|
|
|
Avec ses première productions, Cosmo Vitelli a révélé une propension assez inhabituelle en France à pratiquer un humour décapant jusque dans les titres de ses morceaux (« We Don’t Need No Smurf Here » ou encore mieux « On Veut Faire De Moi De La Viande Hachée »). Rivalisant d’audace également dans sa musique, il fabrique des collages sonores souvent insensés, riches d’une culture musicale hybride, entre le blanc et le noir. Alors qu’il est en plein travail sur son nouveau projet, qui semble plus ambitieux à défaut d’être plus sérieux, il nous parle de ses futures directions artistiques, dont le résultat n’est pas attendu dans l’immédiat. Dans un petit studio du nord du dix huitième arrondissement, nous avons retrouvé Cosmo Vitelli moins jovial et plus concentré, qui nous fait écouter quelques-uns de ses disques favoris les fenêtres ouvertes à pleines enceintes, en nous conseillant de regarder « La Maman Et La Putain » de Jean Eustache à la télé le soir de notre rencontre.
Cosmo, tu as sorti quelques singles et un EP/compilation. Comment ça se passe ?
Jusqu’à présent, je suis assez réaliste : il y a un vrai décalage entre le succès critique et les gens qui achètent des disques dans les magasins. Les journalistes ont plutôt aimé ce que je faisais, mais sans faire de chiffres honteux, c’est resté assez modeste au niveau des ventes. Maintenant j’attendais aussi beuacoup de l’export, et j’ai été assez déçu de la mise en place qui a été faite à l’étranger.
Tu as aussi été plébiscité par le très prestigieux label Compost qui t’a licencié un morceau pour la série « Glucklich ». Ca t’a quand même fait plaisir ?
Sincèrement, ça aurait été un autre label j’aurai aussi accepté. Je tiens pas à être un alibi pour journalistes branchés, je cherche à toucher les vrais gens. Cela dit, je suis content qu’ils aient aimé le morceau !
Tu enregistres en ce moment ton premier véritable album. As-tu le sentiment d’avoir progressé ?
Disons que je me suis un peu réorienté. Mon album sera plus pop, je fais faire plus de morceaux vocaux, certains avec Harrison Crump, d’autres avec une chanteuse dont je tairais le nom pour le moment.
Tu veux faire des morceaux plus construits ?
J’adore les voix, que je considère comme un instrument à part entière, même si c’est compliqué à mettre en place. J’ai chanté moi même dans des groupes et ce fut la pire erreur de ma vie ! Dès qu’il y a du chant, ça change ta musique : la voix a besoin d’espace, d’être mise en valeur, alors il faut épurer derrière. Ca reste dense par moments, mais j’esaye vraiment de faire des trucs moins touffus. J’avais peur de faire des chansons et je me rends compte que c’est beaucoup plus facile que je ne l’avais imaginé.
Tu écris les paroles ?
Non.
Abandonnes-tu pour autant le côté léger de tes premiers faits d’armes ?
Ca peut paraître bizarre, mais j’ai vraiment l’envie de faire des trucs sérieux, même si ce mot ne convient pas trop à ma musique. J’en ai marre que les gens croient que je me tape sur le ventre avec mon nez rouge dès que j’ai terminé un morceau ! Je ne veux plus faire le malin. D’autre part, même si le cadre d’une chanson est plus restrictif, je pense qu’il ne faut pas nier l’aspect personnel d’une bonne composition pop. Kraftwerk l’ont très bien compris, même si c’est simple, c’est électronique, pop et incroyablement maitrisé. C’est vers ça que j’aimerais tendre, même si je sais que je n’arriverais jamais à un tel niveau.
Serait-ce l’effet du vieillissement qui te conduit à vouloir être pris plus au sérieux ?
Ouais, peut être bien. La maturité en tout cas.
Et comment cela se concrétise sur le plan musical ?
D’une certaine manière, avant je me sentais systématiquement obligé qu’il se passe toujours quelquechose dans mes morceaux. Tout le monde peut avoir de bonnes idées, mais ce qui compte c’est la chanson. Ce n’est peut être pas très clair, mais c’est le morceau en lui-même qu’il faut mettre en avant, pas les bonnes idées.
La quasi totalité de tes morceaux racontent une véritable histoire, avec une longue introduction et des développements inattendus. As-tu délaissé cet aspect ?
J’éprouve une forte admiration pour des gens comme Burt Baccarach (fameux producteur de midinettes qui fabriquait des tubes tapageurs dans les années 60, ndr), capables de raconter une histoire sur deux minutes trente. J’aime les ruptures d’atmosphères, que les choses viennent lentement et que d’un coup ça parte autre part. Mes nouvelles chansons sont aussi comme ça.
Est-ce que tu construis toujours tes morceaux à partir de bouts de samples collés, parfois un peu maladroitement ?
Je ne sais pas jouer d’un instrument correctement, et pour moi le sampler est aussi difficile d’utilisation qu’une guitare. Et comme je tiens beaucoup à ne pas m’approprier la musique des autres, j’apporte une certaine attention à rendre les échantillons méconnaissables et à créer un tout autre contexte. C’est vraiment le manque de moyens techniques et le fait d’être un musicien inaccompli qui me pousse à faire comme ça. Je me sens à l’aise avec l’idée d’être le producteur. Je me suis samplé à la basse et à la guitare sur l’album, mais ce qui m’intéresse c’est comment agencer les échantillons dans les machines, la phase de production.
Tu as donné quelques titres assez iconoclastes à tes premiers singles. Ca va continuer ?
Comme j’ai du mal à mettre un titre, je souhaitais juste à me détacher de tous les titres à la con genre superfunk 2000 ou je ne sais quoi. Mais, ça rejoint ce que je te disais auparavant, je vais peut être trouver autre chose.
Comso Vitelli a aussi une identité visuelle forte, tant au niveau des pochettes que de ton excellent clip.
Je suis très content du dernier visuel, celui du EP « We Don’t Need No Smurf Here ». C’est une espèce de businessman qui passe à travers une passoire et qui ressort sous forme jus. Je ne comprend pas complètement la signification, mais ça me plait peut être à cause de ma forte aversion des yuppies. C’est comme le clip, que l’on a fait avec Mr Learn en prenant des images libres de droit récupérées à l’ambassade des Etats Unis, sur ce thème de l’homme bionique. Ce qui est encore plus drole, c’est que les gens ont pensé que c’était très conceptuel, alors qu’on l’a monté rapidement, sans trop y réfléchir.
Tu as fait une tournée de quelques dates dont on a reçu des échos plutôt défavorables. Souhaites-tu faire un commentaire ?
Oui, je suis tout à fait d’accord. Pour tout dire, j’aurai aimé voir un groupe aussi nul sur scène, mais ça n’a pas été le cas de tout le monde. On a fait une date à Limoges où les gens demandaient Carl Cox ! On a fait notre truc mal préparé, sans assez répéter, et la prochaine fois ce sera bien.
Est-ce que tu souhaites être reconnaissable, avoir une empreinte forte ?
Définitivement. La plupart des producteurs médiocres, en particulier français, se dissimulent sous des tas de pseudonymes. En tout cas au sein d’un album, il faut qu’il y ait une certaine unité.
Gregory Papin
|