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Chronique de "A Night At The Playboy Mansion"

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Sorry, your browser doesn't support Java.  Dimitri from Paris
 
"Que tout d’un coup le lecteur moyen de Playboy, qui doit avoir la quarantaine, mette le CD de Dimitri dans son 4X4, et qu’il le kiffe…"
   

Faut-il vraiment faire les présentations ? Dimitri from Paris (il y a d’autres Dimitris sur la scène électronique, d’où la distinction) n’a plus ses preuves à faire en tant que dj, ‘long time’ amateur de disco et de house, genre qu’il a largement contribué à faire connaître en France, notamment à travers des émissions qu’il animait dans le temps sur NRJ. Aujourd’hui recasé aux côtés de l’équipe de Respect / Secret, résident dans leurs soirées tous les mercredis au Queen, il a été invité à sélectionner et mixer quelques oldies de choix pour la compilation « A Night At The Mansion », et à jouer ces quelques perles en présence des bunnies (les playmates de Playboy) autorisées au bord de la piscine d’Hugh Heffner. Epaulé par les trois cerveaux de l’organisation parisienne, qui ont su monter le coup, à savoir Fred Agostini, David Blot et Jerome Vigier Kohler, un peu plus locasses que lui, ils nous parlent de cette surprenante association. Hugh Heffner leur payera-t-il leur cachet ? Vont-ils en profiter pour demander la naturalisation ? Abuseront-ils des petites lapines ? Autant de réponses que vous ne trouverez pas dans cette interview.
 
Quel est le rapport entre Playboy et la disco ?
DFP – L’hédonisme.

Comment s’est passé la rencontre avec Hugh Heffner, le patron du magazine ?
DFP – C’est une rencontre qui est venue un peu par hasard, intéressée parce que Playboy était déjà partenaire de soirées house, ils voulaient toucher un public plus jeune, et de notre côté parce qu’on adore le magazine et ce qu’il représente. Ils étaient partenaires sur notre soirée à la dernière édition de la Winter Music Conference de Miami, ce qui nous a permis de rencontrer une charmante jeune fille, aspirante djette, qui était en charge du marketing pour eux. En lieu et place du mec gros lourd chargé du marketing, c’était une jeune femme avec plein d’histoires à raconter. Quand on bosse avec des sponsors, supergros, corporate, on tombe en général sur des gens chiants, qui veulent tout le temps grossir leur logo, alors que là c’est du style on vous file les 300 tee shirts, on vous laisse faire l’artwork.
JVK – Ils soutiennent les Masters à Miami depuis des années.
DFP – Ca s’est transformé en une sorte d’amitié, ils ont continué à sponsoriser les Respect à New York. Et puis elle a commencé à nous parler d’Hugh Heffner et de ses soirées californiennes, en nous disant qu’il y avait souvent des djs là bas, et là on a eu la révélation.
JVK – Et puis elle nous a dit que Hugh Heffner, Respect, ça veut rien dire pour lui. Faut savoir que les fêtes à la Mansion, c’est le gratin d’Hollywood, Jack Nicholson qui fête son anniversaire, c’est une institution, il en fait deux ou trois par mois. Bon après il y a différents degrés dans la fête, elles sont rarement nocturnes. Et de cette conversation, l’idée est née de faire un CD pour justifier cette fête, une idée qu’est plutôt venue de nous que d’eux. Et ils ont accroché alors qu’on s’y attendait pas : on se disait qu’il y aurait plein de barrages, de gens qui ne comprendraient pas ce qu’on veut faire, mais il se trouve que très vite on a eu des réponses et voilà où ça a abouti. Mais il n’y a pas eu de calculs ni de leur part ni de la notre.

C’est du co branding.
JVK - Oui, c’est du co branding, mais à ma connaissance Playboy n’a pas d’intérêt financier dans le projet, je crois qu’ils commencent à toucher de l’argent à partir de 100000 ventes. Pour nous, c’est vrai que c’est bon pour notre image. Et le crossover on le trouve marrant : que tout d’un coup t’aies le lecteur moyen de Playboy, qui doit avoir la quarantaine, mette le CD de Dimitri dans son 4X4, et qu’il le kiffe…

Ca va lui rappeler ses vingt ans !
DB – Peut être que Hugh Heffner a réagi comme ça. Mais tous les contacts qu’on a eu avec eux, c’est dans un circuit underground. Et puis Astralwerks, notre maison de disques américaine, qui nous a vraiment bien bossé là bas, a aussi aidé à faire avancer le truc, pas directement.
JVK – Pour nous ça a été un projet vraiment façonné pour le marché américain. On a signé sur une maison de disques française pour des raisons pratiques. Aux Etats Unis ils ont des repères très différents des nôtres, dans tous les domaines. C’est déjà bizarre de voir les premières compils Respect dans des bacs de petits magasins, à côté d’un artiste french touch qui n’est pas très connu ici, et qui cartonne là bas.
DB – Ca dépend vachement de la distribution.
JVK – Et puis faut pas oublier que ce co branding en terme d’image, c’est pas forcément un bon coup pour nous. On adore le magazine, mais les premières réactions d’Astralwerks, c’était : ‘ah, Playboy…’ Pour eux Playboy, c’est beauf !

Ouais, il y a un paradoxe : ici c’est chic, là bas moins.
JVK – Enfin, le magazine représente quand même quelque chose sur le marché institutionnel américain. Hugh Heffner nous a pas attendu pour redorer le blason du magazine. Les fêtes à la Mansion, ça fait des années que c’est quelque chose de très couru.
FA – Et puis bon, Playboy c’est un journal soft porn.
JVK – C’est un truc assez inattendu. Que des petits parisiens qui font des soirées au Queen fassent des soirées à la Mansion, c’était pas évident. C’est pareil qu’avec Saint Laurent, il y avait un décalage entre nos soirées gratuites un peu populaires, et le côté très chic de Saint Laurent.
DB – Ce qui compte, c’est la fête, on l’a pas encore fait. Ce sera un cocktail, avec Dimitri aux platines.
DFP – La plupart des fêtes, c’est l’après-midi. Ca commence à deux heures, ça finit à six heures.

Une pool party.
DFP – Oui.
JVK – Aucun organisateur ne l’a fait. Il n’y aura pas Scream à la Mansion le mois prochain.
DFP – Ils se demandent ce qu’il faut : des platines ? Il y a déjà eu de grands djs, mais plutôt hip hop.

Alors parlons musique quand même. Il y a une sorte de mode, le retour aux grandes heures de la disco. Votre projet s’inscrit-il dans cette lignée ?
DFP – Je suis passionné de disco depuis toujours.

Tu as fait des edits de certains morceaux, pour quelle raison ?
DFP – C’est pas toujours évident de passer des morceaux de l’époque tel quel, ça marche toujours moins que le dernier truc de Subliminal (label de house’pumping’ d’Eric Morillo, ndr). Mon truc c’est d’essayer de squeezer mon message dans ce contexte. La première raison de faire un edit est complètement égoïste : c’est parce que je voulais ces versions en vinyle parce que ça me faisait chier d’avoir des CDRs, la deuxième c’est que le truc réédité est beaucoup plus facile à comprendre que l’original. « Found A Cure » d’Ashford et Simpson, l’original, est un morceau très long à démarrer, et à chaque fois que je le jouais, ça faisait chier les gens au début, je perdais un peu la piste, et quand le beat partait, les gens ne revenaient pas forcément. J’ai pas fait ces edits pour la compil.
FA – T’as pas trop bossé en fait.
DFP – Rien du tout. Je me suis dit qu’ils seraient parfaits pour ce projet.
FA – Ah d’accord !
DB – Et les frais de studio ?
DFP – Ca permettait de donner un truc exclusif, même si le type qui est dans son 4X4, il en a rien à foutre que ce soit un edit…

Ouais mais il y a les trainspotters…
DFP – Le trainspotter est quelqu’un que je ne laisse jamais de côté, en étant moi-même un. C’est hyperimportant que tout le monde s’y retrouve : le mec qui connaît pas doit trouver ça accessible, et le spécialiste doit reconnaître les choses nouvelles. C’est aussi un retour aux origines dans la manière dont la musique a été faite. Des gens comme Ron Hardy ou Frankie Knuckles étaient experts en editing, qu’ils faisaient avec un magnéto à bandes. Ils se tiraient la bourre tous les deux, et c’était pareil à Chicago, avant qu’on commence à faire des remixes.
DB – C’est marrant de revenir à ce principe de l’edit, surtout après une période de remixes où les morceaux n’ont plus rien à voir. C’est presque un truc personnel.

C’est sa propre version du morceau.
DFP – Moi j’ai commencé comme ça, tous les djs, même des mecs comme Dave Clarke.

Mais est-ce que cette compil n’arrive pas un peu tard après tout le revival disco ?
JVK – On a lancé une soirée, Secret, en septembre, qui participait à ça. On s’est largement inspiré de Body & Soul, et les djs, Dimitri et Romain, jouent disco, Ivan moins mais ça reste old school. On a fait ce truc un peu retro parce que ça faisait trois ans qu’on faisait Respect et qu’on voyait des djs qui se pointent comme ça et nous jouent le son des clubs, et le même son entendu partout. Effectivement, il y a une mode, Erik Rug a fait une soirée dans le style. Mais on s’en fout de la mode, on l’a pas lancé non plus, c’est juste le son qu’on kiffe. Même moi ça me dérange parce que c’est pas le truc le plus sain qu’on puisse faire, mais après tout c’est ce qu’on aime, et que la compil sorte après ou avant la mode, surtout que c’est une micromode, ça importe peu. Bon, même si dans les compils disco, il y en a qui vendent.

Je pensais plus à « The Loft » ou « Larry Levan Live At The Paradise Garage ».
JVK – Ah ouais, c’est vrai.
DB – Ouais, mais chacun met ses vieilleries qui ne sont pas forcément les mêmes. On ferait ça avec Ivan, Romain, Zdar ou n’importe qui ça donnerait quelquechose de différent. On est dans un créneau dancefloor donc on attend un peu le style qui constituera un vrai renouvellement. Je pense pas du tout qu’on ait fait le tour de la question, on termine la boucle, on verra bien après. Il y a encore des classiques à redécouvrir.
JVK – Je pensais pas, mais c’est vrai que ça s’inscrit dans une vague de fond. C’est vachement différent de ce qu’on faisait avant. On s’en lasse pas, et on est bien placé puisqu’on en entend sept heures par semaine. Je trouve ça riche : je m’amuse plus maintenant que pendant les six derniers mois de Respect.
DB – Tout le monde, on citera personne, se laissait aller à jouer des gros trucs dancefloor, alors qu’on essayait de monter des plateaux variés. Pour les djs, je comprend, c’est grisant de jouer devant 2500 personnes, mais nous on s’en foutait, si il y en avait 1000 qui partaient il en restait encore 1500.
JVK – En tant qu’organisateur, j’ai plus le sentiment de construire quelquechose avec des djs résidents qui ont moins cette pression, ou ailleurs, dans des clubs différents.
DB – Ca avance pas en modernité mais en exigence par rapport aux gens tout en restant populaire. C’est à la fois super trainspotter, il y a des gens que ça fait grimper de façon incroyable. Tout le monde est en train de s’enrichir beaucoup plus. Ca fait super plaisir d’entendre Ivan qui joue INXS, parce que tout le monde redécouvre un morceau qu’il connaît forcément.
DFP – Je trouve ça bien de prendre le risque de jouer un truc un peu cheesy, mais qui marque les gens.

Mais par rapport au risque, ce serait pas plus risqué de jouer des trucs que vous n’ avez pas essayé et qui sont vraiment nouveaux ?
DFP – Tu penses à quoi ?

Par exemple le two step garage. Zdar en joue un peu. On a l’impression qu’il faut qu’un membre de la clique en joue pour que ça passe, alors qu’il y a peut être d’excellents djs (comme Ouifonk, à écouter en real audio cette semaine sur wsound, ndr) que vous ne programmez pas ?
(tous ont l’air un peu agacés)
DB - C’est vrai que ça fait un moment qu’il y a deux styles qu’on voudrait pousser, le two step et le r n b. Stretch Armstrong est le seul dj qui nous a planté en trois ans. Et le two step, eh bien d’abord il y a un réseau d’amis, on a du faire jouer 150 djs à Respect, donc c’est un réseau supergros. On va pas faire jouer un inconnu à deux heures du mat au Twilo.
DFP – Moi, je veux dire un truc là dessus, parce que j’en joue pas. Les Anglais me demandaient à l’époque le speed garage tu connais ? Et je répondais que ça me faisait chier. Je trouves ça nul, ces espèces de beat super raides, hyper digital, pas du tout chauds.
FA – On parlera plus du two step l’année prochaine, on parlera encore de disco.
DFP – Je reçois des disques, je refuse pas d’en jouer, c’est pas calculé dans un sens comme dans l’autre.
DB – On aime bien fonctionner avec des producteurs, aussi, donc on attend un peu que ça s’implante plus en France. Personne n’en fait encore. C’est suffisamment proche de l’univers Respect pour que ce soit intégré directement dans le truc.
JVK – Faut pas oublier que c’est un courant très anglais, et on a aucune relation avec les mecs du two step. En Angleterre, c’est une industrie et si on veut booker une star du genre à Paris, il va demander des fortunes. On a jamais vraiment fait de soirées en Angleterre, on fait des trucs aux Etats Unis, en Belgique, à Copenhague. A part des exceptions, on a pas de relation avec les djs anglais en général. Je vais jamais à Londres, si je vais à une soirée two step et je prends ma claque de l’année, ça me fera réfléchir.
DB – Ce qui me fait chier aussi, c’est qu’il n’y ait pas de soirée two step dans un club à Paris qui arrive à tourner. C’est un peu triste le clubbing à Paris.
JVK – On se sent pas obligés de suivre la dernière tendance que les magazines anglais montent en épingle.
DB – C’est quand même vrai qu’on devrait en programmer.
JVK – J’ai entendu un morceau qui m’a plu, mais rien qui m’a retourné non plus.

Mais peut être que dans six mois, après la sortie d’albums comme celui de MJ Cole, tout le monde adorera. Ca vaut pas le coup d’essayer de précéder un peu les choses ?
DB – Tu touches un point sensible, personne n’a entendu son album.
FA – Faut nous l’envoyer !
DFP – Enfin moi j’ai rien entendu de MJ Cole qui m’ait impressionné à ce point, j’aime pas leur manière de concevoir les rythmiques. Ca sonne cheap.
DB – Ce qui m’intéresse c’est comment ils incluent le r n b là dedans.
JVK- S’il y a un petit génie qui produit du two step avec un peu de r n b, on le prend immédiatement. On est plutôt dans une logique de développement d’un son.
DFP- Ca fait quinze ans qu’il n’y avait pas de soirée régulière à Paris avec les mêmes djs qui reviennent toutes les semaines. On peut faire une soirée où les gens sont hystériques, sans un seul Armand Van Helden, sans un seul Subliminal, sans un seul pied qui tabasse. Donc peut être qu’on programme pas de two step, mais c’est pas mal par rapport au reste du clubbing parisien. C’est pas gagné définitivement, et quand ce sera fait, on fera autre chose. Je commence à en avoir marre de jouer des vieux trucs, il me faudrait plus de bonnes nouveautés, j’en cherche activement.

Et as tu un projet d’album cette année, sur Yellow ?
DFP - Je suis pas lié contractuellement à Yellow donc je sais pas si ça se fera avec eux, mais je travaille effectivement sur un album. Mais bon comme je fais dix mille trucs en même temps, je suis pas très pressé, j’avance à mon rythme. Ca sortira quand je considérerais que ce sera digne de faire écouter aux autres, je peaufine.

Et vous, de nouveaux produits dérivés en prévision ?
FA - Co-branding, produit dérivé ! Ouais, on a un parfum qui sort ! Notre site sera en ligne bientôt, désolé y a rien à vendre.
JVK - Plus sérieusement, notre actualité, c’est Secret tous les mercredis au Queen et les soirées Respect qui voyagent dans le monde (NYC, Copenhague, Bruxelles, Lausanne).
DB - On a envie de revenir à des trucs privés, ou au contraire des grosses soirées.
JVK – On est pas producteurs, on investit pas les fonds, on est directeurs artistiques et on a pas les moyens à notre disposition pour faire d’autres trucs à Paris.
FA – Les Français sont trop frileux, t’as qu’à voir les moyens de promotion, les sound systems, c’est la discothèque à papa.
JVK – C’est pas notre extrême priorité de refaire des soirées Respect à Paris, même si ça reste le cœur.
DFP – A l’étranger les gens te demandent quel sound system tu veux, ici faut que tu te démerdes, on continue à Paris pour essayer de faire avancer les choses, parce qu’on y vit.

Gregory Papin


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