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Si vous n’êtes pas client de bavardage nihiliste, passez votre chemin. On ne connaît pas ses deux précédents albums sortis au Canada, et l’écoute de « Gonzales Uber Alles » peut parfois laisser perplexe. Un peu à la manière de ces nouveaux voisins de DHR (la bande à Alec Empire), mais en nettement moins bruitiste, Gonzales est un punk rocker dans l’âme, qui a choisit de faire front devant les dérives de l’industrie musicale et de la création artistique avec pour arme un home studio installé dans une ancienne station télé berlinoise bombardée pendant la guerre (relation de cause à effet ?). Ne faisant pas preuve d’une technicité maladive, Gonzo le survivant donne plutôt dans les mélodies détraquées pas toujours digestes et le MCing conceptuel. Mais pour ce qui est de sa défense ou de simplement parler de lui-même, il se révèle un authentique performer, jamais à court d’arguments.
Habituellement les producteurs de musiques électroniques donnent l’impression de se cacher derrière leurs machines, et toi tu n’hésites pas à prendre le micro. Te sens-tu différent ?
Oui, je sens une différence, mais avec n’importe quel autre artiste. Chaque artiste doit amener sa personnalité et s’exposer, dire des choses. Regardes quelle taille je fais (il monte facile à six pieds, ndr), si je voulais me cacher derrière les machines les gens me verraient quand même. Ma personnalité est immense. Mais pour tout dire, je suis passé par une phase comparable, et je pense que c’est plutôt l’expression de la peur. Et chaque chose que je fais, c’est une lutte contre la peur. C’est ma pire ennemie.
Mais des difficultés de communication peuvent être assimilables à plein de choses. Pour certains artistes, c’est un choix conscient, voire raisonné.
Je vais te dire : la plupart des musiciens ne cherchent à casser que le petites règles, à faire tomber les petits murs. Ils se regardent trop faire, ça les empêche d’être à leur plein potentiel. Ils ont besoin de plus de confiance en eux-mêmes. J’ai des superpouvoirs musicaux, qui me sont arrivés comme ça. Je n’ai jamais eu envie d’être musicien, je n’en avais jamais rêvé, mais mes superpouvoirs me sont apparus. Les gens écoutaient toujours ce que j’avais à dire, étaient envoutés quand je jouais du piano. Le fait de faire cette interview prouve que je dis la vérité. Et j’aimerais que les gens dépassent leurs peurs.
C’est le côté do it yourself des musiques électroniques qui t’a branché ?
Je crois que les gens devraient plus faire attention à la « dreamlife » (vie de rêve ?, ndr). C’est très chaud d’être un artiste abstrait. Mais quand tu vas te coucher, tu rêves. Et la musique, le cinema, l’art, ne reflètent pas cette poésie visuelle, mais plutôt le réveil, le matin. J’essaye juste d’intégrer ma « dreamlife » à ma musique. Ca ne répond peut être pas à la question…
Ce n’est pas grave. Je n’ai pas pu me procurer tes deux premiers albums sortis sur Warner Music Canada, peux-tu brièvement les décrire ?
A peu de choses près, la même direction artistique on peut dire, mais avec d’autres instruments, d’autres personnes, d’autres embranchements. Je choisis toujours mes sons pour qu’ils soient plaisants à l’oreille, pas d’un point de vue physique ou mathématique. Quand je freestyle ou que je joue du piano, c’est la même chose. J’aime la musique accidentelle, surtout dans le MCing. Si tu ouvres tes orielles dans la rue, tu peux entendre des centaines de gens en train de rapper sur le beat du trafic. Après ça, savoir comment tu le fais dans le studio a l’air peu important. Je n’ai pas d’équipement à moi, j’emprunte toujours leurs machines à des amis. Et je n’ai pas le « musical masterplan » (prophétie de l’industrie du disque ?, ndr). La musqiue est secondaire. Il faut que je passe mon message dans la tête des gens, c’est ma priorité. Qu’ils pensent par eux-mêmes.
Et comment se passent tes concerts ?
Freestyle. Je fais de la musique devant des gens, et après je détruis cette musique devant ces gens. Certains trouvent le show raté, en général il n’y a que trente personnes, mais bon, je joue devant eux exactement comme s’ils venaient m’écouter dans mon appartement. Et puis je joue avec d’autres superheros musicaux, dépendant de la ville où je me trouve. Hier soir, j’ai fait un morceau avec Olaf Hund. Il faut être 100 % real.
Pourquoi as-tu bougé à Berlin ?
En fait, quand j’ai sorti mon deuxième album au Canada, j’ai commencé à raconter comment ça se passait avec mon label, sur la place publique, dans les magazines, à la télévision. Je disais tout, le bon et le mauvais côté du succès de l’industrie du disque.
Et que disais-tu à ce sujet ?
Par exemple, il y a un grand et un petit cercle. Le grand rassemble les musiciens pour qui la musique est une récréation et une thérapie, et le petit une infime minorité carriériste. Et tu n’entends parler que du petit cercle dans les médias.Et ce que je veux, c’est montrer que nous sommes tous des superheros, qu’ils ne m’impressionnent pas. Ca leur a fait peur, ils ont cassé le contrat et m’ont donné de l’argent pour m’exiler en Europe, d’abord trois mois à Paris où j’ai essayé de rencontrer Françoise Hardy, avant d’atterrir à Berlin. La musique est en train de mourir. Il y a eu un temps avant la musique, il y aura un temps après. Je suis un entertainer, alors je serai encore là.
Gregory Papin
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