'abord kiffé les Français avant d'écouter les Américains.
Beaucoup d'artistes attendent longtemps avant d'avoir l'opportunité de sortir un album sur une major. Est-ce que tu avais de la pression ?
Pas du tout, pour une raison simple : le disque était quasiment fini quand j'ai signé le deal avec Sony. J'avais l'intention de sortir un album et la volonté d'en vendre beaucoup, et les choses se sont faites comme ça. J'ai quand meme fait pas mal de maxis avant.
Qu'attends-tu de cette signature ?
De pouvoir vivre de ma musique, déjà, et de rencontrer un autre public que celui des maxis, le public underground à qui j'ai quand même envie de continuer à donner.
L'enregistrement d'un album est-il différent de la production de 12"/singles ?
Dans la mesure ou l'album n'est qu'à un tiers vraiment dancefloor, je peux répondre oui. Et j'avais commencé il y a trois ans certains de ces morceaux downtempo. C'est une autre facette de mon travail qui ne correspondait pas au format des maxis.
Je trouve au contraire "Midnight Funk" assez dancefloor friendly même s'il ne tourne pas à 120 bpm tout le long ?
Je vois ce que tu veux dire. Les morceaux sont groove, ça dépend comment on voit les choses.
Etant donné que tu utilises la même matière sonore, que tu samples le même style de disques pour les deux, qu'est-ce qui change pour toi dans la composition d'un son pour un rappeur ou d'un track house ?
C'est vrai que c'est la même base de travail, mais c'est très différent : tu as beaucoup plus de liberté pour t'exprimer, beaucoup plus de place, dans un morceau house. Le rap est plus rigide, il y a des codes établis à respecter pour que ça fonctionne, ce sont des petits détails qui font mousser le truc. Mais ne me demande pas de choisir.
Tu joues beaucoup en live. Comment ça se passe ?
Très bien. Nous sommes deux, j'actionne les séquences et je mets des effets pendant qu'un dj cale des breaks ou des sons par-dessus. L'idée c'est d'être réactif devant les gens, c'est à dire de changer les structures si un passage marche mieux qu'un autre, et de jouer quelques nouveaux morceaux pour voir ce que ça donne. On tourne en France en février, et puis à l'étranger, en Scandinavie, à Austin.
Austin au Texas ! La house est vraiment une vibration universelle : ça te plait cette idée de dépasser les barrières de langage (on ne dira pas les frontières politiques, ndr) ?
Voir les gens danser, chacun à sa manière, mais réagir partout, ça fait plaisir. Mais c'est aussi du travail avec la promo, les interviews.
La France est surtout réputée pour ses filtres dans la house nation : au moment ou sort l'album de Superfunk, tu souhaites prendre part à ce grand débat ?
On a reçu le Superfunk aujourd'hui et je ne l'ai pas écouté donc je n'en dirais rien. J'utilise des filtres sur presque chaque échantillon parce que je sample tous les éléments, même les charleys, sur des disques. Pour isoler certaines fréquences, effacer un son, tu utilises le filtre. Tout le temps. Et c'est un effet que j'apprécie mais dont il ne faut pas abuser. Si ton morceau n'est qu'une grosse boucle filtrée de bas en haut, ça me saoule. Et je crois que ça commence à saouler tout le monde.
Encore une question sur la concurrence. Comment expliques-tu que Ark et toi aient autant de remixeurs en commun (en fait seulement deux : Mr Oizo et Herbert, ndr) ?
Pour Herbert, il est de toute façon très demandé. Je ne connais pas Ark, mais c'est vrai que Quentin (Dupieux "Oizo", ndr) est un ami à tous les deux, et à Alex Gopher aussi. Et je peux juste te dire que ça ne va pas s'arrêter là (une indiscrétion nous a permis de savoir que Demon, Shalark et Gopher étaient les remixeurs du prochain maxi de Mr Oizo, "Last Night" ndr).
C'est le clan des Siciliens ?
Non, c'est juste un réseau de gens qui apprécient le travail de chacun.
Gregory Papin
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