|
|
|
Elle a fait plein de choses, Chantal Passamonte. Avant d’épouser le doux nom de Mira Calix, cette jeune femme rayonnante et hyperactive a vendu des disques derrière le comptoir d’Ambient Soho Berwick Street à Londres, fait des photos pour Gucci, organisé les meilleurs chill outs de la capitale britannique aux cotés de Strictly Kev de DJ Food et s’est occupée de la presse chez WARP avant de se lancer corps et biens dans l’aventure sonique. Son premier album intitulé « One On One », s’il ne fait pas preuve d’une technicité maladive à l’instar de se collègues de label, fait en revanche la part belle à un certain sens onirique disparu de l’electronica ces derniers temps. Plus optimiste qu’Aphex Twin, plus rond qu’ Autechre, voici Mira Calix telle qu’elle est, à la fois influencée et déterminée. Interview biographique.
Tu sors ton premier album « One On One » sur l’un des meilleurs labels de musiques électroniques. N’as tu pas un peu peur de devoir supporter des comparaisons ?
Beaucoup des artistes de WARP sont plus précis que moi, et c’est vrai que je ne suis pas aussi perfectionniste. Mais je partage avec eux la fascination pour les possibilités des samplers. Je suis au stade du bébé qui rampe par terre et Autechre sont en train de courir, si je devais soutenir une comparaison. Je remplace la technique qu’il me manque par l’ enthousiasme. Je ne fais pas de musique depuis aussi longtemps qu’eux, et mon équipement demeure assez basique. Mais je fais avec !
Quelles sont tes inspirations quand il s’agit de composer un morceau ?
Chaque titre est abordé différemment. Ce sont les sons eux mêmes qui déclenchent la composition. Dès que je trouve un son que je veux utiliser, je commence à construire autour.
Tu écris également des chansons pop électroniques. D’autres jeunes femmes vont dans la même direction, je pense à Leila et à quelques autres. As-tu l’impression de faire partie d’une scène féminine ?
Nous ne somme pas beaucoup de productrices dans les musiques électroniques. Peut être s’agit-il d’un truc de filles, je ne sais pas trop. Comme je ne sais pas ce que c’est de ne pas être une fille parce que j’en ai toujours été une (sic), j’aurai du mal à te dire. Je me félicite qu’il y ait d’autres femmes qui fassent ce métier, c’est tout.
Sur certaines chansons, on entend aussi l’influence de groupes pop alternatifs comme Pram, de Too Pure. Est-ce que tu aimes ce son ?
J’adore Pram, et je sais que la chanteuse aime bien le genre de musique que je fais. Ils ont cassé des règles établies, mais ils ont un côté 60’s qui nous démarque bien.
Tu es née à Durban en Afrique du Sud, et tes rythmiques ont un côté africain. Ecoutes-tu d la musique africaine ?
Je n’en écoute pas beaucoup, mais c’est vrai que les perussions sont capitales dans la musique africaine. En fait, j’ai une très mauvaise mémoire. Si tu me demandes ce que j’ai fait il y a trois ans j’ai besoin d’un temps de réflexion de cinq minutes. Alors comme je ne me souviens de rien ou ça reste assez vague, je dirais que c’est inconscient. Ces ryhtmiques sont très naturelles pour moi, ça doit bien venir de quelque part, enfoui dans ma tête.
Tu as été vendeuse de disques à Ambient Soho. Ce magasin a toujours été une sorte de repère de hippy (en plus de disques on peut y acheter des talismans multicolores et ce genre de choses, ndr). Crois-tu que l’amour vaincra sur la guerre ?
Oui, je crois à l’amour, à la paix, aux choses positives. Ca me ressemble.
A la même époque, tu organisais avec des amis les soirées chill out Telepathic Fish. Quel genre de musique y jouiez vous ?
Ce n’était pas uniquement de l’ambient comme on peut le croire, c’était plutôt un mix éclectique de musiques indansables, ce genre de musiques et plein d‘autres choses, j’aurai du mal à énumérer tous les styles.
Un peu le son de « Blech », la série mixée de DJ Food pour WARP ?
Ouais, tout à fait ça. Avec aussi des gens comme Mixmaster Morris ou Aphex Twin.
Penses-tu qu’une fête soit le meilleur environnement pour écouter ce genre de musiques ?
L’idée a émergé à partir du moment où l’on s’est rendu compte qu’après être sorti dans les clubs, la plupart des gens se retrouvaient chez quelqu’un et continuaient à être éveillés (sic). Il y avait un dj, pas forcément des platines, mais quelqu’un qui passait des disques, c’était un peu la culture à l’époque à Londres. Les clubs fermaient presque tous à deux heures du matin, alors il fallait faire avec. Ca s’est développé à partir de notre appartement, elles n’ont cessé de grossir mais elles n’ont jamais été massives. On a eu 600 personnes à la dernière, c’était un peu des fêtes d’initiés.
Etaient-elles dangereuses ?
(rires) Un peu, je suppose, mais ce n’était pas comme vivre sur le fil du rasoir à risquer sa vie à chaque instant. On n’avait pas les moyens pour booker des endroits légaux, alors on s’est rabattu sur des squats. L’entrée était presque gratuite, ça remboursait à peine les frais engagés. C’était un état d’esprit un peu particulier. La musique ne dictait pas ce que les gens faisaient : certains discutaient, d’autres dansaient, d’autres encore dormaient.
Penses-tu que ta musique puisse fonctionner à l’air libre ?
L’un n’empêche pas l’autre. J’ai joué dans un amphithéatre à Rome une fois et j’étais très émue. Le problème c’est qu’en Angleterre, quand il y a un festival en plein air, il pleut systématiquement. Le temps est si horrible là bas, et ça marche mieux sous le soleil.
Tu as aussi exercé le métier de photograhe. Trouves-tu des analogies entre ces deux formes d’art ?
Oui, dans ces deux activités, tu as intérêt à vraiment bien connaître tes outils. Tu peux manipuler les choses grâce à des procédés finalement assez similaires, et d’une certaine manière il s’agit de savoir observer. Quand tu prends une photo, il faut d’abord décider où placer le cadre. En musique, il faut également choisir un angle. Mais la photo est quelquechose que je connais très bien, et si c’était autre chose, je pense que je trouverai aussi des choses en parrallèle.
Tu fus aussi attachée de presse de WARP avant de passer de l’autre côté de cette table. Que retiens-tu de cette expérience ?
C’est assez étrange comme parcours. En fait, j’ai vite compris comment faire des plannings d’interview, et j’avais envie de contribuer d’une manière ou d’une autre. En même temps c’est une position où tu ne fais que faciliter les choses, tu ne crées rien par toi même et je trouvais que c’était très frustrant.
Quels sont tes projets ?
Je suis dans l’écriture d’un autre album, et je travaille en collaboration avec Mark Clifford de Seefeel sur un autre projet. Je suis très heureuse de me retrouver avec lui en studio, j’en ai un peu marre de la solitude de la musicienne. J’ai aussi quelques dates en tant que DJ en Europe, ça me plait beaucoup. Quand j’aime quelque chose, j’aime le partager avec les gens.
Si on qualifie ta musique de retour à l’électronica réveuse (90/95), par opposition à l’électronica abstraite, telle qu’elle existe surtout aujourd’hui, est-ce que ça te gène ?
Non, c’est très vrai. J’adore les vieux disques électronqiues, je suis de la vieille école !
Gregory Papin
|