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Les aspirations musicales de Michael Fakesch et Chris de Luca, aka Funkstorung (anciennement Musik Aus Strom, devenu le nom de leur label), les ont mené sur des terrains pour le moins escarpés. Du relief dans la musique. Le titre de leur premier album, « Apetite For Destruction », est à ce titre significatif. Au lieu de valoriser leur dextérité derrière les machines par de grands élans démonstratifs, ils placent la technologie comme un moyen et non une fin en soi, le fond plutôt que la façade. Au départ formation techno carrée, ils s’orientèrent assez vite vers une électronique aléatoire, dont l’élément de surprise constitue la principale attraction. Ainsi Bjork s’est adjoint leurs services de producteurs vertueux, voulant même les signer, et le Wu Tang Clan leur commanda un remix (peut être pas en direct, mais bon, ndr). Souhaitant dépasser le cercle d’initiés sans se renier, ils tentent une véritable expérience dans le monde de l’électronica, expérimentale et habituellement si rébarbative, en incluant des vocaux hip hop ou chantés à leurs sculptures soniques décapantes. Subterfuge ? Séance de dissection obligatoire.
On vous connaissait surtout pour vos remixes rassemblés sur la compilation « Additional Productions », et là vous sortez votre propre album, alors qu’est ce qui change dans votre approche de la production ?
On met autant d’effort dans nos remixes que nos propres productions. C’est le point de départ, leurs samples ou nos samples, qui change, et il faut savoir que pour nous le point de départ est enfoui dans tout le processus. C’est une petite différence. L’essentiel est qu’on aime le remix, c’est aussi pour ça qu’on nous les demande, et tant pis s’ils sont très éloignés des originaux. On ne veut pas associer notre nom, Funkstörung, à de la mauvaise musique. Le point commun entre les remixes et la production, c’est qu’on prend notre temps pour bien les affiner.
En général le seul élément d’origine reconnaissable dans vos remixes est le vocal, le reste c’est du son calibré Funkstörung.
On n’a pas de théorie, c’est arrivé comme une nouvelle étape. En fait, on ne se dit pas qu’on doit impérativement garder la voix, mais à chaque fois on les aimait beaucoup, globalement on aime bien utiliser des vocaux. Wu Tang, A Guy Called Gerald, on était plutôt gâté. On adore les voix, elles sonnent bien dans le contexte de notre musique, je ne vois pas pourquoi on ne les utiliserai pas. C’est triste de voir que c’est ce qui nous différencie des autres groupes electronica, un genre que nous concevons ouverts. Ce n’est pas un show case technologique, la démonstration devrait être derrière et la musique en avant. Il y a de la soul dans notre musique, ce ne sont pas que des détails.
Et on peut remarquer que les artistes d’electronica qui utilisent des vocaux, le font avec un son volontairement salace, lo fi, comme Leila…
Oui, exactement, on n’est certainement pas les premiers.
Kraftwerk !
Oui, bien sur, Kraftwerk. Mais c’est vrai, c’est en un sens de l’électronique rétrospective, comme Leila, old school. Nous on veut faire un son humain mais futuriste. On fait du high tech, avec des vocaux. C’est unique.
Beaucoup de producteurs de musique électronique sont de piètres techniciens. Est-ce qu’on peut dire que d’avoir une bonne connaissance de vos machines vous ouvrent une large palette de possibilités, des choses les plus simples aux plus complexes ?
C’est évident. Mais il faut comprendre que ce son high tech, l’exigence, construire les rythmiques mesure par mesure, pour nous c’est le pied ! C’est juste pour nous, pas pour prouver aux autres de quoi on est capable. On s’ennuie quand on écoute un morceau achevé en une après midi. Quand on réécoute des titres produits il y a plusieurs années, il y a toujours des sons que nous avions oubliés. On change l’équalisation et ce sont des choses nouvelles qui ressortent. Certains sons font ce qu’ils veulent. C’est très important d’offrir aux gens une musique qui va peut être les heurter au premier abord, mais qui recèle de nombreux secrets soniques. Ils peuvent l’ écouter pendant des années et entendre encore des nouveaux effets. Il faut l’écouter très fort, au casque, ou 100 fois et tu trouveras de nouveaux détails. On ne pense pas à l’impact de notre musique sur les autres, parce que c’est déjà une forme de compromis : tu commences à penser comme ça et ça t’empêche des te lâcher.
Combien de temps vous faut-il pour finir un morceau ?
Ca dépend, mais parfois ils nous faut cinq jours pour reconnaître que le track était terminé au bout des trois premiers jours. Parfois moins est plus. Mais nous sommes heureux de tous les patterns que nous avons programmé. Sinon on ne pourrait pas être là.
Comment retranscrire des architectures musicales si lourdes en live ?
On a des séquences préprogrammées, et on change plutôt les structures des morceaux. Mais on peut aussi jouer des patterns en temps réel, jouer sur les filtres. Bien sur il s’agit surtout d’arrangement, mais on essaye de faire en concert des choses un peu différentes du disque, et en plus, notre MC Triple H sera présent sur la tournée.
Comment avez vous travailler avec Triple H et les deux chanteuses Greenwood et Carin ? Ils ont du halluciné d’entendre ce que vous leur demandiez de faire ?
Pas du tout, on leur donnait un breakbeat très simple et une mélodie, un groove, et on se servait des voix pour construire le morceau ensuite. Il y a fort à parier que ça aurait été trop ardu dans l’autre sens. On a changé le tempo, les mélodies, ils arrivent à peine à se reconnaître.
Que signifie Funkstörung ?
Interférence sur des ondes radios, ‘funk’ et ‘störung’. Quand ton téléphone portable fait des scratches, c’est un funkstörung, une expression fréquemment utilisée chez nous. Et ça pourrait aussi vouloir dire funk distordu.
Pensez-vous que votre musique soit révélatrice de votre personnalité : est-ce que vous êtes des tordus ?
Non, absolument pas, on ne va pas renverser la table. On est très fidèle à nos copines, on a une vie plutôt calme, presque normale. Notre musique est un exutoire.
Pourtant votre musique est animée d’un instinct de destruction, ça se sent, non ?
Pour nous la destruction est la reconstruction. Il faut détruire pour regarder de plus près. Si je casse ce verre, j’aurai accès à plein de petits bouts, et on pourra les reconstruire.
Ce sera un verre très fragile !
Les mosaïques sont des verres cassés remis ensemble, c’est pas joli, les mosaïques ?
Si on parle de filiation entre vous et le Autechre du début des années 90, est-ce que ça vous dérange ?
On adore Autechre, et eux comme d’autres sont d’énormes influences. Chacun la sienne. La presse dit que nous sommes les Autechre allemands. Maintenant je crois qu’on est quand même assez éloignés, on ne touche pas les gens de la même manière. Autechre te fait te sentir inconfortable.
Pas à l’époque.
Oui, c’est vrai. Mais, nous sommes si peu de groupes à faire ce genre de musique, que l’on nous compare toujours. On est capable de trouver des différences à deux maxis techno utilisant une 909 et une 303 pour la deux millième fois, et de trouver des rapprochements entre nous et Autechre, alors qu’il y en a moins. On a tous des directions différentes. On aime avoir un son fat !
Gregory Papin
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