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La carrière musicale de cet accident culturel qu’est Le Tone a été jusqu’à présent courte mais déjà semée de bien belles embûches sonores. On l’a découvert avec un hommage au grand farceur Jean Jacques Perrey, « JJ et les dauphins », et apprivoisé avec un album contrasté, « joyeux et mélancolique » selon ses propres termes, intitulé « Le Petit Nabab », paru en 98 sur Naive via sa propre structure Mange Disc. Couche tôt et musique électronique domestique n’avaient jamais fait aussi bon ménage. Pas encore une pop star mais en bon chemin pour le devenir, Le Tone nous parle (brillamment) argent, synthétiseur et mp 3. Entretien dans un café de ce onzième arrondissement qui lui est cher, la seule cigarette de la journée au bec et la langue hors de sa poche.
Qui es-tu Le Tone ?
Tu veux que je me présente : beau, grand, intelligent et riche.
Tu es sur de ne pas mentir sur l’un de ces points ?
Ouais, OK, je suis pas très riche en ce moment.
Que retiens-tu de ton premier album ?
Qu’il faut en faire plusieurs… pour récolter les lauriers justement semés.
As-tu le sentiment d’avoir été mal compris ?
On est jamais assez compris. J’ai été incompris de tous ceux qui n’ont pas acheté mon disque. Je ne suis pas mécontent des ventes, je plaisante. Mais bon j’aurai voulu que Madonna m’appelle aussi pour faire son disque !
Ca tient à peu de choses pourtant : il suffisait de lui envoyer une cassette ?
Peut être, en tout cas je ne l’ai pas fait. Mais je vois mal Madonna tenter la remise en question ‘letonesque’ et se la péter sur « Joli Dragon ».
Mais il n’y a pas vraiment de repères commerciaux pour le genre de musique que tu fais…
« Joli Dragon » est le morceau le plus évident du disque. C’est le truc qui a le mieux marché, c’était le premier single. Je me suis glissé incognito dans le public avant nos concerts, et j’ai réalisé que ce morceau avait marqué les gens, même s’ils ne me connaissent pas ils le reconnaissent.
Bon, ça a quand même l’air bien mitigé comme sentiment.
Non, c’est pas mitigé, je suis hypercontent. Mais j’aurai voulu pouvoir arrêter de travailler définitivement après mon premier album.
Le Plastic Bertrand des années 2000…
Je suis pas chanteur alors je risque pas grand chose.
Revenons à des choses plus rationnelles : t’es toujours en contrat avec ta maison de disques ?
Bizarrement, je ne suis pas parti.
Tu prépares ton deuxième album. Ca va être comment ?
Bien, je pense.
Tu vas faire appel à des voix ?
Je me reconnais dans la musique électronique parce que je pense que je fais vraiment de la musique instrumentale. Mis à part deux trois chantasses, il y a pas beaucoup de trucs chantés que je trouve supportable. A part Moloko.
Tu penses pas qu’il y aurait matière : tes morceaux ont quand même des structures de chansons.
Ouais, pop. Pour le prochain je vais essayer. D’un autre côté, je suis attaché à l’idée que la musique instrumentale, ça se défend comme tel. Dans ma musique, c’est le synthé qui fait la voix. A la rigueur, dans « Joli Dragon », il y en a déjà trop !
Un internaute du nom de Mr Learn t’a posé une question sur notre site. La voilà : est ce que Cyrille c’est ton vrai prénom ?
Ca pourrait, c’est un truc comme ça mais c’est pas ça. Il se goure, Mr Learn.
Tu as réuni un groupe pour la tournée, ça va changer ta méthode de travail ?
Ouais, je fais comme avant mais avec des musiciens. Contrebasse, scratches et machines. Je prends le sons, je les trifouille, je les filtre.
Et as-tu gardé cette petite note ludique qui est ton empreinte mélodique?
Ouais, c’est la tone touch !
As-tu la pression du second album ?
Malgré tout, j’ai envie d’être une pop star. Je conçois l’underground uniquement comme un révélateur d’artistes, mais les puristes et le calibrage underground, ça me gave. J’ai envie de vendre des disques, je vais tout faire pour, et voilà. Je trouve pas ça négatif d’avoir beaucoup de public dans le sens où rendre ta musique accessible à tout le monde, c’est plutôt un acte de maturité.
Alors qu’est ce qu’il faut faire ? Arrondir les angles pour ratisser large ?
Enlever une dent au râteau toutes les deux dents. Ca peut paraître paradoxal, mais comme ça tu prends les bouts plus grands et tu laisses les plus petits. Faut mettre du chant, simplifier les arrangements, ce que je vais faire. En vendre un paquet. De toute façon tout le monde pense à vendre des disques mais personne ne le dit. Y a que Bruce Willis qui fait de la musique pour son propre plaisir.
Est ce que tu souffres du fait de ne pas être facilement marketable ?
Probablement. C’est l’expérience qui m’y fait penser maintenant. Je suis assez idéaliste en fait.
As-tu un truc à vendre ?
(après petite réflexion, ndr) J’aimerais bien vendre mon graveur ‘pro’ de CDs audio, de la marque Tascam. Mise à prix 6000 balles, entrée XLR, en l’état. Il a pas servi. Si ça intéresse quelqu’un… (écrivez nous à info@wsound.com, on transmettra, ndr).
Toi qui est attaché au disque en tant qu’objet, que penses-tu de l’arrivée des fichiers MP3 qui permettent de diffuser de la musique dématérialisée ?
C’est une question délicate. J’adore une clause qui est marquée dans tous les contrats de musicien : je cite de mémoire ‘ les droits nous appartiennent pour tout support phonographique, magnétique, connu ou inconnu à ce jour’. Ca m’a toujours fait marrer. Le seul problème des MP3 c’est que les maisons de disques ne savent pas comment elles vont se payer là dessus, et par conséquent nous payer. Alors je n’arrive pas à me faire d’opinion. Sans penser aux thunes, je trouve ça vachement bien que la musique soit aussi accessible. Ca correspond à la façon qu’on fait notre musique aujourd’hui. Mon cœur balance. J’ai été un des nombreux compilateurs de cassettes audio, mais je trouve ça très glauque d’offrir ou de vendre un CDR.
Mais penses tu que l’équation plus de musiques diffusées égal plus de culture musicale soit envisageable, que cela aide à niveler la consommation de musiques par le haut ?
Non, c’est faux. Pour arriver à ça à moyen terme, il faudrait d’abord changer les formats des radios.
Gregory Papin
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