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Nous avons rencontré Kid Koala dans les coulisses du New Morning où il s’apprêtait à donner son premier véritable concert parisien. Pendant que la salle bondée chaloupait sur les raretés groove de Patrick Carpenter (aka la moitié de DJ FOOD), Kid Koala s’est appliqué à justifier son pseudonyme en nous prouvant qu’il est à la fois un être rare (la bonhomie étant une attitude en voie de disparition) et un musicien attendrissant . Si son album « Carpal Tunnel Syndrome » (sorti chez Ninja Tune) peut sembler déroutant à une oreille inattentive, le show du Kid a définitivement imposé la musicalité des platines.
Quand et comment as-tu découvert la culture hip-hop ?
Au lycée, au moment où les adolescents commencent à se construire une image, ils découvrent la musique et se mettent à fond dans un genre, pour moi ça a été le hip-hop. J’ai découvert le rap en 87ou 88, très rapidement je me suis acheté des platines et j’ai commencé l’entraînement…
Tu as découvert la musique par le biais du rap ?
Pas du tout. Avant ça j’ai longtemps étudié la musique classique, je jouais du piano, mais je n’aimais pas vraiment, je ne trouvais pas ça très amusant…
Tes parents t’y obligeaient ?
Oui, ils m’ont forcé à jouer du piano pendant des années.
Est-ce que ça t’as aider dans l’élaboration de ta musique ?
Oui, de façon détournée. Parce que pendant ces années de piano intensif je participais à des concours et je donnais des récitals. Ca m’a éduqué, ça m’a appris la rigueur et le sens du travail. La musique classique est très exigeante, très rigoureuse. Tu dois jouer une partition de telle ou telle façon et si tu t’écartes du chemin ça ne veut plus rien dire. Le hip-hop m’a attiré car il semblait très éloigné de cet ensemble de règles rigides. Le rap m’est apparu comme un espace de liberté. Mais j’ai forcément été rattrapé par le besoin de rigueur, le scratch exige aussi beaucoup de travail et de discipline.
As-tu déjà participé à des compétitions comme le DMC ?
Oui j’ai fait ce genre de truc, j’ai fait des tournées, j’ai essayé le circuit des compétitions mais ce n’est pas trop mon truc non plus, je préfère mettre la technique au service de la musique, de la mélodie. Cela fait dix ans que je joue avec mon propre groupe, il y a un batteur, un bassiste et un guitariste.
Ils seront présents ce soir ?
Oui ce soir il y aura 6 platines, des percus, une guitare, une basse et une batterie. c’est une configuration qui me permet de jouer tout seul ou bien avec un autre deejay, ou alors avec mon groupe. On peut faire un jeu de question-réponse entre les platines et les autres instruments…
Quel est le principe de ton spectacle ?
L’idée c’est de faire un spectacle de cabaret, un vaudeville du vinyle, un muppet show des platines, un grand cirque avec trois pistes et des sons qui viennent de partout. J’aime bien raconter des histoires, je raconte des blagues musicales, je fais des happenings sonores.
Comment le public t’a-t-il découvert ?
Je ne suis pas sûr qu’il m’ait vraiment déjà découvert ! (mort de rire, ndr)
Mais si il y a plein de monde dans la salle…
Cool…
Et comment se fait-il que tu sois signé sur Ninja Tune le label londonien de Coldcut, toi qui es canadien ?
Je suis allé les voir lors de leur première tournée nord-américaine en 1995, je leur ai donné une cassette ils l’ont écoutée de retour à Londres et ça leur a plu.
Et ça ne te fait pas drôle d’appartenir à un label anglais ?
Ninja Tune is a very good place to call home (intraduisible). Ils ont une vraie vision, ils veulent juste faire de bons disques sans se préoccuper de vendre des millions de copies, ils donnent à leurs artistes une liberté totale, ils ne cherchent pas à faire des tubes, ils se foutent de passer à la radio ou en club. Je ne crois pas que beaucoup de labels auraient eu le courage de sortir ça ! (écroulé de rire en montrant son album, ndr). C’est trop étrange pour la plupart des gens, trop bizarre pour l’écouter tranquille à la maison…
Tu trouves ta musique difficile d’accès ?
Le matin oui ! (rires)… non mais c’est assez exigeant ce n’est pas de la musique d’ambiance, pour apprécier tu dois capter tous les petits bouts de phrases, les petits sons qui sont cachés dans la bordel apparent. C’est assez narratif, ça raconte des histoires, si tu n’écoutes pas très attentivement, tu perds le fil et ce n’est plus que du bruit. Certains de mes amis proches qui sont aussi scratcheurs m’ont dit que la première fois qu’ils ont écouté mon disque ils n’ont absolument rien compris à ce que je voulais faire. Mais à la deuxième écoute ils ont eu le déclic et ils sont rentrés dedans. Je voulais vraiment arriver à ça, je voulais faire un disque avec lequel on évolue, un disque qui accompagne les gens. Tu dois écouter, fermer les yeux, imaginer des histoires et visualiser les personnages…si tu l’écoutes en voiture tu risques d’avoir un accident. (rires) Et si tu le mets lors d’un dîner romantique tu risques de passer une soirée pourrie. (re-rires)
Où trouves-tu les disques que tu scratches ?
Je possède des tonnes de disques très bizarres : des disques qui ont aidé mes parents à apprendre l’anglais, des disques pour les enfants, des disques qui expliquent comment faire un gâteau ou comment réussir un bon sandwich…
Tu les achètes dans des brocantes ?
Oui la plupart du temps dans des brocantes, parfois dans les station-services. Je ne suis pas du genre à acheter des collectors à un million de francs dans les magasins de disques rares. De toutes façons je risquerais de les abîmer en scratchant, il faut faire gaffe aux rayures et aux traces de doigts. (rires)
C’est assez paradoxal mais ta musique ne s’adresse pas aux autres deejays ?
On a envoyé des copies promo de l’album au deejays pour qu’ils nous disent ce qu’ils en pensent, certains n’ont pas du tout aimé, d’autres ont bien aimé mais ils ont répondu qu’ils ne joueraient jamais ça dans leur club. (rires) Je m’en fous un peu, je ne viens pas de la culture club, je ne suis jamais allé en rave, je ne fréquente pas les boites de nuits, tout ce qui m’intéresse dans tout ça c’est le scratch. Voilà pourquoi ma musique n’est pas de la dance-music ou de la musique pour les radios. C’est… je sais pas. Je ne sais pas ce que c’est mais en tout cas ce n’est pas ça…
Mathieu Rotman
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