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Christophe Monier et George Issakidis sont les deux producteurs des Micronauts, groupe technoide particulièrement virulent. Après le single « The Jag » et sa video subversive filmée au supermarché, arrive (très bientôt) le EP « Bleep To Bleep », qui rassemble neuf déclinaisons d’un thème, construits avec les mêmes composants. Du bleep biensûr, mais aussi des coups de pied dans le postérieur et des fréquences basses infectieuses modulées avec un certain sadisme par ces agitateurs de neurones. Leur premier album est prévu pour cet automne, mais on peut d’ores et déjà gouter à leurs péripéties soniques qui ne peuvent laisser indifférent. Plus osée que bien des sons qui sortent de nos contrées, la musique des Micronauts cache sous une efficacité imparable un sens de l’expérimentation et du retournement de situation qu’on peut leur envier. Ca valait bien une interview.
Vous êtes signés sur un label britannique. On comprend bien l’atout commercial puisque le marché est là bas, mais qu’est ce que ça vous apporte sur le plan artistique ?
Christophe - On a toujours signé sur des labels anglais, jamais ailleurs, mais c’est plus une question de contrôle artistique. Il n’était pas question de signer avec un label sans contrôler complètement notre identité, la musique, la pochette, les images qui y sont associées. Il se trouve que les Anglais se sont d’abord intéressés à notre musique, et qu’on était en position de demander ce genre de garanties dans la négociation. Il faut être en position de force pour signer ce type de contrat. On était prêts à dire non si on n’avait pas eu ça.
Pourquoi sortir neuf variantes du même morceau ?
Georges - C’est pas un véritable album, c’était important de le souligner. On était parti en Angleterre avec quatre morceaux pour le mastering et comme on avait neuf morceaux de prêts on le sort comme ça.
C – Ca tient à notre façon de travailler. Dans l’ordre chronologique, on a fait ces quatre morceaux, les quatre premiers du disque, on a écouté, reprogrammé, amélioré. Pour faire ça, on a enregistré huit heures de musiques. On peut rentrer des sons, les trafiquer sur le rack d’effet en direct, et même quand ça plante, on continue d’enregistrer pour voir ce que ça donne. Le matériel permet de scruter directement le son. On joue de notre instrument, le studio, qui a un cheminement un peu complexe parce qu’on agit directement sur le timbre. En réécoutant les bandes, on a sélectionné les meilleures parties en faisant des montages audio. Ca a donné les quatre derniers titres du EP.
G – Ensuite, on a nourri un logiciel avec notre musique pour réaliser le morceau « Bleeper_0+2 », et c’est sans doute la première fois qu’on se fait remixer par un ordinateur.
C – C’est un logiciel qui est à l’origine utilisé par des musiciens accousmatiques et qui te propose un choix d’algorythmes, qui ne sont pas programmés au hasard écidemment. Tu indiques un fichier son au logiciel qui puise dans le fichier ce qui l’intéresse, réorganise le grain de son en fonction de la formule mathématique que tu as choisi. Il travaille le son sur des bouts de samples très précis, ce qui donne un changement de structure à l’arrivée. C’est un type de synthèse appelé synthèse granulaire.
Un être humain aurait-il pu le faire ?
C – Non, pour des raisons physiques parce que c’est impossible de faire des découpages aussi petits dans le temps. L’action qu’on a c’est le fichier qu’on crée et le choix de l’algorythme.
G – On n’aurait pas songé à sortir un morceau comme ça si le fichier qui nourrit le logiciel n’aurait pas été aussi achevé.
C- Même si ça a l’air d’être le bordel, c’était très organisé, couche par couche. Le résultat dépendait de la matière première.
Pensez-vous à l’impact de vos morceaux quand vous les produisez ?
G – C’est senti, plus que réfléchi. Ca signifie qu’il faut improviser, atteindre un état de transe, et tu réfléchis sans y réfléchir, c’est inconscient. Il n’y a pas que la créaton artistique qui soit mieux en état de transe. L’expérience joue aussi, et puis l’absence d’obstacles entre ton cerveau et ta main. Nous on arrive à cet état avec la skunk, parce que ça désinhibe, et un petit peu d’alcool.
Seulement de la skunk ?
G – On milite pour l’usage maitrisé des drogues. Toutes les substances ont un intérêt ou pas, ça dépend de la personne, du moment. Certainement que le fait d’avoir pris des ecstas joue également, mais les outils qu’on utilise sont très techniques, avec tout ce que ça implique de rigueur, de maintenance, de bug. C’est impossible de les utiliser si t’es trop à l’ouest. Il faut faire un choix.
Votre musique est très physique : est-elle destinée au dancefloor ?
C – C’est sur qu’on a toujours été extrèmement soucieux des rythmiques. Maintenant ce n’est pas seulement destiné aux pistes de danse. Le rythme a envahi la musique populaire, mais nous on peut l’apprécier tranquillement. Le notre est moins sage, c’est tout.
G – On est plus attiré par ce qui est plus novateur, plus mental aussi.
C – On aime bien remplir le spectre fréquentiel. C’est après coup qu’on s’en rend compte.
G – On se dit pas qu’on va faire un truc qui tape, c’est comme ça que ça sort. Faut toujours aller plus, on met pas les boutons plus loin que le maximum, parce que c’est pas possible. Mais l’intention y est.
Vous avez une image subversive, en partie alimentée par la vidéo de « The Jag ». Avez-vous un message politique à fair passer ?
G – Il y a un contenu politique dans la musique elle-même, parce que ça tape, ça fait penser à la drogue. Il y a une sorte de message de permissivité même si ce n’est pas explicitement dit. On pense que la house et la techno sont les musiques du mélange racial, sexuel, des âges. D’ailleurs c’est une musique qui fait peur, qui dérange. Si on a un combat politique, c’est plus un combat pour la liberté. On n’est pas dans un pays libre, on a pas le droit de se droguer. C’est très facile de démontrer que la répression donne le poison qu’il y a dans la rue, le trafic, des gens emprisonnés pour avoir consommé une substance illicite.
Comment ça se passe tous les deux derrière les machines ?
C – Il s’agit pas de faire des concessions, en fait ça revient à être beaucoup plus dur. S’il y en a un qui n’est pas content, on vire le passage. On est plus sélectif à deux que tout seul.
Et l’album, comment il se prépare ?
G - Il est déjà à moitié fait. Il y aura une partie qui aura précédé ce mini album, et une partie que l’on va faire maintenant. Mais ce n’est pas le même concept.
C – Par contre au niveau des technique employées, ce seront les mêmes que sur « Bleep To Bleep ». Ca devrait être prêt cet automne.
Qu’est ce que vous avez à dire sur la scène française ?
C – On a beaucoup à dire sur la France en général, qui est assez anti jeune, beaucoup trop fière de sa culture du passé, arrive pas à se projeter dans l’avenir. La gérontocratie rend les choses plus difficiles.
C – Faut travailler dix fois plus pour arriver au même résultat. On a aussi toujours été un peu marginalisé ici, on se sent plutôt apatride.
G – La scène française est française.
Gregory Papin
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