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Débarqué d’on ne sait où en plein chambardement de la French Touch, les Anglais furent les premiers à nourrir leurs espoirs dans I Cube, après la sortie de son album « Picnic Attack ». Force est de constater qu’il n’a pas déçu, on dit ça pour beaucoup d’autres, et son deuxième album, « Adore » toujours sur Versatile, tout aussi plébiscité par la critique que par le public, n’a fait qu’enfoncer le clou. L’image peut d’ailleurs paraître un peu brutale pour quelqun qui donne l’impression de s’amuser avec ses machines, en ne gardant de ses expérimentations que les plus fantasmagoriques, et des titres amusants. Mais léger ne signifie pas futile, et si la musique d’I Cube est facile à écouter, elle n’en demeure pas moins une œuvre multidirectionnelle, qui ne livre ses secrets qu’au bout de plusieurs écoutes. Une bonne raison pour l’interviewer après tout le monde.
On se souvient qu’au début de ta carrière, tu ne te prêtais pas facilement au jeu de l’interview. La tournée promo d’ "Adore" a du t’être très pénible, ou bien il en fut autrement ?
C’est vrai qu’au départ, j’avais du mal à m’exposer. Je considérais que la musique parlait d’elle-même, et ce côté effacé, la non-image, était une manière de s’exposer quand même, que finalement beaucoup de producteurs choisissent. Mais j’avais envie de montrer qui j’étais réellement, c’était plus représentatif et certains journalistes écrivaient n’importe quoi sur ma musique. J’étais hermétique aux interviews, mais je me suis vite rendu compte que j’étais la meilleure personne qui pouvait parler de ma musique. Se prêter à des sessions photo déguisé, ça changeait des photos classiques qu’il y a dans la presse spécialisée, j’aime bien les farces et attrapes et les petits accessoires. En plus c’est marrant, j’ai posé dans un supermarché déguisé en pot de fleur, les gens se demandaient ce que c’était. Ils croyaient que c’était une pub.
Penses-tu que ta musique, qui verse volontiers dans la deepness, dévoile un trait de ton caractère ?
C’est possible, ma musique a un côté contemplatif. Je m’en rends compte après coup.
Tu as fait pas mal de remixes l’année dernière. En as-tu d’autres en prévision ?
Je suis en train de fignoler un mix pour Doctor L et un autre pour Leftfield. C’est un travail intéressant dans la mesure où tu te laches plus, t’as moins d’appréhension en prenant les idées des autres. En général il faut un minimum d’affinités musicales, mais je ne cache pas que quelquefois c’est alimentaire.
Quelle différence vois-tu avec le recul entre te deux albums ?
Je n’aime pas trop le mot, mais « Adore » est un peu plus intellectualisé. C’est le même processus, spontané et instinctif, mais les morceaux d’« Adore » ont plusieurs lectures, c’est moins évident. J’ai écouté pas mal de choses différentes en le composant, alors ça ressort comme ça. Il y a des éléments assez soutenus qui contrastent avec les mélodies.
Tu travailles en ce moment sur l’album de Château Flight aux côtés de DJ Gilb R, qu’est ce qui fait la différence avec ton projet I Cube ?
Château Flight, c’est autre chose. J’ai du mal à te dire, c’est plus jazz dans les rythmiques et certaines harmonies, un mélange entre électronique et sons organiques. C’est notre idée commune qui fait un morceau, on a pas de façon de procéder bien définie. On a presque terminé. On l’a enregsitré en partie dans une ferme à la campagne.
Penses-tu que l’endroit où tu te trouves pour composer est déterminant ?
J’ai bien ressenti la différence entre ceux qu’on a fait là bas et ceux réalisés à Paris. Mais ce n’est pas seulement l’endroit, c’est le cadre général, le mode de vie. On gambadait dans la campagne, ça nous inspirait.
As-tu d’autres collaborations en vue ?
Oui, je vais bosser avec quelqu’un qui fait des sketches en chanson. Il s’appelle John Cravache, c’est un peu de la déconnade comme il y avait à la Grosse Boule (émission surréaliste de Radio Nova, disparue de la grille, ndr), c’est parodique, décalé.
Travailles-tu à heures fixes ?
Je ne préfère pas me restreindre à des horaires particuliers. J’ai mon studio chez moi, à proximité, de telle manière que je peux m’enfermer et m’asseoir devant l’ordinateur dès que j’ai envie. A l’inverse, si tu n’as pas le matériel à disposition, les idées fusent et tu les oublies. Alors même si parfois faut se pousser un peu…
Tu as une formation de graphiste sérieux (sorti de l’école, ndr). Comment compares-tu ces deux activités ?
Quand j’étais à l’école d’art, je faisais de la musique à côté. C’est la même chose mais renversée aujourd’hui. Il y a une tendance de fond dans la société à être polyvalent. Des architectes nous avaient contacté pour un projet, par exemple. Plusieurs domaines vont de plus en plus dans la même direction. En plus ce sont les mêmes outils, informatiques. J’ai fait la pochette de « Adore ».
Tu as aussi une nouvelle casquette, celle de dj. Quel genre de dj es-tu ?
Je le fais pour la promotion du disque, mais ça me plait beaucoup donc je vais continuer. Je suis un producteur devenu dj, c’est un peu un complément. Au début, c’était très ambient avec des dialogues de films et des bruitages, et maintenant je rentre dans un cadre plus dancefloor, mais en faisant toujours mon truc.
Les gens ne le savent pas, mais tu écoutais beaucoup de radio, dont certaines émissions assez partciulières. Quelles étaient-elles et en quoi cela a-t-il déteint sur ta musique ?
J’ai grandi avec la radio parce que je n’avais pas la télévision. Au début les radios libres, Nova, les débuts d’FG, Libertaire aussi et France Culture. Les émissions musicales biensûr, et des émissions plus spéciales sur France Culture, comme les « Dramatiques », des sortes de pièces radiophoniques, ou « L’atelier de création radiophonique », qui était une carte blanche à un artiste, poète, musicien, ou des fois des chercheurs du CNRS. Je suis tombé sur des programmes incroyables, comme des expériences sur des voix robotiques qui porraient servir de répondeur téléphonique, ou encore des carnets de voyage assez barrés. Je suis aussi fan de musiques d’illustration sonore pour la télévision, comme les disques du label KPM. Je suis un peu collectionneur. Ils avaient des orchestres pour faire des reprises remaniées de thèmes super connus, mais dont ils ne voulaient peut être pas payer les droits. C’était l’idée quand on a sorti les trois maxis « Adore », « Tropiq » et « Poo Pah ». J’ai mis la mention « library recorded music » qui signifie ça, mais je ne suis pas allé au bout de l’idée. Je suis pas sound designer, mais c’est une sorte de relation familière, un rapport affectif avec le son.
Gregory Papin
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