|
|
|
Simon Richmond, le fougueux maître d’œuvre de Palmskin Productions, a intégré l'équipe de Pussyfoot l'année dernière. Après un live commun avec Daddylonglegs, il nous livre en ce début d'année "Kunstruk", un disque rêche et mystérieux, qui donne un second souffle à sa carrière mouvementée après le semi-échec de son premier LP "Remilixir". Il nous parle de la confection de ce disque, de la "vibe germanique" de "Kunstruk",concept pour le moins saugrenu, et d'exhibitionnisme dans cet entretien-vérité.
Tu as commencé ta carrière musicale comme percussionniste dans le groupe d'acid jazz K-Creative. Que retires-tu de ce savoir-faire aujourd'hui, derrière les machines ?
J'en retire beaucoup de choses. J'ai d'abord appris à ressentir la musique avec les percussions parce que quand tu joues, tu n'entends pas ce que tu fais mais tu es physiquement en contact avec le son. J'ai compris comment fonctionnent les rythmes, et surtout comment utiliser les rythmes. Quand tu es batteur, tu sais tenir la rythmique, mais un percussionniste se pose sur elle, doit trouver sa place, rajouter une certaine saveur. Et tu peux jouer n'importe ou, tu n'as qu'à te taper sur les cuisses ou sur le dos de ta copine.
Comment s'est passé la transition des grandes formations sur scène à la solitude du home studio ?
L'acid jazz avait plongé les musiciens de rare groove dans une atmosphère de compétition très agressive. C'était un truc de frimeurs. Tu te pointais à une jam session, il y en avait plein à Londres à l'époque, et chacun essayait juste de montrer qu'il était le meilleur, qu'il avait la plus grosse bite. Je détestais ça. Au même moment, Gilles Peterson et James Lavelle (les boss de Talkin Loud et Mo Wax) organisaient leurs premières sessions au Bar Rhumba, les soirées "That's How It Is" (qui existent toujours sous une autre forme), et ont voulu faire évoluer le truc. Alors on se pointait avec un dj à la place du batteur, des vieux synthés, et on faisait des morceaux complètement barrés devant des gens qui attendaient un trio acid jazz rangé. C'est là que j'ai commencé à faire de la musique à partir de sources moins évidentes, et je me suis naturellement tourné vers l'électronique.
Comment expliques-tu que "Kunstruk" soit aussi différent de ton premier album, "Remilixir" ?
Je crois que c'est une question d'état d'esprit. "Remilixir" est un disque introspectif, beaucoup plus calme. Pour "Kunstruk", les choses se sont imposées à moi. J'étais en confiance : ma musique est plus directe. Je ne veux pas me comparer à Miles Davis, mais ça me fait penser à sa façon de faire. Au lieu de jouer une mélodie, parfois il se contente de la suggérer, de la jouer vite, comme s'il pensait : "vous voyez ce que je veux dire". J'ai composé "Kunstruk" comme ça, "roughly throwing things together" (on se risque à une traduction : "en jetant les éléments les uns avec les autres" ? ndr), et en voyant ce que ça donne. J'en suis très content.
Tu joues en live aux cotés d'Howie B et de Jeremy Shaw de Daddylonglegs et vos albums sont finalement assez proches. Vos inspirations convergent ?
Exactement, même si le leur parle de chevaux, et le mien plutôt de l'Allemagne, je crois. Nos concerts sont fantastiques, on prend vraiment notre pied sur scène. On joue ensemble leurs morceaux et les miens, avec la même instrumentation. On se connaît très bien et depuis longtemps, on est sur la même longueur d'onde. Par exemple peu de groupes profitent de leurs erreurs, ils les cachent, nous on aime les exploiter. Et puis Howie est un gars rigolo. A Evreux lors de la tournée de cet hiver, j'étais de très mauvaise humeur. Pendant le concert, Howie m'a tiré le pantalon et je suis resté à moitié nu jusqu'à la fin du show. On a des danseuses qui montrent leurs seins à nos cotés, je voulais pas être sexiste ! C'est comme ces groupes d'hommes aux Etats Unis qui vont crier de toutes leurs forces au fond de la foret. C'est ce genre d'expérience, à la poursuite de sa virilité.
Pourquoi "Kunstruk" a-t-il cet accent si germanique ?
Je sais, c'est un truc un peu puéril. La réputation de la musique électronique allemande, et de l'Allemagne en général, est assez austère, stricte, froide, granitique même. Et je me suis dit que je pourrais reprendre des éléments de cette culture et les rendre plus humains, plus fragiles, plus marrants. Qu'on ne s'y méprenne pas, tous les pays sont marrants, mais l'Allemagne plus particulièrement. Je me souviens que mon grand-père ne tolérait pas que ma grand-mère parle allemand chez eux quand j'étais petit. J'ai alors développé une affection étrange pour ce pays, je ne sais pas pourquoi je te raconte ça. Enfin, bref, sur l'album, j'ai samplé des chants de la fête de la bière que j'ai transformé à travers un rack d'effet, pour rigoler. Je veux dire : j'ai fait de la musique et au bout d'un moment, j'ai compris que j'étais dans une vibe germanique. Tu fais de la musique, et après tu y appliques une théorie.
On sait cependant que Pussyfoot raffole de disques conceptuels. Tu dois être au courant des prochaines productions.
Ca ferait très rock progressif si je te disais que mon prochain album sera sur la Tour Eiffel. Je sais qu'Howie prépare quelque chose sur la mayonnaise, et comme j'adore la restauration japonaise, je crois que je vais faire le sushi.
Gregory Papin
|