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Musicien pour le moins atypique, jeune - vingt trois ans - et de surcroît assez prétentieux, il rivalise pourtant avec les pionniers de la nu-electronica (WARP et consorts) dans la torsion de la matière sonore électronique. Il nous livre ses réflexions peu avant la sortie de son premier album, "The Critical Path", soit littéralement "le pas critique", oeuvre de peu de chair et de beaucoup de saturation. On attendait un mécanicien égaré du Paris Dakar, on se retrouve avec un pilote confirmé de home studio. Magnéto.
Le label Fuel qui t'as en quelque sorte révélé est connu pour ses Dodge Challenger customisées. Rappelles-nous votre concept de musique pour belles automobiles.
En fait, c'est surtout le délire de Richard, le boss de Fuel. Il adore les grosses voitures américaines des années 70, et il adore la musique. Alors il a réaménagé quelques voitures pour créer un sound system surpuissant. Il y a un générateur de courant, qu'on a pris dans un bus, qui te permet de rouler cinq heures, t'arrêter en haut d'une montagne, et faire la fete toute la nuit. On a pas besoin de cables, c'est la liberté ! Ca a causé quelques ennuis entre Richard et la police à plusieurs reprises. A la dernière édition de la Miami Winter Conference, il attirait tous les gang members latinos de la plage qui hallucinaient sur le son, et les turbines hydroliques sortant du coffre. Ils ont improvisé une fete sur le parking qui a failli dégénérer en émeute, car ils le voulaient dans leur gang avec la voiture. Les forces de l'ordre ont du intervenir. L'usage que j'en fais est moins aventureux. En général elle est garée devant notre studio, et je vais écouter les DATs des morceaux quand je les ai presque finis. L'équalisation te permet d'effacer les basses, les médiums ou les aigus, et de régler tous les petits détails pour avoir un mix compact. Maintenant c'est devenu un rituel.
Les Anglais parlent d'une mouvance nu skool breakbeat, et ont une tendance à te qualifier de chef de file...
Je ne fais pas vraiment que ça. La plupart des morceaux de l'album sont trop lents pour être joués dans des clubs. Pour être franc, je n'aime vraiment que dix disques de breakbeat par an à tout casser. Les critiques nous restreignent à ce style mais la prochaine sortie de Fuel est un EP de remixes d'une musique de films, qui est plus jazzy electro à notre manière que du gros breakbeat dark. J'aime bien Freq Nasty, et quelques autres, il fait son truc et son orientation est plus hip hop funky. Cependant je me sens plus proche d'Autechre que de cette école-là. J'ai fait un remix de MUzik, et lui en fera un de mon deuxième single. Plaid a remixé "LED Down". Mais mes morceaux sont plus carrés que les leurs, sur les disques de WARP tout s'entrechoque. J'essaye de prendre cette folie et de la structurer. Je ne connais aucun musicien qui passe autant de moi derrière ses machines, parfois des heures sur un son minuscule, quasi-imperceptible à l'écoute finale. Je suis lent et perfectionniste.
"The Critical Path" est un disque assez froid. Pour quelles raisons ?
Je travaille en plein centre de Londres, dans un quartier industriel assez défraîchi, sombre. C'est une ville grise et, en effet, plutôt froide.
Tu as fait appel à deux chanteuses (un morceau avec Déborah Anderson a été rajouté à la dernière minute, ndr), te sens-tu à l'aise avec les voix ?
J’y fais aussi très attention. J'écris les paroles des chansons avant qu'elles arrivent au studio. Je préfère leur faciliter la tache et au cas ou elles voudraient chanter un truc que je n'aime pas, ça règle le problème. Ca s'est quand même bien passé, faut un peu de patience, c'est tout. La deuxième chose que je n'ai pas faite moi-même, c'est jouer du violon. Le chef d'orchestre est venu au studio. Pendant que je lui jouais des nappes aux synthétiseur, il transcrivait la partition en solfège. On est retourné voir ses collègues, et ils m'ont fait ça en une prise. Impeccable !
Qu'attends-tu de cet album qui sort sur Higher Ground, c'est à dire Sony ?
Ce que je veux vraiment, c'est faire des musiques de films. Il n'y pas de sound track que j'aime complètement, du début à la fin, et si ça peut me rapprocher de ce but, c'est déjà ça de pris ! J'ai signé pour cinq albums avec Sony, mais ils peuvent très bien me virer. Je m'y attends presque. Alors je n'ai ni de pression, ni la sécurité de l'emploi. Je ferais des disques ailleurs. Franchement, je pense que l'album vendra plus dans cinq ou dix ans. En ce moment les gens n'attendent que du bang, bang, bang de la musique électronique (et il tape du poing sur la table pour illustrer son propos, ndr), ils devraient réfléchir avant d'acheter ! Ce n'est pas une période propice pour ceux qui font de la musique atmosphérique.
Vous avez fait une vidéo ?
Oui, pour "LED Down", mais je l'ai refusé. Je ne l'ai vu que finie, et elle ne me correspondait pas. Je voudrais quelqu'un comme Chris Cunningham, mais il a arrêté, ou le gars qui a fait "Smack my bitch up" de Prodigy, mais il est trop cher. Il faut que je trouve le prochain Chris Cunnigham, un étudiant en cinéma qui nous la fera pour dix livres. Tu peux passer le mot.
Quel impact sur l'auditeur recherches-tu avec ta musique ?
Je peux te dire ce que je ressens personnellement. J'ai l'impression d'être dans le liquide amiotique, la basse tout près du visage.
Gregory Papin
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